| Diégèse | Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam | ||||||||
| samedi
7 février 2026 |
2026 |
||||||||
| ce
travail est commencé depuis 9535 jours
(5 x 1907 jours) |
et
son auteur est en vie depuis 23988 jours
(22 x 3 x 1999 jours) |
||||||||
| ce
qui représente 39,7490% de sa vie |
|||||||||
| hier | L'atelier
du
texte |
demain |
|||||||
| Page 6 | Page 7 | Contourner
Venise |
|||||||
| Je sais que j'ai été particulièrement désagréable ce matin. Nous avons emménagé dans une maison ancienne
où le petit-déjeuner qui nous est servi est assez frugal et de qualité
moyenne. Or, quand je suis arrivé à table ce matin, j'ai trouvé l'opercule de la barquette de la confiture un peu retourné
et posé sur la table à côté de la grande tasse. Quel besoin avaient-ils d'ouvrir la barquette qui m'était réservée ? Il s'est dénoncé mais je m'en doutais bien. Je ne l'appréciais déjà pas beaucoup avec son ton de professeur qui décrit la peinture académique dans un musée d'art mais je faisais des efforts pour me débarrasser de mes préjugés.
Cela n'a aucun sens de s'énerver pour un fait si ténu mais il s'agit de
cette forme de grossièreté qui fait que je pourrais tout arrêter sur le
champ, abandonner le projet d'écriture et rentrer à Paris. Il faisait assez mauvais et ils ont décidé de rester à la maison pour compulser la documentation touristique que nous avons collectée. Ils sont libres. Quant à moi j'ai toujours aimé être dehors et puis je veux voir le maximum de lieux. Je sais bien qu'il ne sera pas possible de revenir. Et c'est dehors que je fabrique du récit avec le plus de facilité. C'est en fait assez simple. Il suffit de regarder attentivement puis de ne plus regarder. Au début ça reste assez confus, la situation est ambiguë. Et puis, la mémoire scénarisée fait son travail d'écriture, d'écriture réelle, s'éloignant doucement du fantasme de l'écriture. Cela fonctionne quelle que soit la destination. Il suffit de quelques collines et d'un chemin comme une piste qui les traverse, le soir qui arrive et le récit commence. C'est à Venise, justement, qu'écrire, pour moi, est le plus difficile. Tout est tellement mêlé. L'histoire la plus ancienne retentit jusqu'à aujourd'hui et la présence de l'art contemporain provoque des soubresauts du temps. Je me souviens par exemple de cette immense sculpture qui faisait l'entrée de l'Arsenal en 2001 pour la biennale. Elle forme aujourd'hui comme un paravent mémoriel. Je ne peux me souvenir d'aucune autre œuvre de cette année-là. Le soir, une femme m'a reconnu. Moi, je ne l'ai pas reconnue car je suis mauvais physionomiste. J'ai donc fait semblant de célébrer avec elle cette surprise de se rencontrer ainsi dans la rue d'un des villages des lidos de la lagune vénitienne. Mais peut-être n'était-ce pas un hasard. Je n'ai pourtant pas appelé pour avoir des informations. |
Je suis durablement contrarié par cette rencontre inopportune. Je sais pourquoi mais à la fois je ne sais pas pourquoi. Je ne sais plus quand nous nous sommes rencontrés et je ne sais donc pas dans quelles circonstances. Ce
n'était pas l'année
dernière, mais il y a beaucoup plus longtemps. Où était-ce et avec qui étions-nous ? Il faut que je me souvienne. Je l'ai suivie discrètement et j'ai vu qu'elle avait quitté Pellestrina dans un de ces bateaux privés aux stores à moitié baissés.
Mais, curieusement, ce n'était pas un Riva, le modèle le plus couru sur
la lagune pour les gens qui ont les moyens. La traversée n'est pas
donnée... plaisante litote.
Ce n'était pas non plus un CMV, un Cantiere Motonautico Veneziano,
modèle moins couru mais plus courant. C'était un Apreamare.
Jusqu'alors, je n'en avais vu qu'à Naples. C'était exactement un
Maestro 88, le plus gros de la marque et souvent le bateau de la
Camorra. C'est un bateau à deux ponts, très luxueux et très rapide.
Trop rapide pour la lagune. Je vais appeler Paris pour leur faire part
de la gravité de la situation. Si ma légende est éventée, je ne serai jamais payé.
Ils n'ont pas l'intention de s'en prendre à moi, sinon, elle ne se
serait pas manifestée ainsi au détour d'une ruelle. Le message est
clair : nous savons que vous êtes là et qui vous êtes vraiment. Admettons pour le moment qu'ils ne savent pas pourquoi, ni pour qui. Jusqu'à nouvel ordre, je ne parle plus à n'importe qui, et dans aucune des langues que je pratique. Je ne souris plus à ces photographes attendris au spectacle niais de leurs conjoints et de leur progéniture persuadés du bonheur que procure le séjour en famille au bord de la mer. Et puis d'ailleurs, je ne souris plus du tout. Tout le jour se passe difficilement. Je l'aperçois à chaque coin de rue. Mais ce n'est évidemment pas elle. Mais pour m'en convaincre mieux, je m'approche et vérifie qu'elle n'a pas pris une nouvelle apparence. Je vais finir par être arrêté par la police, ce qui n'arrangera rien. Cela n'a aucun sens. J'imagine que ce n'est que de la lassitude après tous ces jours à arpenter les lidos. Cette journée qui s'est passée aussi mal ne reviendra pas. En tout cas, je l'espère. Couverture ou non, je dois écrire un texte et même un très beau texte. Je dois retrouver la force du désir d'écrire, d'écrire avec calme et détermination. Je reprends le texte écrit au jour le jour. Il y a quelques petites choses bien, mais je vais devoir élaguer énormément. Jusqu'à présent, je n'ai tenu aucune de mes résolutions. |
||||||||
| 7 février | |||||||||
| 2009 | 2008 | 2007 | 2006 | 2005 | 2004 | 2003 | 2002 | 2001 | 2000 |
| 2019 |
2018 |
2017 |
2016 |
2015 |
2014 |
2013 |
2012 |
2011 |
2010 |
| 2025 |
2024 | 2023 |
2022 | 2021 | 2020 | ||||