Diégèse Les narratrices et les narrateurs
Journal de Bernadette en 2001 - 37 jours -
Bernadette vit et travaille à Bobigny en Seine-Saint-Denis.




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mardi 2 janvier 2024 mardi 2 janvier 2001 J'imagine déjà la tête de mes anciens voisins parisiens quand ils viendront me voir à Bobigny. La voisine du dessus est même venue me témoigner sa sympathie comme si je partais en prison ou à l'hôpital. En prison, non pas. Mais à l'hôpital, certainement. Pas comme patiente, grâce à Dieu. J'ai hâte de faire mes preuves dans ce nouveau poste de coordinatrice. Je commence demain. J'ai pris ma journée pour finir de m'installer. J'ai trouvé un pavillon, rue Adam. Franchement, c'est top. Aussi bien qu'à Montreuil, par exemple et beaucoup moins cher. Bobigny, ce n'est pas que les cités. Je suis quand même à plus de deux kilomètres de l'hôpital. J'irai difficilement à pied. C'est surtout pour revenir le soir... Tant pis, j'aurais aimé marcher.

Al Gore ne sera pas président... Je ne sais pas pourquoi, je suis un peu déçue. Je n'attends pas grand-chose du petit Bush...




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lundi 8 janvier 2024 lundi 8 janvier 2001 J'ai mal au dos depuis jeudi dernier. J'ai passé presque tout le weekend allongée, mais j'ai encore mal. Ce doit être l'une des conséquences du déménagement. J'ai surestimé mes forces. Une infirmière qui a mal au dos n'est pas bonne à grand chose. Heureusement, je peux marcher sans difficulté. J'évite de me baisser. Je monte le lit des patients au maximum. Un vieux monsieur pas très bien en point, mais non sans humour, m'a demandé si je voulais l'envoyer au ciel plus vite. Nous avons ri. Quand je suis sorti de la chambre, j'avais moins mal au dos. On pourrait croire que l'on accède plus facilement aux soins quand on travaille dans un hôpital. Ce n'est pas tout à fait vrai. Parfois même, c'est complètement faux. Après les fêtes, c'est toujours une période de forte tension. On doit souvent déprogrammer des opérations pour prendre des patients dont l'état s'est dégradé entre Noël et le jour de l'an. Et puis, c'est incroyable le nombre d'accidents que provoquent ces fêtes. Je ne parle même pas des accidents de la route, des brûlures dues aux véhicules incendiés... Les blessures les plus terribles et souvent les plus incongrues sont les blessures domestiques. On tombe, on se coupe, on avale de travers la fève de la galette. Je ne sais pas qui a inventé cette histoire de haricot qui pousserait dans l'estomac. J'ai même vu une fois une dame qui craignait qu'un arbre lui pousse dans le ventre alors qu'elle avait avalé une fève en plastique.

J'ai quand même réussi à obtenir des antalgiques. J'espère que ça va aller mieux.




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vendredi 12 janvier 2024 vendredi 12 janvier 2001 Je pensais avoir tout le weekend pour me reposer, mais, je serai de garde pour remplacer une collègue absente. C'est une copine et je le fais bien volontiers pour elle. Je sais pourquoi elle doit s'absenter et ce n'est pas très drôle. Bien sûr, un weekend de garde ne va pas améliorer mes douleurs de dos... Mais, je ne pouvais vraiment pas refuser.

J'ai récupéré dans un salle d'attente Le Monde d'aujourd'hui. La droite se déchire à Paris. Séguin a fait un croc-en-jambe à Toubon, avant d'être canardé par Tiberi. Un sondage donne Jospin gagnant à la présidentielle de 2002. On verra bien. 2002 C'est loin. Il y a des inondations en Bretagne. Jospin est allé sur place avec Voynet et Lebranchu. Rien qu'avec le coût du déplacement, on aurait pu mettre au sec un village entier.

Je suis fatiguée. Travailler ici, vivre ici, c'est côtoyer la misère. On est loin d'être riches, mais on fait presque figure de privilégiés avec nos deux salaires fixes. Je me demande en fait si ce n'est pas cette misère qui me fait mal au dos.




