Diégèse
Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam
mardi 10 février 2026





2026
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Page 10 Contourner Venise
J'ai voulu retourner sur l'île de Poveglia et ses sortilèges, mais cette fois j'ai préféré y aller seul. Cette île a provoqué un coup de foudre étonnant, au point que je me demande si la secousse sismique ressentie dans le nord de l'Italie n'était pas sa matérialisation tellurique. L'imagination a cette force qui rend tout possible, même de se rendre sur l'île dans un vaisseau placé en quarantaine plutôt que dans un bateau loué trop cher à la journée. Toute la journée je serai donc un personnage de mon livre, sur les traces d'un passé dont je voudrais rassembler les indices.

Au large, une Venise grand-siècle scintille et de temps en temps j'entends la musique de Vivaldi dans un palais illuminé pour le carnaval. Je rêve d'une Venise qui ne serait pas le réceptacle de la pacotille du monde entier. Je rêve, mais il suffirait de quelques pas, de quelques pas réels dans Venise véritable pour que la rêverie cesse. Pourtant, les fantômes de Poveglia écoutent eux aussi la musique, tout à côté de moi. Alors je les regarde un peu puis je rentre. Ils sont très nombreux dans leur écoute attentive et encore, on en a certainement oublié quelques-uns.

Cette fois c'est décidé, le récit commencera par cette île où les personnages auront obtenu l'autorisation d'établir un campement provisoire. Le mystère des lidos se situera ainsi un peu au large des lidos, sur la lagune même.

Je rentre à l'hôtel, tout entier occupé par cette intention particulière de l'écriture sans me soucier de rien d'autre que de noter ici quelques mots de ce jour, sans surprise et dormir ou essayer. Je reprends l'écriture sans éprouver pour une fois cette inquiétude, sans ce souci de devoir écrire et d'être sincère en toute circonstance.

Pour autant, ce qui me semble curieux, ce à quoi je ne m'habitue pas, c'est cette difficulté d'écrire contiguë à cette nécessité impérieuse d'écrire.

En montant dans ma chambre, j'ai croisé cette femme étrange avec un léger accent. Elle a prétexté un malentendu et m'a avoué dans un rire de gorge que nous ne nous étions jamais rencontrés, sauf peut-être dans un roman à arcanes.

En fin de compte, je n'écrirai rien.

J'ai passé la journée à l'embarcadère, ne le quittant que pour manger rapidement. C'est un lieu magique. Le vaporetto arrive. Les passagers montent, descendent, traînent des valises, des cabas à roulettes, valident leur ticket sans avoir même à échanger un seul mot avec un préposé. Et puis le vaporetto repart et tout bascule dans le paysage, dans ce grand basculement de la mémoire. Il doit bien y avoir une ville là-bas, on croit s'en souvenir. Les remous s'apaisent et la lagune revient à sa nature première de lac salé, sa douceur. En un instant, on comprend mieux le paysage vénitien, l'aimantation par les îles, l'archipel. Alors, je prends des notes sur un carnet de voyage, j'imagine peu à peu un texte. Je sais que ce soir je pourrais sourire à la lecture de ces bribes d'instants.

J'ai reçu un message de Paris. Il faut que j'aille à Murano dans le foisonnement des ateliers et mesurer si le changement climatique menace aussi l'île des verriers. Ce n'est pas ce que nous avons décidé avant mon départ. Je devais éviter tout contact avec le service et me concentrer sur l'affaire en tentant d'éviter toute ambiguïté. Tant pis. J'ai accepté depuis longtemps qu'ils puissent changer les règles à tout moment et il est un peu trop tard pour me poser la question de continuer ou d'arrêter. Cela fait trop longtemps que je vis dans un monde où les apparences valent autant que la vérité.

Je dois renouer avec mes compagnons de voyage. Cela fait trop longtemps, aussi, que j'ai cessé d'avoir avec eux toute conversation suivie. C'est que ces trajets d'île en île font que je suis obligé de revenir dans l'obscurité. Ils ont déjà quitté la salle à manger de l'hôtel. Je me demande pourquoi on me les a confiés.














10 février






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