Diégèse
Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam
samedi 13 septembre 2025





2025
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L'atelier du texte
demain










Déjà écrit
et pourtant pas encore
4e page de la 2e liasse du Carnet noir oriental







R. veut que j'écrive une nouvelle, un texte sur lui et sur S.
La commande est insupportable. Qu'est-ce que je pourrais bien écrire ?
Ce que je peux (pourrais) écrire c'est un texte. C'est mon désir (les manifestations dissimulées) et ce que ce désir ne me soit rendu qu'avec parcimonie et minutieusement étalé devant moi (infiniment complaisant pour R. que je ne sais pas définir ce désir, que je n'en sais rien et que la réponse usitée le plus souvent est mutisme, alors frustration.

Mon désir n'est pas agglutinant, il est approchant.
Mon désir n'est pas insinuant, il est insistant.
Mon désir n'est pas équivoque, il est univoque et sa voix est celle de la sexualité.
Si tu me touches pour rire je bande et si je bande je souffre. Mais qui pense à ça ?

« Quand mon doigt par mégarde... »

CONTACTS.
La figure réfère à tout discours intérieur suscité par un contact furtif avec le corps (et plus précisément la peau) de l’être désiré.

WERTHER, 41. 1.

Par mégarde, le doigt de Werther touche le doigt de Charlotte, leurs pieds, sous la table, se rencontrent. Werther pourrait s’abstraire du sens de ces hasards ; il pourrait se concentrer corporellement sur ces faibles zones de contact, et jouir de ce morceau de doigt ou de pied inerte, d’une façon fétichiste, sans s’inquiéter de la réponse (comme Dieu – c’est son étymologie –, le Fétiche ne répond pas). Mais précisément : Werther n’est pas pervers, il est amoureux : il crée du sens, toujours, partout, de rien, et c’est le sens qui le fait frissonner : il est dans le brasier du sens. Tout contact, pour l’amoureux, pose la question de la réponse : il est demandé à la peau de répondre.

(Pressions de mains – immense dossier romanesque –, geste ténu à l’intérieur de la paume, genou qui ne s’écarte pas, bras étendu, comme si de rien n’était, le long d’un dossier de canapé et sur lequel la tête de l’autre vient peu à peu reposer, c’est la région paradisiaque des signes subtils et clandestins : comme une fête, non des sens, mais du sens.)

PROUST, Le Côté de Guermantes, II, 562. 2.

Charlus prend le menton du narrateur et laisse remonter ses doigts magnétisés jusqu’à ses oreilles, « comme les doigts d’un coiffeur ». Ce geste insignifiant, que je commence, est continué par une autre partie de moi ; sans que rien, physiquement, l’interrompe, il bifurque, passe de la simple fonction au sens éblouissant, celui de la demande d’amour. Le sens (le destin) électrise ma main ; je vais déchirer le corps opaque de l’autre, l’obliger (soit qu’il réponde, soit qu’il se retire ou laisse aller) à entrer dans le jeu du sens : je vais le faire parler. Dans le champ amoureux, il n’y a pas d’acting-out : nulle pulsion, peut-être même nul plaisir, rien que des signes, une activité éperdue de parole : mettre en place, à chaque occasion furtive, le système (le paradigme) de la demande et de la réponse.

Barthes, Roland. Fragments d'un discours amoureux (Tel Quel) (p. 85). Editions du Seuil.




































13 septembre






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