| Le Théâtre des opérations Gustav Diégèse Gergovie, Alésia, Marengo, Azincourt... la liste qui s'ébauche évoque évidemment des batailles, victorieuses ou non, de l'histoire de France. Et l'on finit d'ordinaire par Waterloo, parce que le nom de cette petite commune de l'actuelle Belgique commence par un « W ». Mais, il s'agit là des plus célèbres, dont la liste est longue, totalisant à elles-seules des milliers, des centaines de milliers de morts, sinon des millions. Et puis, il y a toutes ces batailles plus ou moins oubliées, signalées parfois par une plaque souvent rouillée, abîmée... Des batailles qui n'intéressent plus personne. C'est à celles-ci que Gustav Diégèse s'est intéressé. Par exemple, il est allé à Crêches-sur-Saône, qui vit en août 880 la victoire des Carolingiens contre les Lotharingiens. Moins glorieuse sera pour les Français, en octobre 1345, la bataille d'Auberoche, près de Périgueux sur la rivière Auvézère. De tous ces champs de bataille plus ou moins oubliés, l'auteur rapporte des photographies, mais aussi des textes, des entretiens avec les habitants qui vivent au plus proche. Ce qu'ils savent ou non de ces batailles qui leur sont voisines est parfois drôle, parfois très poétique. Ce livre de Gustav Diégèse vous donnera l'idée de ballades inusitées, et sans doute envie de vous replonger dans une histoire de France. |
||
| Tous les récits de 2026 | ||
| Quatrième de couverture de 2018 | ||
| Pages :
1 - 2 - 3
- 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10 - 11 - 12 - 13 - 14 - 15 - 16 - 17 - 18 - 19 - 20 - 21 - 22 - 23 - 24 - 25 - 26 - 27 - 28 - 29 |
||
| Page 1 | Ce serait donc là, en 58 avant Jésus-Christ, à Trévoux, sur les
bords de la Saône impavide, que César aurait une première fois vaincu
les Helvètes. Je vérifie dans le texte des Commentaires sur la guerre des Gaules. En latin, César écrit ceci : « Flumen est arar, quod per fines Ædurorum et Sequanorum in Rhodanum influit incredibili lenitate, ita ut oculis in utram partem fluat judicari non possit », qui est traduit en français par : « La Saône est une rivière dont le cours, entre les terres des Héduens et celles des Séquanes et jusqu'au Rhône, est si paisible que l'œil ne peut en distinguer la direction. » C'est au chapitre XII du livre I des Commentaires sur La Guerre des Gaules de Jules César. Car on peut désormais partir en balade avec La Guerre des Gaules en traduction juxtalinéaire sur son téléphone, ce qui n'est ni lourd, ni encombrant. J'apprends donc que « Arar », c'est l'antique nom de la Saône. Je ne vois trace de la bataille mais la Saône est une rivière d'une telle lenteur qu'on ne peut parfois distinguer à l'œil la direction de son cours, surtout vers Messimy d'ailleurs, bien plus qu'à Trévoux. Seul aujourd'hui cela demeure. | |
|
||
| Page 2 | Je voulais depuis longtemps connaître le site gaulois de
Bibracte sur le mont Beuvray dans le Morvan. Mais j'apprends que la
fameuse
bataille de Bibracte de la guerre des Gaules ne s'y est pas déroulée,
Jules César n'étant pas parvenu à atteindre la riche capitale des
Héduens avant
de devoir,