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mercredi 24 janvier 2024 mercredi 24 janvier 2001 Le service RH m'a dit que je serai convoquée au tribunal pour témoigner. J'ai entendu des cris, mais je n'ai rien vu. Je ne crois pas que mon témoignage sera bien utile. À ce qu'on m'a rapporté, une femme est arrivée aux urgences vers 18h avec des ecchymoses sur tout le corps et une blessure ouverte au front. Elle est arrivée par ses propres moyens ou bien emmenée par une personne qui est repartie aussitôt. Elle a été prise en charge par les urgences, mais, alors qu'elle était sur un brancard, trois hommes ont forcé l'entrée en criant et ont voulu l'emmener avec  eux de force. Les vigiles sont intervenus mais les trois hommes étaient vraiment très énervés. Heureusement la police est arrivée et les a maîtrisés et embarqués. Moi, j'étais dans un autre box en train de poser une attelle à vieux monsieur qui avait glissé en promenant son chien. J'ai bien entendu des cris et du bruit, comme celui d'une bagarre, mais je n'allais pas abandonner mon patient pour aller voir ce qui se passait. Surtout qu'avec mon mètre cinquante et mon poids plume, je n'aurais pas été d'une grande aide et je risquais plutôt de faire un vol plané au milieu du hall.

Plus tard, la femme était vraiment très apeurée. Elle répétait en boucle qu'ils allaient la tuer. L'infirmière la rassurait comme elle le pouvait. Elle a appelé une association départementale qui prend en charge les femmes qui subissent des violences conjugales et familiales. Je pourrai témoigner qu'elle répétait cela, qu'ils allaient la tuer. Je n'aurais pas peur de témoigner de cela.




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jeudi premier février 2024 jeudi premier février 2001 Cette histoire à l'hôpital m'a choquée. Je m'aperçois quand je rentre chez moi le soir que je ne suis pas tranquille. Je n'ai rien remarqué de particulier. Je n'ai pas été suivie. Mais, je me méfie. Je pense en effet qu'il ne s'agissait pas de violences conjugales ordinaires - si l'on peut qualifier ainsi les violences conjugales - mais, d'un autre type de violences, plus organisées. La docteuresse qui l'a examinée nous a confié que la jeune femme présentait tous les stigmates d'une femme qui se prostitue de manière intensive. Or, il n'y a pas de prostitution intensive sans proxénètes... Je suppose que c'est pour cela que ces salopards sont venus à trois... À la fois, ça ne veut rien dire. Cela pouvait très bien être le mari et ses frères, ses frères à lui ou ses frères à elles. Quand il y a soupçon d'adultère, par exemple, la famille de la femme et la famille du mari s'allient pour laver leur honneur supposé souillé. Je n'ai aucune idée de l'identité de ces trois types. Mais, si l'on a affaire au crime organisé, alors tout est possible, y compris les représailles. Cela ne serait pas la première fois. Je vais dire que je veux bien témoigner, mais pas seule. Il n'y a d'ailleurs aucune raison que je sois seule à témoigner alors que j'ai seulement entendu les cris, mais rien vu.

Tout cela me contrarie. Je ne dors pas très bien depuis deux semaines.




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samedi 17 février 2024 samedi 17 février 2001 Je ne vais pas aller travailler lundi. J'ai reçu un message bizarre sur mon téléphone mobile personnel. Je voulais aller le montrer au commissariat en sortant de l'hôpital mais il y avait une queue très longue et je ne pouvais pas attendre. Je n'étais d'ailleurs pas certaine de pouvoir entrer avant la fermeture des bureaux et le fait d'avoir reçu un message bizarre ne semblait pas constituer une urgence vitale.

Ce message est bizarre et clair à la fois et résonne comme une menace : « Fè atension ». On dirait que les fautes d'orthographe ont été commises intentionnellement. Sans fautes, j'aurais pu penser à un message publicitaire ou à une blague des enfants. Le numéro duquel est envoyé le message m'est inconnu mais la police devrait pouvoir le trouver. Je n'irai donc pas travailler et je vais aller faire la queue au commissariat de bon matin. Je sais déjà que ce sera une épreuve, le commissariat de Bobigny un lundi matin...




