| Diégèse | Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam | ||||||||
| vendredi
6 février 2026 |
2026 |
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| ce
travail est commencé depuis 9534 jours
(2 x 3 x 7 x 227 jours) |
et
son auteur est en vie depuis 23987 jours
(172 x 83 jours) |
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| ce
qui représente 39,7465% de sa vie |
mille
trois cent soixante-deux semaines d'écriture |
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| hier | L'atelier
du
texte |
demain |
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Page 6 |
Contourner
Venise |
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| Nous avons traversé la lagune pour dîner dans une trattoria sur une place de Venise de la salade et des spaghettis, un bout de fromage et quelques dattes égyptiennes, sans doute pour rappeler les attaches orientales de la vieille ville déchue. Je suis déjà venu dans cet endroit un peu secret à l'écart des touristes. Les clients sont pour l'essentiel des Vénitiens et le prix des menus est très raisonnable. Cela semblera paradoxal, mais je n'aime pas vraiment les voyages,
surtout parce qu'il faut manger au restaurant et je déteste les
restaurants. Je me souviens de la première fois que je suis venu ici. À cette époque, j'étais accompagné d'un amour de passage. Je regarde Venise, troublé jusqu'aux larmes et ma fascination pour le manège incessant des vaporetti est à son comble. Ces bateaux, seuls, semblent vouloir alléger le poids des siècles. Eux seuls sont réels et permettent de sortir de l'idée de Venise, l'idée du virtuel, l'idée du fantasme des gondoles, du pont des soupirs et des serments partagés. Peut-être que le vaporetto est pour moi ce qui la définirait le mieux. Plus tard, après le dîner, sur le vaporetto qui nous ramenait à Pellestrina, un couple s'embrassait. C'était l'anniversaire de la jeune femme, à moins que ce ne fût un jeune homme. Il n'y a aucune raison que les amours vénitiennes ne soient pas elles aussi non binaires. Le bateau a chanté l'hymne international des anniversaires et ce, dans beaucoup de langues différentes. C'était évidemment touchant. J'ai regardé ailleurs et j'ai pensé à autre chose. Demain dans l'après-midi, nous irons passer quelques jours à Alberoni. C'est dommage, je commençais à me familiariser à cet hôtel de Pellestrina. Nous n'avons pas commencé l'écriture attendue. Dans quinze jours, ce sera presque la fin du voyage et il ne faudrait pas attendre le dernier jour pour pouvoir poser un texte, même provisoire. Évoquer les vaporetti qui traversent la lagune est une piste qu'il faudrait considérer. Noter par exemple qu'il n'y a aucun vaporetto qui aille de Venise à Pellestrina. La ligne 11 s'arrête au Lido de Venise, d'où il faut prendre un bus, qui lui-même prend un ferry qui finit par arriver sur le lido le plus étroit du chapelet. Nous devrons y penser davantage. |
Je sais que j'ai été particulièrement désagréable ce matin. Nous avons emménagé dans une maison ancienne
où le petit-déjeuner qui nous est servi est assez frugal et de qualité
moyenne. Or, quand je suis arrivé à table ce matin, j'ai trouvé l'opercule de la barquette de la confiture un peu retourné
et posé sur la table à côté de la grande tasse. Quel besoin avaient-ils d'ouvrir la barquette qui m'était réservée ? Il s'est dénoncé mais je m'en doutais bien. Je ne l'appréciais déjà pas beaucoup avec son ton de professeur qui décrit la peinture académique dans un musée d'art mais je faisais des efforts pour me débarrasser de mes préjugés.
Cela n'a aucun sens de s'énerver pour un fait si ténu mais il s'agit de
cette forme de grossièreté qui fait que je pourrais tout arrêter sur le
champ, abandonner le projet d'écriture et rentrer à Paris. Il faisait assez mauvais et ils ont décidé de rester à la maison pour compulser la documentation touristique que nous avons collectée. Ils sont libres. Quant à moi j'ai toujours aimé être dehors et puis je veux voir le maximum de lieux. Je sais bien qu'il ne sera pas possible de revenir. Et c'est dehors que je fabrique du récit avec le plus de facilité. C'est en fait assez simple. Il suffit de regarder attentivement puis de ne plus regarder. Au début ça reste assez confus, la situation est ambiguë. Et puis, la mémoire scénarisée fait son travail d'écriture, d'écriture réelle, s'éloignant doucement du fantasme de l'écriture. Cela fonctionne quelle que soit la destination. Il suffit de quelques collines et d'un chemin comme une piste qui les traverse, le soir qui arrive et le récit commence. C'est à Venise, justement, qu'écrire, pour moi, est le plus difficile. Tout est tellement mêlé. L'histoire la plus ancienne retentit jusqu'à aujourd'hui et la présence de l'art contemporain provoque des soubresauts du temps. Je me souviens par exemple de cette immense sculpture qui faisait l'entrée de l'Arsenal en 2001 pour la biennale. Elle forme aujourd'hui comme un paravent mémoriel. Je ne peux me souvenir d'aucune autre œuvre de cette année-là. Le soir, une femme m'a reconnu. Moi, je ne l'ai pas reconnue car je suis mauvais physionomiste. J'ai donc fait semblant de célébrer avec elle cette surprise de se rencontrer ainsi dans la rue d'un des villages des lidos de la lagune vénitienne. Mais peut-être n'était-ce pas un hasard. Je n'ai pourtant pas appelé pour avoir des informations. |
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| 6 février | |||||||||
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