encore une fois, affronter les Helvètes. J'ai donc décidé de suivre le chemin qu'a pu prendre l'armée romaine pour rejoindre le site celte, depuis le hameau d'Armecy, dans la commune de Montmort en Saône-et-Loire, là où s'est déroulée la bataille, bien plus au sud, vers le mont Beuvray en remontant l'Arroux pour laisser ensuite son cours principal un peu au sud de Thil-sur-l'Arroux, la rivière bifurquant alors vers l'est. Il aura bien fallu compter huit heures de marche. Tout au long de la route qui serpente vaillamment entre les collines, je me suis retourné plusieurs fois pour tenter d'apercevoir les Helvètes décimés retourner sur leurs terres, là-bas, vers Genève. À l'arrivée, j'ai finalement laissé César seul à Bibracte pour pousser jusqu'aux sources de l'Yonne, à proximité. | |
|
||
| Page 3 | Je partage l'engouement somme toute assez banal pour les
anciennes routes nationales, dont les reines sont incontestablement la
RN6 et la RN7, dont de très longs tronçons ont en 2006 été confiés aux
départements qu'elles traversent. Ces routes qui sillonnaient le pays
en gardant le même nom et les mêmes bornes doivent à une certaine
bureaucratie française triste de s'appeler différemment de kilomètres
en kilomètres, comme si l'on devait voyager avec une carte routière
portant les limites départementales. Feu la route nationale 6, donc, depuis Lyon, suit à peu-près et le plus souvent possible le cours de la Saône puis vient se briser sur Chalon-sur-Saône avant de bifurquer vers l'ouest pour rejoindre Chagny. César, encore lui, y livra une bataille, le lendemain de celle de l'Arar, bataille que l'on désigne par l'ancien nom de la ville : Cavillonum. C'est de là que César, toujours lui, partira pour Bibracte. Depuis le quai de la Poterne, je regarde les eaux de la Saône, plus vives qu'au Sud. Je ne vois toujours aucun vestige et aucune voix ne vient murmurer à mon oreille, ni en latin, ni en gaulois. | |
|
||
| Page 4 | Un jour où je déambulais dans Marseille alors que je fréquentais
assidument cette ville, je me suis étonné que s'embranche depuis la rue
du Camas une toute petite impasse, dénommée « rue Jules CÉSAR ». La
figure historique de l'empereur romain contrastant avec la modestie de
l'impasse, j'ai cherché ce qu'il pouvait bien en être. Certes, Jules César a assiégé Marseille pendant les guerres civiles en 49 avant Jésus-Christ et vaincu les Massaliotes sur la mer entre le Vieux Port et le Frioul. Se serait-il agi de faire à travers les siècles un affront au vainqueur Mais alors, si la rancune avait été si tenace, pourquoi avoir dédié une rue, même minuscule et en impasse à une figure aussi détestée ? Après avoir effectué quelques recherches, il semblerait bien que l'impasse n'évoquait en rien l'empereur honni des Romains. En effet, un certain Girard, entrepreneur de son état, aurait percé l'artère et lui aurait donné le nom de deux de ses fils : Jules et César. Ensuite, les services municipaux sont allés au plus simple et, changeant la plaque ancienne pour une plus moderne ont renommé l'impasse Jules-César en rue Jules-CÉSAR. Mais c'est peut-être aussi une galéjade. Il faudra vérifier. | |
|
||
| Page 5 | La bataille de Royan, en 1945, alors que Paris est déjà libérée,
est la
dernière bataille de guerre étrangère sur le sol de la France
métropolitaine. Les touristes qui visitent Royan ne peuvent donc
ignorer que la station balnéaire a été presqu'entièrement détruite
pendant la seconde guerre mondiale et reconstruite ensuite dans un
style que Jacques Tati et Monsieur Hulot n'auraient pas dédaigné...