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lundi 19 février 2024 lundi 19 février 2001 Malgré ma patience, je n'ai pas pu entrer dans le commissariat. Je ne suis d'ailleurs pas certaine que cela aurait été bien utile. Après trois heures passées dehors dans le froid, j'ai repris le chemin de l'hôpital, non sans m'être faite auparavant contrôler. On ne m'a d'ailleurs pas demandé mes papiers d'identité mais ma carte de séjour, ce qui serait amusant si j'avais le cœur à m'en amuser. Je ne sais pas si ma grand-mère, qui a servi comme infirmière pendant la guerre et qui était déjà née en France, aurait apprécié que la police demande à sa petite fille sa carte de séjour. Cela m'arrive souvent et bien sûr, encore davantage à Bobigny. Et quand cela m'arrive une fois, cela arrive trois fois à mon mari et dix fois à mon fils adolescent. Enfin, j'ai sorti ma carte d'identité sans faire de commentaires et je suis repartie. J'ai pensé montrer ma carte de l'hôpital mais j'ai préféré demeurer neutre. On ne sait jamais. Cela dit, la garde à vue, c'est aussi une manière d'entrer dans le commissariat.

Je vais aller voir l'avocate de l'hôpital. Si je suis citée comme témoin, je pense que j'ai le droit d'être protégée et je vais demander cette protection. Je serai plus rassurée.

Mauvais jour... Mon fils a été contrôlé. Il n'avait pas ses papiers. Il faut que j'aille le chercher au commissariat.




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vendredi premier mars 2024 jeudi premier mars 2001 Il y a encore eu un problème à l'hôpital aujourd'hui. Il s'agissait d'une jeune femme qui avait été rouée de coups dans la rue par des hommes, disait-elle, qu'elle ne connaissait pas. Elle est arrivée aux urgences par ses propres moyens, le visage tuméfié. Elle boitait. Les médecins qui l'ont prise en charge ont diagnostiqué plusieurs fractures et des contusions multiples. Par chance, aucun organe vital ne semble avoir été atteint. Elle a protégé son ventre, a-t-elle dit, comme elle le pouvait.

Dès qu'elle est arrivée, une infirmière lui a demandé si elle était enceinte ou si elle pouvait l'être. La question a provoqué chez la jeune femme une sorte d'effroi et ses sanglots ont redoublé. L'infirmière a donc indiqué sur le formulaire que la patiente pouvait être enceinte. On a évité les rayonnements sur l'utérus ou à sa proximité et on a pratiqué une échographie. L'embryon avait cinq semaines. La jeune femme a déclaré ne pas être mariée. En tête à tête une femme médecin lui a confirmé qu'elle était enceinte et j'ai entendu que la jeune femme hurlait : « Ils vont me tuer ». Le « Ils » étaient sans doute ceux qui, déjà, l'avaient frappé.

Je n'ai pas dit que j'avais entendu cela. Je ne voudrais pas avoir une deuxième affaire sur les épaules.




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samedi 9 mars 2024 vendredi 9 mars 2001 J'ai pris contact avec une association de Bobigny qui se dédie aux femmes de Seine-Saint-Denis et plus largement de l'Île-de-France. Elle se nomme Femmes Relais. Elles sont très heureuses car l'année dernière, l'association a été récompensée et a reçu le trophée Olympe d'or. C'est Madame la Ministre Martine Aubry qui le leur a remis. Il y avait aussi la Secrétaire d'État aux droits des femmes et à la formation professionnelle, Nicole Perry. .Je pense que c'est amplement mérité. L'association existe depuis 1988 et elle n'a pas chômé. Mais jusqu'en 2000, tout le monde était bénévole. C'est seulement grâce à la politique des emplois aidés mise en œuvre par le gouvernement Jospin que les premiers postes ont pu être créés. Espérons que personne n'osera remettre cela en cause et que l'association pourra continuer à recevoir l'argent nécessaire pour payer ses salariés. Pour autant, l'association attend toujours ses locaux et a pas mal voyagé depuis sa création dans le quartier de l'Abreuvoir. Mais il paraît que la Ville de Bobigny y est attentive et que des locaux pourraient lui être affectés l'année prochaine place des Nations Unies. On verra bien.

