Diégèse mercredi 2 juin 2021



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mardi 28 novembre 1995
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C'est la grève, et, en ce 28 novembre 1995, c'est le cinquième jour de grève consécutive. La capitale et sa région sont embolisées. La France est à l'arrêt. On nous montre cela depuis un hélicoptère avec un commentaire à la « Bison futé » qui s'éternise au goût de Daniel Bilalian. Il est vrai qu'il y a peu de chance que ces conseils atteignent ceux à qui cela pourrait servir. La téléphonie mobile est encore peu développée. Le« Smart Phone » n'a pas été inventé ; encore moins les « applis » qui allient un système de navigation indiquant les itinéraires préférables en fonction de la densité de la circulation.
On se prend à imaginer ce qui ce serait passé si la pandémie de COVID-19 était arrivée dans ce monde-là. Pas ou peu de télétravail possible. Aucune communication dans les foyers autres que le téléphone, la télévision et la radio... La claque sanitaire et économique aurait été plus forte encore.
2'49", on va dans les embouteillages. On interroge des passantes et des passants, apparemment pas trop loin de la porte Maillot. Une dame bien mise avoue : « ça fait chier. » Nul doute que le soir, à la télé, ses enfants lui en feront la remarque. 4'32", on va dans les gares. Même genre de reportage.
L'angle éditorial de ce soir-là, qui variera à mesure que les grèves continueront, est celui du « ras-le-bol » supposé des Français. Dans un de ces cours, Roland Barthes évoque ce point où quelque chose de long se transforme en quelque chose de très long. C'est ce qui est en train de se passer et ce qui s'est aussi passé, d'ailleurs, en ce qui concerne la pandémie de COVID-19. Pendant un temps, l'événement - ou l'œuvre - est appréhendée avec les outils d'appréciations et les outils critiques habituels. Passé un certain point, ils s'avèrent inopérants et il faut en urgence en bricoler de nouveaux. Il y a, dès lors, repli sur les positions politiques, morales, d'opinion de chacun, pour le meilleur et pour le pire. Les bons deviennent meilleurs quand les médiocres deviennent franchement mauvais et méchants. Une grève de quelques jours aurait servi le gouvernement d'Alain Juppé. Durant plusieurs semaines, elle a reconstruit les solidarités de classe. Ces grèves de 1995 sont sans doute l'un des facteurs d'explication les plus forts de la victoire de la gauche en 1997, mais aussi, malheureusement, de la présence de Le Pen au deuxième tour des élections présidentielles de 2002. Car, elles auront renforcé la bipolarisation politique de la société, ce, au détriment du centre.
Ce qui frappe, quand même, vingt-cinq ans plus tard, c'est la mixité femme/homme et la diversité dans les manifestations et la masculinité des tables des négociations où, très souvent, Nicole Notat est la seule femme. Dans ce journal, cependant (22'50"), quand elle intervient, c'est par l'intermédiaire du présentateur. On ne la verra ni l'entendra. Autre exemple, la réunion intersyndicale avec le Président de la SNCF sur le contrat de plan État - Entreprise et la reprise de la dette (15'17") est exclusivement masculine. Autre scène particulièrement sexiste, un peu plus loin, lors d'une incursion à l'Assemblée nationale. Les leaders des groupes politiques sont interrogés. Ce sont des hommes. À 20'55", on voit bien Ségolène Royale parler aux médias, mais on n'aura pas le droit d'entendre ce qu'elle dit. Ensuite, la négociation est menée directement au journal télévisé entre le ministre des Transport, un baron du mouvement gaulliste, Bernard Pons et le présentateur. Ce dernier s'exécute : « Il n'est pas question de toucher à l'âge du départ à la retraite des cheminots. » Ce qui sera fait depuis par les gouvernements successifs, pour la SNCF comme pour La Poste et France Telecom, c'est l'extinction progressive du statut. En clair, pour celles et ceux qui ont le statut permettant d'accéder au régime spécial, rien ne change, ou presque, mais plus personne n'entre dans le statut. La méthode est plus longue. Elle est aussi socialement plus sûre. Sur le long terme, les services publics ont été privatisés. Les lignes rentables s'ouvrent à la concurrence et les lignes non rentables sont progressivement fermées. Et tant pis si le train pollue moins que la voiture et le camion.
Après un passage par les universités qui permet de se rappeler que Pouria Amirshahi était Président de l'UNEF-ID, on sort des grèves pour rejoindre Bernard Tapie (26'12") qui va bien finir par aller en prison. Il a été condamné en appel.
Autre passages à travers le monde où les Américains se préparent à intervenir en Bosnie, pour enfin rendre hommage au Suisse Paul Grüninger, (30'55") Juste parmi les nations depuis 1971 et qui vient enfin d'être réhabilité près de 25 ans après sa mort.
On l'a compris, on s'achemine vers la fin de ce journal. Un peu de publicité pour la vidéo surveillance (33'03"). Moment trash du journal. On vend des cassettes. Aujourd'hui, tout est sur l'internet. Quelques images graveleuses, floues et en noir et blanc. Daniel Bilalian est visiblement troublé (34'29"). Il faut bien détendre un peu les Français. Laboratoire de recherche des Musées de France (35'). On cherche un nom pour le Stade de France. Cela fait quelques années qu'il n'y a plus de suspense.
Bon, c'est fini. C'était juste le 5e jour de grève.






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