Diégèse
Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam
mardi 2 décembre 2025





2025
ce travail est commencé depuis 9468 jours (22 x 32 x 263 jours)

et son auteur est en vie depuis 23921 jours (19 x 1259 jours)
ce qui représente 39,5803% de sa vie


hier

L'atelier du texte
demain










Déjà écrit
et pourtant pas encore
40e page de la 3e liasse du Carnet noir oriental







.../...
mener la vie entière, les nuits, les jours, toute activité, si l'on n'a pas connu la pression qui prend cette forme, la pression physique, on ne connaît rien. »
Marguerite Duras

Petit morceau du carnet noir.
Panique : je n'arrive pas à lire le quatrième mot, je tourne la phrase dans tous les sens, j'ai recours au dictionnaire, je compare l'écriture et la forme des lettres dans le reste de la carte, rien. Tout l'après-midi je réfléchis d'abord à L. sous un soleil de plomb, puis au golf, les balles partent moins bien aujourd'hui.
Le soir, décidé à te répondre je reprends ta carte, illumination soudaine, ce mot, ce vilain mot, retors à toutes mes interprétations, le voilà qui s'éclaircit à une énième lecture, c'est angoisse. C'est donc angoisse qui m'a occupé
.../...

La citation de Marguerite Duras recopiée dans les carnets est donc celle-ci :
« Quand on a entendu le corps, je dirais le désir, enfin ce qui est impérieux en soi, quand on a entendu à quel point le corps peut hurler ou tout faire taire autour de lui, mener la vie entière, les nuits, les jours, toute activité, si l'on n'a pas connu la pression qui prend cette forme, la pression physique, on ne connaît rien. »

Il en est du corps ce qu'il en est de l'écriture. Et c'est plus difficile pour l'écriture. Le corps, les gens comprennent, ils finissent par comprendre, ils ont l'impression eux-aussi d'avoir connu ça et ils fredonnent la chanson de Brel qui affirme « il faut bien que le corps exulte  ». Mais cette «  folie d'écrire » comme Barbara disait « cette folie de vouloir chanter » dans sa chanson «  Monsieur Victor », cette folie de l'écriture dont Cendras disait qu'elle « le dégoût(ait) », demeure asociale. Les gens ne comprennent pas. Si encore cela produit du livre, de ceux que l'on trouve dans les librairies, ou mieux encore de ceux qui sont présentés dans les magazine, voire à la télévision, alors, cette écriture-là, qui en est rarement une, alors, elle est acceptée. On est catalogué comme écrivain et les gens vous foutent la paix. Mais quand on écrit des fragments depuis neuf mille quatre cent soixante-huit jours, on trouve encore des gens qui, l'air intéressé, l'air compréhensif, même l'air un peu compassé, qui demandent ingénument « vous allez bien en faire quelque chose un jour ? » On a même entendu récemment quelqu'un commenter avec un air entendu  : «  c'est un peu obsessionnel, non  ?  »
La plupart du temps, d'ailleurs, ce sont des gens qu'on aime bien, qui veulent votre bien, qui voudraient que vous puissiez justifier face à la société d'y passer autant de temps, d'y avoir passé autant de temps. Même Foucault, qui savait évidemment avec Duras «  à quel point le corps peut hurler  » rappelait qu'il faut bien vivre. On l'entend ainsi rappeler ceci : « On ne vit pas dans un espace neutre et blanc. On ne vit pas, on ne meurt pas, on n'aime pas dans le rectangle d'une feuille de papier ».

Peu importe. On atteste que ce qui est à l'œuvre ici, c'est la tentative d'aboutir au projet qu'énonce Roland Barthes dans son cours de 1978-1980 au Collège de France sur « la préparation du roman », c'est-à-dire, un roman qui n'adviendrait jamais et dont l'écriture en serait précisément la préparation. Ce serait affirmer que la seule façon de vraiment écrire, c'est être le Sisyphe de l'écrire.






































2 décembre






2009 2008 2007 2006 2005 2004 2003 2002 2001 2000
2019
2018
2017
2016
2015
2014
2013
2012
2011
2010





2024 2023
2022 2021 2020