Diégèse mardi 18 mai 2021



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mardi 16 avril 1996
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En ce 16 avril 1996, Daniel Bilalian commence le journal télévisé de 20 heures sur la 2e chaîne de télévision publique par cette phrase : « Personne ne nie qu'il y a un problème d'immigration clandestine en France. La question est de savoir comment le régler. » C'est un rapport parlementaire qui sert de prétexte à ce titre tonitruant qui a pour première illustration une descente de police dans un atelier clandestin de confection dans le 12e arrondissement de Paris. (1'42") On entend un policier s'adresser avec beaucoup d'agressivité à une femme assise avec un enfant sur un fauteuil. Car, quoi qu'il en soit, alors que ces personnes sont en train de tout perdre, il paraît licite, de surcroît devant des caméras de télévision, de les humilier. Cependant, on interroge Patrick Weil, spécialiste marqué à gauche des questions d'immigration dont on remarquera au passage le livre sur son bureau de travail. C'est sans doute au cas où l'on aurait douté de sa qualité de spécialiste. Un peu plus d'un an plus tard, Lionel Jospin lui confiera une mission sur ces questions, qui nourrira le travail du gouvernement et notamment les lois Guigou et Chévènement.
Puis, (2'42"), le présentateur, en service gouvernemental commandé, dénonce les certificats d'hébergement qui permettent une partie de l'immigration clandestine. On le sait, les restrictions sur ces certificats d'hébergement seront un des points de mobilisation de foules contre la loi Pasqua. On va chercher un maire. Tiens ! C'est Bruno Le Roux. On le connaît déjà. Il sera ministre de l'Intérieur en 2016. Un Président d'association prévient qu'en humiliant ainsi les gens, on fabrique des islamistes dans les cités (3'56"). 25 ans plus tard, ses propos apparaissent comme une prédiction. Il est vrai qu'on n'aura pas attendu 25 ans. On va ensuite chez un des parlementaires de la commission qui a produit ce fameux rapport dont on ne connaît pas encore les conclusions. Il nous les donne (4'47") ou du moins les principales : immigration clandestine = trafic de drogue, prostitution, esclavage par le travail clandestin. Et tout ça pour un certificat d'hébergement à la vieille tante restée au bled. On ne se rend pas compte... Mais, ce n'est pas tout. En plus, les immigrés clandestins encombrent les hôpitaux (5'30"). Une voix monocorde débite des mesures restrictives envisagées sur les images d'une rue où beaucoup de personnes sont racisées (comme on ne dit pas encore en 1996). On voudrait illustrer la théorie d'extrême-droite du grand remplacement qu'on ne choisirait pas d'autres images. Bien sûr, on pondère le propos en montrant sans la montrer une jeune femme noire malade. Mais la conclusion est sans appel. La Commission parlementaire brise le tabou du droit à la santé (comprenez pour toutes et tous).
Après 7 minutes de journal, alors qu'on se rend à l'Assemblée nationale, on a déjà eu un bon petit massage (bien lire mAssage) de populisme où l'information, si elle paraît équilibrée, envoie des signaux interstitiels qui, associés à des effets de montage, confirment le lancement du journal : l'immigration est un problème et d'ailleurs personne ne le nie ; ce qui fera dire quelques années plus tard à un candidat à la Présidence de la République que lui, disait tout haut ce que tout le monde pensait tout bas. Vieilles recettes.
On rencontre alors le président de la fameuse commission (7'25"), Jean-Pierre Philibert, né à Vals-près-le-Puy (ça ne s'invente pas) et fils du maire du Puy-en-Velay, ville qui accueillera quelques années plus tard le jeune Laurent Wauquiez. Si j'étais Bruno Masure, je dirais qu'au Puy, on ne fait pas dans la dentelle. M. Philibert, quant à lui, tient là sa minute warholienne. Il invente pour l'occasion le terme : « humanité surgénéreuse ». Pas mal.
Pas de bol. Le joli scénario est mis à mal par l'actualité. On s'entretue dans les rues d'Ajaccio (8'49") et cela n'a rien à voir avec l'immigration clandestine.
Du coup, un coup de vache folle (9'03"). le JT reprend son cours.
On s'entretue aussi entre Israéliens et Libanais (13'07"). Ici non plus, pas d'immigration clandestine, même si c'est quand même une affaire en partie à cause des Arabes. Côté libanais, on montre un chef de guerre, côté israélien, un père de famille avec un bébé dans les bras. Soit.
D'abord, même en Allemagne, ça ne va pas (18'45"). Plan de rigueur ! Vous voyez ! Même en Allemagne !
Fait divers à Sceaux (20'58"). L'argent ne fait pas le bonheur.
Ensuite, viennent deux reportages sur la confiance relative des consommateurs et, plus largement, des citoyens, envers les industriels et le pouvoir : le rappel et l'interdiction des produits défectueux et dangereux (22'39") ; la radioactivité (24'54"). On approche d'ailleurs du funeste anniversaire des 10 ans de la catastrophe de Tchernobyl. On va dans le cimetière marin contaminé de Mourmansk (27'35"). Grandeur et décadence de l'empire soviétique. Heureusement, tout ça, c'est fini. Place au libéralisme triomphant.
Pendant ce temps-là, en France, un cheminot de 98 ans conduit un TGV (30'23"). Le présentateur précise que la nouvelle est plus légère. Pourquoi pas.
Il est grand temps de retrouver Catherine Lara à Bourges, qui poireaute depuis une demi-heure (32'10"). Interview goguenarde sans intérêt. Double publireportage avec double blagounette idiote pour le festival et le nouveau disque de la chanteuse. On passe. Et d'ailleurs on passe ensuite aux « vraies » stars, entendez les stars américaines : Madonna (34'17") est enceinte d'un professeur de culture physique d'origine cubaine. Ce sera une fille, nommée Lourdes Maria Ciccone Leon. Joli prénom. Elle sortira bien plus tard avec Timothée Chalamet. Comme on ne sait pas bien qui c'est, on s'en moque un peu.
Divorce à la Cour d'Angleterre (34'34"). On se demande bien pourquoi ces gens se marient encore. Cette fois, c'est Andrew et Sarah Ferguson.
On expose enfin Soulages à Paris au Musée d'art moderne de la Ville (35'01"). Joli reportage sur le peintre qui, avec 25 ans de moins, se ressemble déjà.
Précisions encore floues sur la fusillade en Corse.
Au dodo !






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