pour ce qu'il en reste, car le casino, objet architectural remarquable
de cette période de la Reconstruction a été détruit malgré les
protestations des amoureux de l'architecture. Le front de mer a perdu
l'agencement harmonieux inventé par les architectes. Fort heureusement, il reste un joyau : l'église Notre-Dame, construite en béton armé en trois ans sur les plans de Guillaume Gillet. Elle a succédé avantageusement à un édifice néogothique de la fin du second-empire qui n'a pas été regretté, sinon de quelques grenouilles de bénitier conservatrices - ce qui est un pléonasme. L'église, bien qu'elle fût protégée par son caractère sacré, aurait pu disparaître elle aussi, non sous les coups des promoteurs mais par l'érosion d'un béton de mauvaise qualité rongé par l'air marin. Il aura fallu d'importants travaux de restauration auxquels Gillet a assisté... depuis sa tombe. En effet, amoureux de l'édifice qu'il considérait comme son chef d'œuvre, il a obtenu de reposer dans le déambulatoire. | |
|
||
| Page
6 |
Allant un jour d'Avranches à Vire par les plus petites routes, je me déroutais soudainement pour ne pas éviter de traverser
un village dont le nom m'intriguait. On a très vite fait de traverser Vernix qui, au bon vieux temps, a disposé d'une petite gare désaffectée dès 1936 et désormais bien délabrée. Il n'y a plus trace ou presque du tracé de la voie ferrée qui permettait de rejoindre Granville. Je me suis arrêté près de l'enclos paroissial et les moteurs de recherche m'ont appris que Vernix avait donné son nom à une bataille entre les Gaulois et les Romains en 56 avant Jésus-Christ. On ne sait pas exactement où elle s'est déroulée. J'ai donc choisi librement de la situer au lieu-dit Bois-du-Châtellier, sur la ligne de crête, d'où la vue sur le bocage normand est magnifique. Le chef gaulois se nommait Viridorix. Mais, dans cette histoire, C'est le Romain Sabinus qui était retranché et les Gaulois les assaillants... et les perdants. Viridorix avait malheureusement oublié la potion magique. |
|
|
||
| Page
7 |
C'était un 8 août de je ne sais quelle année et je ne sais pas
non plus pourquoi je devais rejoindre Amiens depuis Compiègne. Comme
souvent, j'avais choisi la route la plus courte, qui n'est pas la plus
rapide. C'est ainsi que j'aime voyager et comme je voyage seul le plus
souvent, je n'ai pas besoin de négocier les itinéraires. La route était triste et j'imaginais à raison qu'elle avait connu beaucoup de batailles. J'ai d'abord manqué le minuscule mémorial du 129e régiment d'infanterie qui ne pouvait certes rivaliser en taille avec les panneaux indiquant une ferme où l'on peut cueillir ses fruits et légumes soi-même. Un peu plus tard, à peine quelques minutes, je suis arrivé à Montdidier. Il ne m'a pas fallu longtemps pour apprendre que le 8 août 1918 a commencé l'offensive des Alliés qui se terminera par l'armistice plus de trois mois plus tard. C'est ce que l'on nomme dans les livres la Bataille d'Amiens. Certes, le 11 novembre est davantage resté gravé dans les mémoires. Alors, puisque j'étais à Montdidier et que c'était le 8 août, je suis allé jusqu'à la nécropole nationale sans négliger pour autant le cimetière militaire allemand, qui n'en est pas très éloigné. Et puisque j'en étais aux batailles commencées un 8 août, j'ai appris que c'est le 8 août 1588 qu'a eu lieu la bataille de Gravelines. Je n'avais cependant pas le temps de rejoindre Gravelines avant mon rendez-vous de l'après-midi à Amiens. | |
|
||
| Page 8 | C'était une nouvelle fois l'été et j'étais en villégiature dans
le Quercy et plus exactement au Vignon-en-Quercy où j'avais loué une
maison. Je sillonnais la campagne à bicyclette quand il ne faisait pas
