Diégèse jeudi 19 mai 2022
Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam

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carnet de voyage de 2025
de Metz à Apach en suivant la Moselle



Tout le monde ou presque connaît la petite ville luxembourgeoise de Schengen, là où se rencontrent les frontières française, luxembourgeoise et allemande, ville qui a donné son nom aux accords de libre circulation des citoyens européens dans l'Union, accord régulièrement dénigrés par les souverainistes et nationalistes xénophobes de tout poil. On sait moins que la dernière ville française, ville aux trois frontières, se nomme Apach, dont le nom n'a rien à voir évidemment avec le peuple indien, ni avec la signification qu'il prend ou prenait en argot parisien, désignant des mauvais garçons... Je ne peux cependant m'empêcher de voir là une blague des signifiants, quand Apach jouxte Schengen.
Je suis donc installé non loin des bords de la Moselle dans ma fourgonnette, ce qui n'a pas été facile, car, pour être le symbole de la libre circulation, la zone est très étroitement surveillée. Je ne serais pas étonné, d'ailleurs, d'être réveillé en pleine nuit par quelque douanier soupçonneux et soucieux de savoir qui je suis, mais aussi ce que je transporte. Cela m'est déjà arrivé et, dans ces cas-là, mon âge et ma couleur de peau jouent pour moi autant que mon passeport français, mais, ce qui suffit le plus souvent à convaincre de ma bonne foi les forces de l'ordre, c'est ce carnet de voyage qui retrace mon périple. Parfois s'en suit une conversation douanière et, au motif que les douaniers auront à raconter le soir même ou le lendemain une histoire extravagante dont je serai le personnage, j'échappe à la fouille en règle du véhicule. Une seule fois, à la frontière espagnole, le contrôle a duré assez longtemps, mais on cherchait une bande organisée de braqueurs et l'affaire était alors politiquement sensible. Abordé par une escouade de gendarmes, comme d'habitude, j'ai raconté mon voyage. Le brigadier est resté un temps silencieux, avant de me répondre qu'il ne me croyait pas. Je lui ai répondu que je n'avais pourtant rien d'autre à dire puisque c'était la vérité et rien que la vérité, ce qu'il a pris pour de l'ironie facile et l'a mis de mauvaise humeur. Je tairai la suite, tant elle est ridicule et peu à l'avantage de la gendarmerie nationale. La région, d'ailleurs n'était pas tranquille et l'on pouvait encore voir dans les villages des affiches du réactionnaire islamophobe bleu-nuit Éric Zemmour qui dataient de plus de trois ans. Certes, il est rassurant de constater que beaucoup étaient déchirées, taguées ou souillées.

Alors que je voulais voir la Moselle depuis l'endroit où j'allais passer la nuit, je vois passer des trains et soudain, devant moi, je vois un chien dans les fourrés misérables qui longent la voie ferrée, un chien de chasse, beige, avec des taches et mon esprit part vagabonder avec lui dans les herbes folles. Je sais que si je raconte cela quand je serai interrogé pendant la nuit, je ferai l'objet d'une fouille au corps pour recherche de substances psychotropes, avec la violence que suppose ce genre de situations. Je n'aurai alors pas le temps de rendre compte de mon voyage et de mon projet d'écriture que je serai déjà en garde-à-vue. Le chien disparaît.

Il faut dire que ce soir, l'endroit que j'ai choisi, près du faisceau ferré, après avoir parcouru la ville entière, est particulièrement douteux. J'y suis seul et je ne vois qu'une rencontre amoureuse qui pourrait justifier que l'on passât la nuit ici. Je pense alors qu'il suffirait de peu, d'une averse sur la ville, d'un chemin perdu, d'un rire appuyé et tu passerais et je passerais, étrangers à jamais à la rencontre. Ainsi, même dans mon fantasme, je reste seul, sinon esseulé. Mais n'ai-je pas souhaité échapper à la compagnie du monde ? C'est ma vie désormais et c'est aussi ma croix. sans doute, d'ailleurs, ce voyage est-il une sottise, une dernière sottise... Il est en tout cas implacablement névrotique. Que voudrais-je démontrer ? Que la vie et la mort sont une seule et même chose ? Ce n'est hélas plus à démontrer et ça ne va pas loin. Il faudrait que je cesse de me comporter comme un enfant ou comme un débutant. C'est grotesque à mon âge. Une question demeure, pourtant, jamais posée, toujours présente : celle de l'amour. Et j'entends une fois encore ce bon Barthes, quelques semaines avant son suicide assisté par fourgonnette de blanchisserie énoncé avec son ton inimitable  : « Si je ne peux jamais toucher le corps de l'autre, à quoi bon vivre ? » Mais cet autre n'est pas n'importe quel autre, c'est toi. Tu apparais parfois sous la lumière des lampadaires, la nuit, dans les villes que je traverse. Je te reconnais et puis tu t'évanouis ou bien tu prends les traits de quelqu'un d'autre. Je ne sais pas si la libre circulation des accords de Schengen prend aussi en compte les fantômes. Je sais bien que tout cela est irréel. Il n'en demeure pas moins que je te vois vraiment.

Bon, je vais repartir vers l'ouest pour rentrer avant la fin de l'année.






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