La place des femmes à Bobigny est un combat de longue date. C'est une des premières villes à avoir élu une femme maire, en 1925. Elle s'appelait Marthe Tesson. Le maire est aujourd'hui Bernard Birsinger. Il est aussi député.




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mercredi 13 mars 2024 mardi 13 mars 2001 J'ai bien fait d'aller voir Femmes Relais car, maintenant, je peux leur envoyer des patientes qui ont des problèmes et inversement. J'ai facilité aujourd'hui l'accueil à l'hôpital d'une femme qui avait des douleurs abdominales très fortes. Elle n'avait pas vu de médecin, se contenant d'une auto médication d'antalgiques. Mais, elle en prenait tellement que cela risquait de ruiner son foie. Elle n'avait apparemment pas de problème de transit ni de problème urinaire. Je l'ai donc orientée, presque par instinct, vers un obstétricien. Elle est en situation de précarité et souvent, dans ces cas-là, les grossesses sont tues, surtout quand elles ne sont pas désirées, voire pire, quand elles arrivent après une agression sexuelle.

J'ai bien fait. Cette femme faisait une grossesse extra-utérine. Les saignements constatés ne venaient pas des menstrues. Il a fallu l'opérer mais tout s'est bien passé. Elle pourra encore avoir des enfants. Elle a pu retourner voir Femmes Relais hier qui l'a prise en charge. Je me suis dit que je la reverrai pour prendre de ses nouvelles.




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mardi 19 mars 2024 lundi 19 mars 2001 Je suis vraiment heureuse de mon engagement auprès de cette association et je crois bien que c'est réciproque. Je me demande d'ailleurs si je ne devrais pas m'engager davantage, autrement, peut-être politiquement. Là où je suis, dans cet hôpital, je peux mesurer les discriminations faites aux femmes. Quand une famille est précaire, la plus précaire, la plus vulnérable est toujours la femme. Et c'est cela qui est terrible, cette sorte de sédimentation des discriminations. Une femme pauvre et racisée est plus discriminée qu'une femme pauvre non racisée. Dans certains quartiers, une femme noire sera instantanément perçue comme une antillaise, donc française. Dans d'autres villes, dans les villes les plus pauvres, une femme noire sera perçue comme africaine et peut-être comme une africaine en situation illégale. Je me souviens de cette expression entendue je ne sais plus bien où qui évoquait les pauvres des pauvres. On pourrait dire que les femmes pauvres sont les pauvres des pauvres.

Comment trouver des solutions ? Sans doute, d'abord passer par la dénonciation de faits, puis de situations et revendiquer et le faire ensemble.




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dimanche 14 avril 2024
samedi 14 avril 2001
Je relis avec émotion ce que j'écrivais il y a près d'un mois déjà. Je me demande où je trouvais alors cette énergie incroyable. Il y a dix jours environ, j'étais à l'hôpital et une très jeune femme est arrivée. Elle semblait vraiment apeurée et les collègues l'ont tournée vers moi, un peu comme si j'avais fait ma spécialité de recueillir et de soigner les femmes en détresse. Elle n'était pas seulement apeurée mais blessée cruellement dans ses parties intimes. Je ne lui ai pas demandé de détails sur ce qui lui était arrivé. Elle n'était d'ailleurs pas dans un état qui lui permettait de témoigner. J'ai appelé les médecins et elle est directement partie au bloc opératoire. Je lui ai tenue la main jusqu'à ce que l'anesthésie l'emporte. Deux jours après, elle est sortie avec des ordonnances pour des antibiotiques et des soins infirmiers. Je n'étais pas tranquille. Et j'avais raison. J'ai appris par l'association qu'elle est morte peu de temps après sa sortie de l'hôpital.

Je ne sais pas pourquoi c'est cette histoire qui m'a terrassée. Ou plutôt, je sais... Je sens encore la chaleur de sa main dans la mienne, une enfant.

Je me suis écroulée et je suis en arrêt maladie jusqu'au 30 avril prochain.




