Diégèse dimanche 2 mai 2021



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jeudi 5 septembre 1996
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On est bien peu de choses et le sort fait aux Premiers Ministres ce qu'il réserve à chacune et à chacun : l'imprévu. M. Juppé annonce, ce jeudi 5 septembre 1996, en direct à 20 heures sur la télévision publique, les baisses d'impôts qu'il a décidées « pour l'année 1997 et les 5 années à venir. » Mais, c'était sans compter sur la dissolution, la victoire de la gauche et la cohabitation. Avec le temps, Alain Juppé apparaît plutôt fringant et clair, bien qu'un peu emprunté, comme il sait toujours l'être. C'est un timide qui fend l'armure en permanence, de ces personnalités qu'on imagine prendre en privé des fous rires qui ne peuvent plus cesser. Cette interprétation du discours du Premier Ministre d'alors est, certes, tout à fait personnelle.
Si le travail effectué ici était sérieux, c'est à dire universitaire, il faudrait étudier les occurrences dans le discours public du terme « forces vives ». François Mitterrand, apprend-on, l'employait volontiers depuis 1982. Emmanuel Macron, le 30 janvier 2018, dans son discours de vœux aux bureaux des Assemblées et corps constitués, l'utilise aussi. Dans le journal Le Monde du 7 janvier 2006, Michel Noblecourt retrace dans un billet bien venu les allées et retours entre la gauche et la droite de ce terme qui ne fut longtemps que l'objet d'une controverse entre physiciens. Il rappelle ainsi que François Mitterrand, « ressort » en 1982 pour l'assimiler à la gauche un terme utilisé dans les années 1930 par les intellectuels de droite pour désigner les forces s'opposant au parlementarisme. Puis, ce sera le Général de gauche, nous dit toujours Noblecourt, qui fera appel aux forces vives pour reconstruire la France à l'issue de la seconde guerre mondiale. Enfin, le terme, dans les années 1960, fera un petit tour par le catholicisme social, ringardisé sans doute en 1968 - ça c'est une supposition personnelle. Ce soir-là, Alain Juppé définit le sens qu'il donne à « forces vives » : « ceux qui entreprennent, qui investissent, qui innovent, qui créent. » On comprend dès lors qu'il s'agit d'une définition libérale du terme, qui n'était pas celle de François Mitterrand qui, dans son annexion sociale-démocrate, y adjoignait les syndicats et l'administration. La querelle sur ces « vis viva », si elle est à peu près éteinte en mathématique, ne l'est pas encore en politique et ne le sera sans doute jamais.
Toutes ces baisses d'impôts ont un air vertueux. Les taux les plus faibles baissent plus que les taux les plus hauts (6'11"). Il doit bien y avoir un truc... On apprend ainsi (6'25") qu'un certain nombre de déductions spécifiques « qui n'auront plus leur raison d'être » seront supprimées. Il faudrait aller voir lesquelles. Autre marqueur de droite : articuler la baisse des impôts à la politique familiale.
Mais, on ne baisse pas que l'impôt sur le revenu, on baisse aussi les cotisations de l'Assurance maladie (8'18"). Autre entourloupe : certes, on baisse les cotisations sociales salariales de 1,3% et on étend la Contribution sociale généralisée aux revenus du capital, mais on rend cette contribution déductible des revenus soumis à l'impôt. Belle manière détournée de baisser davantage les plus hauts revenus, les petits salaires étant structurellement peu associés aux revenus de capitaux. Et on en profite (10'27") pour introduire en douce les fonds d'épargne retraite... Et ce sera aussi déductible. Au regard de la capacité des plus bas revenus à épargner, cette mesure favorise évidemment les classes supérieures.
On n'apprendra rien ce soir-là sur les mesures d'économie envisagées pour financer la baisse d'impôts et qui n'iront sans doute pas dans le sens d'une meilleure redistribution des richesses.
