Diégèse mercredi 11 mai 2022
Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam

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2022

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dans 1169 jours (7 x 167 jours), soit 167 semaines, ce sera le mercredi 23 juillet 2025
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carnet de voyage de 2025
de Valence d'Agen à Verdun-sur-Garonne en remontant la Garonne







En définissant cette étape, je me suis amusé avec la toponymie, choisissant deux villes qui trouvent chacune leur homonyme dans une autre région de France. Et comme cela m'amusait, je me suis amusé tout le jour à suivre la Garonne au plus près, ce qui n'est pas toujours aisé. En effet, quand on remonte la Garonne par la rive gauche sur ce parcours, on parcourt un plateau qui domine la Garonne et que l'on nomme d'ailleurs « terrasse de la Garonne ». Des points de vue touristiques ont d'ailleurs été aménagés, tel ce curieux promontoire édifié dans le village de Lizoun qui domine les cultures plus bas dans la plaine. Toujours, la Garonne s'échappe. Il faudra que je vérifie la particularité géologique qui a fait que le fleuve vient buter ainsi sur le plateau qu'il érode à peine. Nul doute que dans l'histoire, les territoires nobles étaient sur la rive gauche, quand la rive droite, souvent marécageuse, était industrieuse et agricole. Depuis le dix-neuvième siècle, on descend du plateau pour prendre le train ou filer tout droit en voiture vers Montauban ou Toulouse. Verdun évoque d'ailleurs le « dunon » celte qui signifie forteresse. Pour le reste, la promenade était très agréable bien qu'il fît aujourd'hui très chaud. C'est aussi que le plateau est plus frais et plus calme que la plaine. À l'évidence, je pense que je n'aurai pas trop de mal à trouver le sommeil, bénéficiant de la tranquillité nocturne de Verdun-sur-Garonne, même en plein été.

J'étais venu autrefois à Valence d'Agen pour des vacances familiales et amicales et je ne me souvenais assez bien que du marché et de ses abricots. Je m'intéressais moins alors qu'aujourd'hui à la géographie et je comprends désormais que la plaine de l'autre côté de la Garonne est aussi un immense verger. Je me souviens très bien de l'irrégularité des pavés tout autour de la halle et cela suscite le souvenir immédiat, comme l'ouverture d'une porte d'un théâtre de mémoire. C'est la même expérience que vit le narrateur de La Recherche du temps perdu. J'ai donc trouvé curieux que l'abricot sur ce marché occupe toute ma mémoire. Mais, l'abricot n'était en effet qu'une porte. Pensant à l'abricot, je me suis rappelé son nom en arabe et rappelant à moi ce terme, je me suis alors souvenu que c'est en regardant un poste de télévision dans un magasin sur la place de ce marché que j'ai appris la fin de la guerre entre l'Irak et l'Iran. Je peux donc avec certitude affirmer que le samedi 20 août 1988, j'achetais des abricots à Valence d'Agen. J'avais 10303 jours et 10303 est un nombre premier. Je suis heureux de me rappeler la fin de cette guerre et d'avoir oublié la guerre, car, se rappeler la guerre, c'est se rappeler la mort. C'est se rappeler la défection de la vie. Il y a tellement de tendresse qui manque. Alors, nous constatons nos peurs et il faut beaucoup de courage pour affronter la peur. Est-ce que l'on se rappellera la mort ? Comme Proust, je pourrais donc aller chercher partout dans ma mémoire ce que je nommerais mes abricots, et qui me seraient ce que les madeleines lui ont été. Et nous garderions en commun l'irrégularité des pavés.

En revanche, je ne me rappelle pas être jamais allé à Verdun-sur-Garonne, qui a pourtant un marché où l'on vend certainement les mêmes abricots. Arrivé à destination, je me suis installé à la terrasse d'un café pour parcourir la presse. C'est bientôt la pause du mois d'août et le gouvernement multiplie les déclarations, encore et encore, comme pour souhaiter de bonnes vacances au peuple. Apparemment, d'ailleurs, le régime va vouloir faire un pas vers le peuple afin de tenter d'éviter que le grand aventurier ne se saisisse du pays. C'est Zola qui, du coup d'État de 1851, faisait dire à l'un de ses personnages bonapartistes, que « la France sera(it) toujours à qui osera(it) la prendre ». C'est vrai, plus que jamais et, le plus souvent, cela se termine mal.

Je lève la tête du journal. On range les tables du café. Je regarde la place qui a cette apparence de perpétuité que peuvent avoir les places, ne différant de ce à quoi elles ressemblaient l'année précédente de par la publicité affichée sur les panneaux rétroéclairés. Je prends un à un les éléments qui constituent le moment et rentré dans ma chambre d'hôtel, j'utilise ces matériaux et je les laisse dire, et je les laisse faire, quitte à écrire des évidences et des platitudes.






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