| Diégèse | |||||||||
| dimanche 22 décembre 2019 | 2019 | ||||||||
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son
auteur est en vie
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| ce qui représente 33,5464% de la vie de l'auteur | |||||||||
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L'atelier du texte | demain | |||||||
| Faire ses adieux | 356 | ||||||||
| Daniel Diégèse | |||||||||
| Le
lendemain de son pot de départ, qui est aussi le jour
de son départ effectif de l'entreprise, Kévin se lève comme tous les
jours, s'habille comme tous les jours, sort de chez lui comme tous les
jours et se dirige vers le métro qui le conduira jusqu'aux bureaux de
l'entreprise. Il sourit en se remémorant les paroles de son chef de
service. Il ne sait pas s'il est le premier salarié français se
prénommant Kévin à partir à la retraite. C'est possible. Le prénom
Kévin a connu une vogue incroyable dans les années 1990 pour des
raisons qu'il ne doit pas être difficile de retrouver. Il était usité
surtout pour les enfants des classes populaires au point de devenir un
stéréotype, une source de moqueries. Kévin, quant à lui, né dans la
seconde moitié des années 1950 a plutôt bénéficié de cette vague et de
cette vogue. On s'étonnait en effet plutôt qu'il eût un prénom de
jeune, et lui
d'expliquer, inlassablement ou presque, qu'il est né le trois juin et
que le trois juin est le jour de la Saint Kévin, qui a évangélisé
l'Irlande et qui aurait vécu jusqu'à cent-vingt ans. Ses parents,
fervents catholiques bien que superstitieux, lui avaient donc donné ce
prénom, sans imaginer évidemment qu'il deviendrait quarante années plus
tard un marqueur social discriminatoire. N'a-t-il pas lu dans un
article du magazine Le Point qu'un Kévin « voit ses chances de se
faire
embaucher diminuer de 10 à 30% par rapport à un Arthur », selon
une
étude réalisée par l'Observatoire des discriminations. Il ne manque pas
non plus une occasion de faire remarquer que
lui, s'appelle Kévin avec
un accent sur le « e », ce qui ne sera plus le cas pour les
Kevin des années 1990. Il est arrivé devant la porte de l'entreprise. Il a toujours son badge. C'est d'ailleurs pour le rendre qu'il s'est rendu ce matin jusqu'à son ancien bureau, en partie tout au moins. Il monte d'abord jusqu'à l'étage des ressources humaines. Tout le monde est déjà là, se faisant un devoir d'être les premiers arrivés. On le salue avec indifférence. On prend son badge. On le remercie avec la même indifférence. Il signe un bordereau électronique. C'est terminé. Il ne s'attendait pas non plus à de la chaleur humaine. Il n'est d'ailleurs pas certain que les personnes qu'il vient de rencontrer ne soient pas des robots. Il hésite. Est-ce qu'il va se rendre jusqu'à son ancien bureau ? Il se dirige vers l'ascenseur et n'hésite plus quand il se souvient que sans badge il ne pourra accéder à l'étage où il travaillait. Il descend donc jusqu'à l'entresol, où se trouve la cafétéria pour prendre un café avant de rentrer chez lui. Mais, il se souvient que le matin avant onze heures, il n'est pas possible de prendre un café sans badge, même si l'on ne veut pas bénéficier du tarif négocié avec le prestataire. Il poursuit donc jusqu'au rez-de-chaussée. Les employés affluent, pressés. Il croise quelques regards surpris. On le salue machinalement. Il est dans la rue. Il pense au travail d'écriture qui l'attend. Mais il va d'abord passer chez son avocat pour lui demander où en est la procédure de changement de prénom. Il est désormais urgent qu'il s'appelle Arthur. |
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| page 356 | |||||||||
| Toute la collection | 4e de couverture | ||||||||
| « Faire
ses adieux ! » ; « à la scène », a-t-on
d'emblée envie d'ajouter. Et l'on pense à ces artistes qui, à travers
le temps, ont fait leurs adieux. Et puis aussi, à quelques
personnalités politiques, qui ont, les uns et les autres d'ailleurs,
plus ou moins tenu leur promesse. Mais, il y a aussi Monsieur X ou
Madame Y qui ont passé des années « dans la boîte. ». Un
jour, c'est la retraite. Il y a un « pot de départ » avec un
cadeau, un discours, quelques larmes. Et après, de temps on temps, on
recevra des cartes postales, parfois un faire-part de décès. C'est à
ceux-ci que Daniel Diégèse, sociologue du travail, s'est intéressé, et,
plus particulièrement, aux discours d'adieux, de remerciement, qui
prennent parfois un tour hagiographique ou parfois drolatique.
L'ensemble des textes qu'il a recueillis et analysés forme un concentré
d'émotion, mais aussi une description fine de ce qu'est le travail dans
une vie, de ce qui s'y joue au-delà de la productivité, du rendement et
de la conduite du changement. Voilà un livre que tous les responsables
des ressources humaines devraient lire, tous les patrons aussi,
certainement. Merci Monsieur Diégèse. |
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| 22 décembre | |||||||||
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