trop chaud. Ce jour-là, j'avais décidé de rejoindre la Dordogne en m'éloignant de la route principale, celle qui longe la voie ferrée jusqu'à Saint-Denis-Près-Martel qui est une gare de triage. Peu avant ce bourg, un panneau indicateur m'a arrêté : « Uxellodunum - fontaine de Loulié ». Le nom m'a amusé, me doutant cependant qu'il ne s'agissait pas d'une annexe d'un certain parc d'attraction portant le nom réputé d'un guerrier gaulois de bande dessinée. Je me suis arrêté. J'ai donc appris que la bataille d'Uxellodunum est réputée comme étant la dernière bataille de la guerre des Gaules menée par César et ses troupes. Il est désormais établi qu'elle s'est déroulée au Puy d'Issolud qui surplombe le parking où j'avais rangé ma bicyclette. C'était en 51 avant Jésus-Christ et Vercingétorix avait depuis un an rendu les armes à Alésia. C'est malgré cette cruelle défaite un bien bel endroit. Je me suis promis d'y revenir et de faire l'ascension du puy, ce qui était à ma portée, surtout avec une assistance électrique. Je savais en mon fors intérieur que je n'en ferais certainement rien. | |
|
||
| Page
9 |
Il
y a quelques années, je dînais à Clermont-Ferrand avec quelques
personnes importantes et âgées, férues d'histoire locale. J'ai fait
part entre le fromage et la poire de mon intention de me rendre le
lendemain à Gergovie et plus précisément au belvédère où trône un
monument de 26 mètres à la gloire de Vercingétorix, édifié en 1900 en
pierre de Volvic par l'architecte Jean Teillard. C'est alors que contre
toute attente, un moustachu d'un âge avancé et sans doute échauffé par
la boisson a commencé à éructer et j'ai bien cru qu'il allait même me
bousculer. Calmé par les autres convives, il est parvenu à articuler
que ce site ne se nommait pas Gergovie mais Merdogne et que le nom de
Gergovie s'était substitué au véritable sur ordre et par décret de
« Napoléon le Petit ». Ne voulant pas lui chercher querelle et tenant surtout à lui éviter l'apoplexie, je me suis excusé de ma faute de goût caractérisée comme de mon ignorance, m'amusant par devers moi que l'on trouvât encore en province des Républicains suffisamment ardents pour oser de telles saillies. Nous nous sommes finalement mis d'accord sur le fait que la vue depuis le plateau valait mieux que le monument de Teillard, même si ce dernier était républicain. Je ne lui ai pas rappelé qu'en août 1942, Pétain avait passé les troupes en revue devant ce même monument. Je n'étais pas sûr de mon effet. | |
|
||
| Page 10 | J'étais alors beaucoup plus en forme que je ne le suis
aujourd'hui. Je courais. Je n'étais pas très performant - je ne l'ai
jamais été - mais je courais. Séjournant à Langres ce printemps-là pour participer à un colloque dont le thème m'échappe aujourd'hui, je suis donc allé courir avant l'ouverture des débats. La ville haute de Langres est sur un promontoire et elle est entourée de murailles dont l'un des vestiges les plus anciens est un arc double gallo-romain qui a été muré sans doute dès la fin du troisième siècle. Je courais donc le long des remparts, souvent le nez en l'air en imaginant la force qu'il faudrait pour hisser un homme jusqu'à leur faîte. J'avais lu en effet que lors de la bataille de Langres, le césar de l'époque, blessé devant la ville par les Alamans, s'était vu hissé par-dessus les murailles, ce qui en soi devrait être déjà considéré comme un exploit. Ce qui m'avait amusé dans l'évocation de cette bataille datant elle aussi de la fin du troisième siècle, ou selon les sources du début du quatrième, c'est que ce césar blessé se nommait Chlore. Bref, je m'amusais tant que je suis tombé, me tordant suffisamment la cheville pour être incapable de rentrer à l'hôtel. Bien sûr, j'ai refusé d'être treuillé au-dessus des remparts de Langres. Fort heureusement, j'étais tombé au pied de la Tour piquante qui jouxte l'Hôpital de la Charité. | |
![]() |
||
| Page 11 | À
l'adolescence, et même un peu avant, je me promenais souvent sur les