Bon, que conclure ? Alain Juppé annonce qu'il fait une politique de droite, ce qui paraît logique.
Le Premier Ministre s'est voulu pédagogue et on doit admettre que l'exercice est assez réussi. Mais, au cas où on n'aurait pas bien compris, le dévoué JT va nous réexpliquer tout cela (14'40"). Précisons cependant que, quand on annonce comme un exploit que le taux d'imposition maximum sera en 2001 de 47%, on ne sait pas encore qu'en 2021, il sera de 45%.
Mais le JT, bien renseigné, va plus loin qu'Alain Juppé puisqu'il précise lui ce qu'il en sera des déductions fiscales, en commençant par celles qui ne bougeront pas et en tout premier lieu celles relatives aux cotisations syndicales. Les grandes grèves de 1995 ne sont pas loin et les syndicats y ont retrouvé une force... vive. C'est plus loin que ça se gâte : suppression ou baisse des déductions d'impôts pour les enfants à charge poursuivant des études. Voilà une belle mesure de justice sociale favorisant l'égalité des chances... En revanche, les déductions d'impôts pour les salariés à domicile sont maintenues. Ouf !
Du coup, si on n'avait vraiment pas compris, Françoise Laborde, toujours très en beauté, qui poireaute à Matignon, redit ce qui vient d'être dit (17'56"). Bel effort de paraphrase du pouvoir politique de la part de la journaliste. Audacieux, à 18'55, Daniel Bilalian ose rappeler que le gouvernement avait augmenté les impôts de 100 milliards l'année précédente. AInsi, même un jeune enfant peut en conclure que la baisse annoncée de 75 milliards représente sur la période une hausse de 25 milliards. Mais, l'objection est vite balayée.
La manière dont ce soir-là le service public « vend » l'annonce gouvernementale est digne de la défunte ORTF, pour ne pas dire de la Pravda, ce qui serait exagéré.
Pour jouer le rôle de l'opposant, on convoque, en bras de chemise, DSK, qui n'est pas le plus gauchiste des socialistes (21'05"). On le sait déjà en 1996 et l'avenir ne le démentira pas. Il fait cependant ce pour quoi il est là : la réforme est injuste, explique-t-il, notamment parce que précédemment, ce même gouvernement a augmenté la TVA, ce que fera la gauche, au demeurant, en 2014. Mais cela, il ne peut alors pas le savoir. Rien à dire, DSK en opposant est très bon ce soir-là ! Il est juste un peu faible quand il évoque les dépenses de l'Etat en citant les stylos qu'il achète pour les fonctionnaires plutôt que de parler des investissements d'intérêt général. Quant à la conclusion de DSK, elle est digne des « gilets jaunes » une vingtaine d'années plus tard. Il pourrait peut-être y trouver une reconversion ?
Et comme en ce 2 mai 2021, le soleil est revenu, on vous laissera visionner seules et seuls la suite de ce journal télévisé. Dommage... À 30', Danielle Mitterrand, elle aussi très en beauté, défend avec passion la population kurde. Eltsine va mal. Le père de la joueuse de tennis Steffi Graf a des soucis avec le fisc allemand... (32'55") Un peu d'affaire Dutroux, un magistrat accusé d'attouchements sexuels sur mineurs à Chambéry... (33'38") Vache folle et cosmétiques (35'22") Puis on s'interroge (36'38") sur les bénéfices du changement d'heure. Quant à David Alain, ce jeune footballeur qui vit un conte de fée, on ne le retrouvera cependant pas lors de la Coupe du monde en 1998. On ne pourra pas s'empêcher d'ironiser sur le fait que la journaliste utilise le terme « indécente » en évoquant la vie prochaine de ce petit banlieusard de Seine-Saint-Denis, alors que l'angle choisi pour le filmer est plus qu'équivoque (40'30"). Bref...
En fin de journal, les éditeurs de dictionnaires se font la guerre... L'internet les mettra tous d'accord très vite.


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