Diégèse samedi 18 juin 2022
Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam

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carnet de voyage de 2026
de Balbigny à Roanne en suivant la Loire



Jeanne Chézard de Matel, qui vécut au dix-septième siècle, est la fondatrice de l'ordre du Verbe incarné. Elle est née à Roanne, comme d'ailleurs Jérôme de Larochette, qui fut député de Rhône-et-Loire au début du dix-neuvième siècle. Je déroule la liste des personnalités nées à Roanne pendant des siècles et des siècles et je constate qu'il y en a peu dont je connaisse le nom. Je pourrais avoir retenu celui du fondateur du CNRS, Honoré Audiffred, mais ce n'est pas le cas. Je croise le nom de Joël Pommerat, merveilleux dramaturge et metteur en scène, mais je ne sais pas s'il revendique vraiment sa ville de naissance comme ayant forgé son imaginaire. Puis, je croise celui du réalisateur Jean-Pierre Jeunet et je me promets de le leur demander. Je lis que Simone Weil, la philosophe, a enseigné à Roanne pendant l'année scolaire 1933-1934, qui était ô combien une année où il fallait mobiliser la philosophie pour tenter de se rassurer sur l'avenir du monde. Mais cela n'a marché ni pour elle ni pour le monde. Je lis enfin que Barbara vécut un an au 26, rue Mulsant en 1938. Elle n'a donc pas rencontré Simone Weil au marché. Je décide donc d'aller au 26 rue Mulsant dès mon arrivée dans la ville. La porte des appartements est au 2 bis rue Waldeck Rousseau et cela provoque chez moi une forme de déception. J'imaginais une plaque au nom de la poétesse. Il n'en est rien. L'immeuble du coin de la rue était sans doute une étude de notaire qui porte encore un blason au fronton, immeuble étroit derrière lequel s'ouvre une venelle en impasse qui conduit à l'immeuble félon dont la façade est occupée par la vitrine d'un magasin. On est derrière la gare. La rue Waldeck-Rousseau est bordée d'immeubles de rapport construits en grosses pierres meulières. En 1938, il y avait là sans doute une grande manufacture dont il ne subsiste maintenant que la maison de maître au toit décoré comme ceux des hospices de Beaune, vestige d'une fortune déchue. L'ensemble est assez triste et  devait être sordide en 1938. Surtout que pendant l'hiver 1938, dans la Loire, la température avait atteint moins 24°. Les Serf avaient froid, étaient pauvres. Le piano fut saisi par un huissier et Barbara s'appelait encore Monique.

Comme j'arrivais rue Mulsant, j'ai été retardé par un convoi officiel que se rendait à l'inauguration d'un nouvel équipement public construit sur une partie du parking sauvage de ce faubourg délaissé. Je n'ai pas eu la curiosité de m'enquérir ni de qui l'inaugurait ni de sa destination. Le personnel politique avait l'air satisfait, mais je ne connaissais aucun visage parmi cette foule des grands jours. Roanne semble vraiment rétive à toute économie de la notoriété. Tout cela était si triste que je me suis demandé si je n'allais pas prendre le train pour Paris, mais, il n'y a pas de train direct pour Paris depuis Roanne. Certes, j'aurais pu prendre le 10h43 pour Nantes, et aller vérifier s'il pleuvait sur Nantes. Ce doit être un joli voyage ferroviaire provincial qui fait traverser Nevers, Bourges et Vierzon, comme dans une chanson de Brel, avant d'arriver à Nantes par Saumur et Angers. Je n'en ai cependant rien fait. Il faut plus de cinq heures, quand il n'y a pas de retard. En m'arrêtant un peu à chaque ville, il m'aurait fallu un mois entier. Je n'ai pas cette faculté de changer mon programme à ce point, mais je me suis promis d'envisager pour l'année prochaine de longs voyages en train.

Alors, je me suis inventé des souvenirs d'enfance à Roanne. Je sais depuis longtemps qu'un souvenir inventé vaut bien un souvenir réel. Nous habitions un des logements de fonction de l'école élémentaire Mulsant, dans la bien nommée rue des écoles et nous ignorions que Barbara avait vécu à quelques pâtés de maison de là. C'était en 1968. Les manifestations ont débuté le 13 mai et toutes les institutrices et les instituteurs de l'école ont rejoint les 3000 manifestants défilant dans les rues de Roanne. Pour les enfants, c'était le grand désœuvrement. On ne pouvait même pas aller à la piscine, dont le personnel était en grève. Je passais la journée sur mon vélo, allant bien au-delà des limites permises par mes parents en suivant la levée de la Loire et le chemin de halage, poussant parfois jusqu'au barrage de Villerest. Ce n'est qu'à 8 kilomètres, mais je n'avais que 12 ans. Je décide donc, plutôt que de prendre le train, de retourner voir ce fameux barrage de mon enfance imaginaire. Il y a toujours ce renfoncement où l'on domine le lac de retenue et d'où l'on aperçoit bien ce qui doit être les monts du Forez et leurs nuages comme une caresse. De l'autre côté, c'est l'abime du barrage et le bouillonnement des flots quand il y a un lâché. Une légende veut qu'un corps emporté par la cataracte ne soit jamais retrouvé. Enfant, cela me terrorisait mais me fascinait. Désormais, le plus souvent, le niveau de l'eau est trop bas pour que l'on puisse assister à ce spectacle. En mai 2021, lors des dernières crues, j'avais failli m'y rendre pour admirer cette splendeur, mais n'en avais pourtant rien fait non plus. Je restais alors là des heures, assis à lire quelque roman du siècle précédent, m'apercevant parfois trop tard que le jour avait baissé. Il s'agissait alors d'aller vite pour rentrer à la maison avant le dîner. Fort heureusement, mes parents étaient patients et surtout, n'étaient pas facilement inquiets.

Certes, un biographe attentif n'attestera pas vraiment cette enfance roannaise. Peu importe. J'ai appris depuis longtemps de Proust que ce que l'on raconte de ce que l'on vit n'a pas besoin de rencontrer ce que les autres racontent de ce que l'on a vécu. En cherchant un peu, le même biographe s'apercevrait certainement que le barrage de mon enfance fréquenté assidument en mai 1968 a été construit entre 1976 et 1982. La recherche sur l'internet est un moyen simple de vérification de la véracité des autofictions. Mais, cela demeure pourtant véridique si l'on veut bien oublier qu'on nous a enseigné qu'une chose ne pouvait pas être vraie et fausse à la fois, ce qui est une parfaite absurdité. Elle peut l'être évidemment dans l'ordre de la fiction et du fantasme et ce n'est aucunement une affaire de logique.






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