Ce
sont les
vacances de printemps. Quand j'étais petit, on les nommait les
vacances
de Pâques. Je me suis échappé vers les Alpes pour oublier la mesquinerie
ambiante. Je parcours
sans grande envie les villages où quelques cafés, quelques
restaurants,
attendent des touristes. Parfois, on peut y croiser une célébrité passagère.
Plus loin sur la place, ce sont les marchés paysans où les maraîchers vendent
des herbes aromatiques et les éleveurs du lait de chèvre
fermenté. Il y a un an exactement, c'était le dimanche de Pâques. Ce sont les hasards du
calendrier. Je fête cette année des Pâques intimes et secrètes.
Je monte un peu sur
les routes en lacets de la montagne sans atteindre cependant le peu
de neige qui reste, juste pour scruter le paysage où
les clôtures sont
autant
d'ouvertures sur l'imaginaire. Souvent, ce sont les clôtures qui
produisent le paysage, qui ont vu la foudre et le tonnerre.
Le
temps des images vient, obscur, endormi un peu. Que
fait le cinéaste dans
un décor qui ne produit pas d'image ? Il cherche peut-être le
haïku... Cela ne sert
à rien d'insister pour qu'il vienne et il
aura fallu que j'efface beaucoup de ces mots que j'avais écrits
sans même y penser, sans même y penser
vraiment pour le laisser venir. Il suffit d'un reflet parfois
seulement, presque rien. D'ailleurs, mieux valait ne pas rester
immobile et reprendre la promenade. Dans un de ses cours, Roland
Barthes affirme ceci : « Tout d'un coup
dans un
certain haïku, il y a une apparition brusque du
référent, de l'objet évoqué, du référent, dans la promenade de la vie,
et dans la promenade du mot dans la phrase. »
Mais ce que ne dit pas Barthes, c'est qu'un haïku, aussi, c'est la fin d'un film.
C'est la fin d'un examen,
examen de conscience, examen de mémoire, examen de souvenir, examen
du souvenir, de la mémoire, de la conscience, de l'amour.
Il faut que je me
rende à l'évidence de cette fin. |