Diégèse mardi 16 novembre 2021



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mercredi 21 août 1991
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C'est le août 1991 et sur son générique, le journal télévisé de France 3 affiche un cartel sur lequel est inscrit : « Putsch : l'échec ». Ayant complètement oublié, si on l'a jamais su, où un putsch a échoué en cette fin d'été, on attend avec impatience la fin du générique pour savoir de quel pays il s'agit et si les quelques hypothèses que l'on forme rencontrent ou non la réalité. Eh oui ! Il s'agit bien de l'Union soviétique. On se demande quand même comment on avait pu l'oublier. C'est sans doute que depuis, on a perdu espoir de voir de son vivant une Russie démocratique au pouvoir non corrompu.
Mais on revient à ce journal télévisé avec Charles Pasqua sur le plateau accompagné du journaliste Bernard Guetta. Il n'est pas anodin que la chaîne ait choisi un vieil anticommuniste primaire. Il faut dire que fin août, il n'y a pas grand monde de disponible et Paul Amar est si bronzé qu'on se demande s'il n'a pas dû quitter la plage précipitamment. Ce journal durera plus de 50 minutes, soit deux fois plus que d'habitude, environ. L'heure est donc grave.
Ce qui est intéressant dans cette période, c'est que la sphère politico-médiatique française va jouer en boucle la musique de la chute du communisme, ce qui devrait entraîner, selon elle, la chute du vieux Président Mitterrand allié des Communistes français. Ce que l'on appellerait aujourd'hui le « gauche bashing » bat son plein et aboutira, fort logiquement, sur fond de crise économique et de l'emploi, à la défaite cinglante de la gauche en 1993, puis, en 1995, à l'élection de Jacques Chirac, celui-là même qui, début septembre, se rendra à Moscou avec Charles Pasqua, notamment, pour féliciter Boris Eltsine, qui est alors dépeint en « Contre Lénine ». Voilà pour le méta-scénario. Reprenons la journal, même si l'on est effrayé par sa longueur inattendue. Putsch raté oblige.
Paul Amar a le ton des grands soirs : on déroule les faits de la journée. Sur la route de l'aéroport des limousines sans plaques d'immatriculation roulent pendant que Boris Eltsine, au Parlement, appelle à leur barrer la route. Du coup, Gorbatchev rentre à Moscou et téléphone à George Bush. On pressent que tout cela va être long. On rappellera que Vladimir Boukovski pensait et disait que ce putsch raté avait été orchestré par Gorbatchev lui-même.
Bien sûr, 30 ans plus tard et même plus de 30 ans plus tard, l'issue étant connue, on regarde évasivement le résumé de ce putsch raté, qui était peut-être un vrai-faux putsch faussement raté, puisque quelques mois plus tard, Eltsine prendra la main sur Gorbatchev avant d'être évincé par les pontes du KGB toujours au pouvoir en Russie, et bien au-delà.
5'28" : Pasqua, complaisamment invité, en profite pour attaquer François Mitterrand. Tout est bon à prendre, même la menace d'une guerre nucléaire. Du coup, la télévision française tombe dans le panneau de la propagande et glorifie Boris Eltsine. On rigole.
Parce qu'il n'y a pas besoin d'être spécialiste de la Russie pour comprendre ce qui se passe, surtout quand on examine ces événements 30 ans plus tard. L'homme à abattre, c'est Gorbatchev. Eltsine est un fantoche, qui défendant le Parlement aujourd'hui, y mettra le feu le lendemain. Il sera lui-même bientôt évincé, par ceux-là mêmes qui ont ordonné aux chars de rebrousser chemin en ne faisant « que » 16 morts, les hauts dignitaires du KGB, dont un certain Poutine. C'est assez clair et même très clair.
Ce vrai-faux coup d'État est une farce. La seule qui a vu juste est Hélène Carrère d'Encausse, qui affirme que cela signe la fin du pouvoir de Gorbatchev. Ce qui est grossièrement grimé comme la chute du communisme est la remise en selle de l'oligarchie communiste. Le KGB a berné l'occident.
Ensuite, socialistes - au gouvernement - et politiques de droite - dans l'opposition - se déchirent. C'est bien normal.
21'40" : on passe au reste de l'actualité avant de revenir à la Russie libérée. Arrestation d'un des assassins de Chapour Bakhtiar au bord du lac Léman. Pour mémoire, il a été tué en France le 6 août 1991. Il avait été le dernier Premier Ministre du Shah.
On passe aux Brèves : violation du cessez-le-feu en Yougoslavie (c'est bien le moment  !) ; explosion d'un réservoir de produits chimiques à Melbourne, en Australie ; interpellations d'agresseurs de vigiles à Lyon ; incarcération d'un meurtrier récidiviste à Nice, qui avait déjà tué sa logeuse ; incendie dans la Vienne.
25'32"" : on attend l'intervention du chef de l'État, François Mitterrand, sur la situation en ex URSS. Il se fait attendre. En conséquence, on revoit George Bush. Et comme il se fait vraiment attendre, on entend Georges Marchais. Il ne dit rien. La ligne est fixée.
Après plus de 30 minutes, François Mitterrand se fait entendre et le vieux Président, comme à son habitude, est fascinant. Quelle langue ! Quel rythme !
Pasqua s'indigne, Guetta soutient, le journal est terminé. Bonne soirée.


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