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samedi 20 avril 2024 vendredi 20 avril 2001 Mon travail me manque. Il me manque même beaucoup. Pourtant, je ne ferai rien pour reprendre plus tôt que le 30 avril. Je sais au fond de moi que j'ai besoin de ces dix jours qui me séparent de ma reprise. J'espère seulement qu'ils seront suffisants.

Je ne suis pas la seule, loin de là, parmi le personnel soignant de l'hôpital; à avoir craqué. Cela arrive d'ailleurs aux hommes comme aux femmes. C'est juste qu'il y a plus de femmes parmi les infirmières et les aides soignantes, qu'elles sont moins payées et sont en première ligne.

Le plus difficile, ce sont les enfants. On ne s'habitue jamais à la souffrance et encore moins à celle des enfants. Jusqu'à aujourd'hui, je n'ai pas eu à affronter la mort d'un enfant dans mon service. Mais, je sais que cela arrivera un jour. Je ne peux rien faire pour m'y préparer. On ne se prépare pas à l'abominable.




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mardi 30 avril 2024 lundi 30 avril 2001 C'était aujourd'hui le jour de la reprise. Ce qui est bien dans cet univers médical, en tout cas, celui-là, c'est que personne ne pose de questions stupides ou embarrassantes. Un petit geste, un sourire suffisent à montrer que l'on sait, que l'on comprend et que ça va aller.

J'espère que ça va aller, mais je n'en suis pas certaine. Ne serait-ce que physiquement. Travailler comme soignante à l'hôpital est un métier éprouvant psychiquement mais aussi, sinon d'abord physiquement. Il y a toujours quelque chose à porter. On fait des kilomètres... Je suis restée chez moi pendant près d'un mois et je suis comme une sportive qui aurait arrêté l'entraînement. Je m'essouffle en montant les escaliers, laissant les ascenseurs pour les brancards. Et puis, à vrai dire, je déteste ces moments dans les ascenseurs avec un patient ou une patiente sur un brancard, des brancardiers et ces quelques instants où personne ne sait bien pourquoi les circonstances ont réuni là ces gens qui n'auraient souvent jamais dû se rencontrer.

Je vais reprendre tout doux, tout doux pour rester un peu douce dans cet environnement où rien n'inspire la douceur.




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mercredi 8 mai 2024 mardi 8 mai 2001
C'est un jour férié et j'étais d'astreinte. Je n'aime pas beaucoup cela, car les équipes sont encore plus réduites, mais il y a plus de patients. Il y a d'abord davantage d'accidents domestiques. C'est incroyable les dégâts humains que peut faire le bricolage. Quand je pense qu'avec les trente-cinq heures, les gens vont encore plus bricoler, ce n'est pas le moment de retirer de l'argent aux urgences. On a de tout avec les accidents de bricolage, du plus bénin mais très douloureux au plus sérieux. Il n'y a pas que dans les films que les tronçonneuses tuent. Mais il y a aussi plus d'accidents de la circulation et enfin, les conduites en état d'ivresse et les indigestions avec occlusion intestinale. Je passe même ici les détails sur l'état des patients avec occlusion... Mais, ce n'est vraiment pas joyeux.

J'espère que j'aurai un jour assez de chance ou d'ancienneté pour ne pas travailler les jours fériés. Mais, je crains que ce ne soit pas avant longtemps. Avec mon arrêt-maladie, j'ai passé beaucoup de tours de garde. Il me reste l'ascension, le 24, la Pentecôte les 3 et 4 juin, la fête nationale et l'assomption, la Toussaint, l'armistice, Noël et la Saint Sylvestre. Ensuite on sera en 2002 et j'espère que je pourrai passer mon tour de temps en temps.

J'espère quand même que ce ne sera pas trop dur.





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dimanche 12 mai 2024 samedi 12 mai 2001 J'étais encore de garde aujourd'hui. Nous avons regardé avec les collègues un bout du concours de l'Eurovision qui se déroulait cette année à Copenhague. C'est une manifestation vraiment ridicule et insipide, mais nous avons une stagiaire québécoise qui voulait entendre Natasha St-Pier -c'est ainsi que son nom de scène s'orthographie), qui représente cette année la France. Elle n'a pas été déçue, elle qui défend la francophonie québécoise, la chanteuse a fini sa chanson en anglais... Fort heureusement, il y a eu beaucoup d'appels, ce qui m'a permis de m'enfuir pour aller voir les malades. Et fort heureusement aussi, rien de grave cette nuit, juste un peu d'angoisse et de douleur que j'ai réussi à contenir sans avoir recours à l'interne... qui regardait passionnément l'Eurovision.