petites routes de Puisaye. Le jeune âge, le poids plume que je pesais
alors, faisaient que les balades s'enchaînaient aux balades, les
kilomètres aux kilomètres sans autre but que celui simplement résumé
par : « faire du vélo ». Pour les parents, l'activité
était licite et l'on ne s'inquiétait pas de me voir disparaître des
après-midi entières. Je recevais pour seule consigne de « bien
faire attention ». Je n'étais évidemment ni casqué, ni
géolocalisé et à l'époque, on ne « s'hydratait » pas, on
« prenait à boire ». Il est vrai que la génération
précédente avait connu le temps où l'on se déplaçait à bicyclette sur
de longues distances, celle des premiers congés payés, mais aussi celle
de l'Exode face à l'armée allemande. On m'avait ainsi raconté que mes oncles maternels étaient
allés à bicyclette jusqu'en Bretagne depuis la Picardie, ce qui
représente plus de six cents kilomètres. Et ma grand-mère n'avait-elle
pas parcouru la même distance à pied, tirant une carriole où se
trouvait sa propre mère et ses deux derniers enfants, dont ma mère. Je
tiens certainement de ces histoires, que je jugeais héroïques et assez enthousiasmantes, à la fois
mon goût pour les longues distance à deux roues ainsi que pour les
désastres, pour peu qu'ils modifient le cours du quotidien. Mais je m'éloigne de mon propos. Lors de ces promenades adolescentes en Puisaye, un lieu m'amusait et m'intriguait. J'aimais y passer surtout parce que l'on y accédait par une petite route boisée, rafraîchissante. Le panneau indicateur indiquait : « le cul de sac ». Contre toute attente, « le cul de sac » n'en était pas vraiment un et ressemblait plutôt à un carrefour. Là, un monument sobre érigé en 1875 rappelait qu'il s'agissait du lieu principal de la « Bataille de Bléneau », celle où Turenne, battant le Grand Condé, sauva le jeune roi Louis XIV, qui put ainsi devenir le « Roi Soleil ». Et comme l'histoire est toujours un peu facétieuse et veut montrer, sans doute, que les victoires et les défaites tiennent à bien peu, le lendemain de la bataille de Bléneau, soit le 8 avril 1652, une éclipse de soleil assombrissait suffisamment le ciel pour, très certainement, impressionner le jeune roi et lui rappeler que l'astre qu'il entendait être pouvait soudainement perdre son éclat. En 1653, un an après l'éclipse, la Fronde étant définitivement matée, le jeune roi, alors âgé de quatorze ans, dansait à la Cour en figure d'Apollon et s'attribuait le titre de « Roi Soleil » qu'il gardera jusqu'à sa mort... qui survint quatre mois après l'éclipse du 3 mai 1715. En quelque sorte, le Roi Soleil régna entre deux éclipses, qui, pour totales qu'elles furent en Angleterre, ne furent jamais en France que partielle. Louis XV eut la sienne et totale, qu'il observa depuis Versailles le 22 mai 1724. Il fallut ensuite attendre plus d'un siècle et le 8 juillet 1842 pour qu'une éclipse totale fût visible en France. Cinq jours plus tard le successeur désigné du roi Louis-Philippe mourait dans un accident de calèche. Mais c'est une autre histoire. Ou peut-être la même histoire. | |
|
||
| Page 12 | Allant récemment en automobile de Redon à Vannes, je me suis
arrêté à Questembert, dont le toponyme ressemble plutôt d'ailleurs à un
toponyme normand. On oubliera cependant sur le champ cette remarque,
car ce serait à Questembert, justement, que la noblesse bretonne aurait
vaincu les Vikings. et les aurait même taillés en pièce, n'en laissant
que 400, voire 40 vivants sur les 15 000 qui étaient entrés dans la
