Diégèse jeudi 21 avril 2022
Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam

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carnet de voyage de 2025
de Carantec à Brignognan-plages via Roscoff



Je me suis réveillé tôt et, pourtant, j'ai quitté Carantec plus tard que je ne l'avais prévu, occupé sur l'internet à chercher qui ou quoi avait pu y conduire le peintre russe expressionniste Alexej von Jawlensky dans les années 1900. il est vrai que Carantec était déjà une station balnéaire et qu'Alexej était issu de la noblesse. C'est de Carantec, donc, qu'il a envoyé six toiles au Salon d'automne sur intervention de Diaghilev. Je me promets, aussi tôt que possible, de lire les Mémoires de Jawlensky, dictées sur son lit de mort, car il me semble être un drôle de loustic. Je voudrais savoir quand il voit pour la première fois des toiles de Van Gogh et s'il le connaissait déjà quand il peint les champs et les jardins de la station bretonne.

Je fais le détour par Roscoff, juste pour retourner sur le quai du vieux port et vers l'embarcadère pour l'île de Batz qui s'engage au-dessus des rochers et qui en lui-même est déjà un voyage. Parfois, le souvenir est une caresse. En cherchant la longueur de ce débarcadère dont je tairai les circonstances de notre première rencontre, j'apprends que c'est à Roscoff que l'on a inventé la thalassothérapie, dès 1899. C'est peut-être cela qui a conduit Jawlensky convalescent à Carantec, de l'autre côté de l'estuaire de la Penzé, estuaire que l'on nomme en Bretagne et en breton, un aber. Toute cette côte âpre est tournée vers ce qui peut être édifié en mythe moderne  : les vacances à la mer. Un des éléments essentiels de la fabrication de ce mythe est le sable, blanc si possible. C'est assez amusant si l'on considère la chose d'un point de vue anthropologique car, quoi de plus désagréable, dangereux, stérile, insidieux que le sable  ? La langue garde la trace de cette détestation quand elle évoque l'ensablement, rappelant que c'est sur le sable que les bateaux vont s'échouer.

Je ne me suis pas ensablé en suivant la côte au plus près, par les plus petites routes, mais le vent était assez puissant pour que je mange du sable, si je n'avais été proprement équipé. L'épidémie de COVID-19 de 2020 aura eu cet avantage de généraliser l'usage du masque prophylactique et protecteur. C'est exactement ce que l'on nomme un bénéfice secondaire.

J'ai poussé jusqu'à Brignognan-plages où j'avais pu réserver une chambre confortable, ce qui n'est pas toujours aisé à la mi-janvier quand il n'y a personne ou presque. Je me suis arrêté longtemps en route près du menhir de Cam Louis, qui fait plus de six mètres de hauteur et qui suffit à rendre sublime le très beau paysage. Il y avait un peu de soleil et une belle lumière. Assez pour méditer sur ce  mystère sans cesse renouvelé des pierres plantées, fichées... Je n'étais pas seul près du menhir qui de la côte guette le large. Il y avait aussi une vieille femme qui me paraissait émue comme quelqu'un qui se souvient de sa jeunesse. Elle portait quelques fleurs dans ses bras. Je ne lui ai pas demandé de quel souvenir d'amour il s'agissait et qu'elle était cette peine qu'elle voulait confesser au menhir esseulé. Comme je la regardais, elle a détourné la tête avec des larmes dans les yeux et je me suis alors éloigné me sentant importun, me souvenant soudain, avec émotion, de cette maxime de La Rochefoucauld qui affirme que le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement. J'aurais pu la remercier de me donner ainsi un souvenir aussi fort.

J'ai eu un peu froid malgré l'équipement qui me protège, aussi sophistiqué que mon vélo. Je sais d'ailleurs que je devrai dans quelques semaines le troquer pour un autre véhicule. Impossible de traverser l'hiver les Pyrénées à vélo  ! Décidément, mon voyage ne ressemble pas au trajet douillet de la dolce vita entrepris l'an passé.

Il est tard. Je dois dormir. Je chercherai plus tard si le fils d'Alexej, Andreas, qui lui aussi était peintre, est revenu plus tard à Carantec. Il devait avoir quatre ans quand son père  peignait avec autant de jaune.






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