Cette soirée restera un bon souvenir. Il y a parfois, à l'hôpital aussi, des moments de calme, ou plutôt d'accalmie. C'était le cas ce soir et c'est toujours bon à prendre.




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samedi 18 mai 2024 vendredi 18 mai 2001 L'armée israélienne a bombardé Gaza et la Cisjordanie avec des F16, pour la première fois depuis 1967. Cela fait suite à un attentat-suicide du Hamas au nord de Tel Aviv qui a fait 6 morts, dont le kamikaze. On ne sait pas encore combien de personnes sont mortes dans la riposte. Apparemment, les morts palestiniens sont toujours plus difficiles à compter que les morts israéliens par la presse occidentale. Par effet du hasard, j'ai aussi entendu à la radio que Dassault a lancé aujourd'hui son nouvel avion Rafale. Je ne sais pas quels pays ont commandé cet avion concurrent de ceux qui ont bombardé la Palestine, mais sans doute pas les Palestiniens.

En allant à l'hôpital à pied, pour une fois, j'ai entendu des petits parler. Ils disaient que l'on tue toujours plus de Musulmans que de Juifs. J'ai failli m'arrêter pour leur dire qu'il ne s'agissait pas d'une affaire de religion mais bien d'une affaire de capitalisme. Mais j'ai renoncé. D'une part, je n'avais pas le temps. D'autre part, je ne suis pas certaine que mon explication les aurait convaincu.

Hier, une jeune collègue, m'a dit que les Arabes n'étaient pas concernés par la Shoah. Je lui ai répondu qu'en tant qu'êtres humains, nous étions tous concernés par cette abomination. Elle a eu l'air de ne pas vraiment comprendre ce que je voulais dire.




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jeudi 30 mai 2024 mercredi 30 mai 2001 C'est incroyable combien Loft Story est devenue le sujet de conversation. Cela fait plus d'un mois déjà qu'une certaine Loana et un certain Jean-Édouard ont fait ou n'ont pas fait l'amour dans une piscine filmée en permanence par des caméras, scène retransmise par la télévision et abondamment commentée. C'est à croire d'ailleurs que le rôle social de ces émissions est d'abord celui de faire parler, de fournir des sujets de conversation à la France entière. Tout le monde y va de son commentaire, du spectateur lambda aux professeurs d'université. Tout le monde a une opinion sur ce qui se passe là, ce que ça signifie, ce que ça va entraîner.

Moi, je ne sais pas. Je ne regarde pas. Je suis trop fatiguée pour regarder... rien. Parce que c'est d'abord rien.

Je suggère que l'on tourne Hôpital Story. Je ne regarderai cependant pas non plus. Je serai dans le grand bain et pas avec Jean-Édouard, sauf s'il est accidenté, blessé, malade, en urgence absolue, douloureux, inconscient... et j'en passe évidemment.
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jeudi 13 juin 2024 mercredi 13 juin 2001

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samedi 13 juillet 2024 vendredi 13 juillet 2001

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mercredi 17 juillet 2024 mardi 17 juillet 2001
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jeudi 22 août 2024 mercredi 22 août 2001

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vendredi 30 août 2024 jeudi 30 août 2001
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mercredi 11 septembre 2024 mardi 11 septembre 2001

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dimanche 15 septembre 2024 samedi 15 septembre 2001
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dimanche 29 septembre 2024 samedi 29 septembre 2001
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mercredi 9 octobre 2024 mardi 9 octobre 2001

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mardi 15 octobre 2024 lundi 15 octobre 2001
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vendredi 8 novembre 2024 jeudi 8 novembre 2001

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jeudi 14 novembre 2024 mercredi 14 novembre 2001
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dimanche 8 décembre 2024 samedi 8 décembre 2001

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vendredi 20 décembre 2024 jeudi 20 décembre 2001