bataille. Les Bretons étaient menés par Alain le Grand, roi de Bretagne, son rival Judicaël devenu son allié ayant péri au front. Questembert continue d'honorer ce roi breton, bien que le lieu exact de la bataille demeure putatif. En 1907, l'Union régionaliste bretonne a fait ériger un monument à sa gloire, qui se trouve place Gombaud, Questembert étant la seule commune en France dotée d'une place portant ce nom. Certes, c'est un patronyme courant dans la région. Je n'ai d'ailleurs pas cherché de quel Gombaud il pouvait bien s'agir. Il semble que les Questembertois non moins que les Questembertoises tiennent farouchement au monument dédié à cet antique roi breton si l'on en croit le nombre de caméras de visiosurveillance tout autour du rond-point de la place. Mais ces caméras, tout aussi bien, ont-elles pu être installées pour une autre raison. C'est indécidable. | |
|
||
| Page 13 | J'étais alors encore dans ma petite vingtaine et croyais à ma
destinée de poète et j'avais choisi cet été-là de la suivre... à
bicyclette sur les routes et les chemins du Valois. Quand on évoque le Valois et la poésie, on pense bien sûr en premier lieu à Gérard de Nerval et l'on oublie le plus souvent Théophile de Viau, défenseur de ce que l'on appellerait aujourd'hui la liberté de création. Il est d'ailleurs mort à trente-six ans après avoir été emprisonné pour des vers trop lestes et surtout trop irrévérencieux au regard des Jésuites. N'est-ce pas lui qui avait déclamé ceux-ci : Je veux faire des vers qui ne soient pas contraints,
Promener mon esprit par de petits desseins, Chercher des lieux secrets où rien ne me déplaise, Méditer à loisir, rêver tout à mon aise. Mais ce jour estival, quand je me suis arrêté, venant d'Ermenonville pour atteindre Compiègne, pour me reposer un peu sous un arbre à l'entrée de Néry, j'ignorais encore Théophile de Viau. En revanche, une stèle rappelait le souvenir de la défense héroïque des troupes britanniques pendant la première guerre mondiale, ce qu'une pancarte explicative confirmait. J'ignorais aussi que c'est à Néry que s'est déroulée en octobre 719 la dernière bataille de la guerre civile des Francs, cette guerre où les personnages ont des noms incroyables. Chilpéric perdit ce jour-là contre le valeureux Charles Martel, dont on raconte qu'il ne fit périr aucun de ses ennemis, même la grand-mère de Théodebald, qui se nommait Plectrude, qui l'avait pourtant fait jadis enfermer. Ces francs, décidément, avaient des noms de rêveries macabres. On pourrait parier que si la bataille de Néry s'était déroulée contre les Arabes, elle serait demeurée dans les livres d'histoire de France à l'égal de celle de Poitiers. | |
|
||
| Page 14 | Les guerres de succession des Mérovingiens, peu ancrées désormais dans le roman national établi à la fin du XIXe siècle, si ce n'est le fameux « vase de Soissons » de Clovis, sont assez ennuyeuses. Elles le sont moins dès lors que l'on s'attache aux noms des protagonistes, dont on peut imaginer que Tolkien s'est inspiré pour écrire « Le Seigneur des Anneaux ». Prenons par exemple, en février 585, le siège de la ville de Comminges, antique Lugdunum Convenarum et désormais Saint-Bertrand-de-Comminges dans le département de la Haute-Garonne. On y rencontre Gondovald poursuivi par Leudégésile, le duc Bladaste, Gontran et Munmole, mais aussi l'évêque Sagittaire, Munmole, Chariulf, Ollon et Waddon... et encore beaucoup d'autres dont Grégoire de Tours s'est plu à narrer les sanglantes destinées dans son Histoire des Francs. Tolkien, universitaire et romancier, connaissait l'œuvre de Grégoire de Tours. Quant à Saint-Bertrand-de-Comminges, elle ne s'est vraiment jamais remise des exactions et destructions commises pour en extraire Gondovald et le faire périr. | |
|
||
| Page 15 | ||
|
||
| Page 16 | ||
|
||
| Page 17 | ||
|
||
| Page 18 | ||
|
||
| Page 19 | ||
|
||
| Page 20 | ||
|
||
| Page 21 | ||
|
||
| Page 22 | ||
![]() |
||
| Page 23 | ||
![]() |
||
| Page 24 | ||
![]() |
||
| Page 25 | ||
![]() |
||
| Page 26 | ||
![]() |
||
| Page 27 | ||
![]() |
||
| Page 28 | ||
![]() |
||
| Page 29 | ||
![]() |
||