| Diégèse | Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam | ||||||||
| mercredi
18 février 2026 |
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2026 |
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| ce
travail est commencé depuis 9546 jours
(2 x 3 x 37 x 43 jours) |
et
son auteur est en vie depuis 23999 jours
(103 x 233 jours) |
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qui représente 39,7767% de sa vie |
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| hier | L'atelier
du
texte |
demain |
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Contourner Venise | |||||||
| J'ai eu la chance d'être du côté du hublot et d'expérimenter encore ce
soupçon de rêve dans la réalité provoqué par la saveur douce de l'observation du paysage en parcelle, agencé pixélisé, les
villes et les campagnes miniaturisées. Cela fait revenir à moi tous les souvenirs de voyage que je croyais enfouis. Puis vient le soir, puis la nuit. Je ferme le volet du hublot. Je regarde les couples. Ils papotent ou se contentent d'être ensemble. Je constate avec le même étonnement, chaque fois, combien les couples se ressemblent l'un l'autre. La Rochefoucauld dit dans ses Maximes ceci, je crois : ce qui fait que les amants et les maîtresses ne s'ennuient point d'être ensemble, c'est qu'ils parlent toujours d'eux-mêmes. Les couples sont souvent touchants, parfois drôles. Il y avait au départ ce couple sans doute italien, tous les deux dans leur petite trentaine et je me souviens des pleurs de cette femme mêlés aux pleurs de cet homme. C'est sans doute cela qui laisse penser que seuls les pauvres et les fous peuvent vraiment comprendre l'amour. Quant à moi, je ne comprends pas vraiment ce qui m'apparaît comme une pulsion déguisée. Pour moi, il n'y a rien d'autre que la liberté, rien d'autre que de faire l'expérience morale et humble de la liberté. Je suppose qu'on peut y parvenir aussi en couple, mais c'est plus difficile. Quand nous sommes arrivés à l'aéroport de Venise, le ciel était si sombre, sans lune aucune, que mon blouson ne suffisait pas à me protéger du froid. Quand j'ai reconnecté mon téléphone mobile, j'ai reçu un message bizarre. Le projet a changé. La narration du projet aussi. Il aurait été loyal de m'en informer quand j'étais à Paris, mais sans doute l'ordre n'était-il pas encore validé. Je dois arrêter l'effroyable machine démoniaque qui est en cours. Alors, j'ai loué une voiture pour rejoindre rapidement la nuit milanaise. |
J'ai passé la nuit dans une vallée laissée sans issue par la neige. La fraîcheur parvenait même à transpercer l'épaisseur des murs du refuge transformé en auberge de luxe. J'aime les soirs qui s'abandonnent et qui se refusent
ensuite sans
d'autres raisons que de savoir que le temps passe. Dehors, la tempête laissait imaginer d'étranges souffles d'ouragan cadencés et rythmiques comme si un crash spatio-romanesque avait dérangé le paysage alpin. Je me suis réfugié dans le journal. Parfois, et de plus en plus souvent, je pense que je devrais arrêter ce travail. Mais je sais bien que je ne pourrai jamais arrêter. Je sais aussi que si j'arrête, j'arrête tout. Que ferais-je des jours s'ils ne sont plus animés par le mystère, encore et toujours, les pièges de nos vieux ennemis ? En fait, j'approuve ce voyage impromptu. J'aurais pu refuser, argumenter, prétendre que l'on s'attardait aux riens et laissait échapper l'essentiel, que j'avais la certitude que toute cette peine, ces efforts de bagages transportés, étaient bien inutiles. Je n'en ai rien fait. Je n'en fais jamais rien. Très récemment, une fois encore, j'ai ainsi dû parcourir plusieurs milliers de kilomètres, sans but en apparence. J'étais un peu contrarié pour mon empreinte carbone, mais c'était pour vérifier si j'étais ou non suivi et c'était bien le cas. D'ordinaire, il ne s'agit plus aujourd'hui de filatures à l'ancienne et le suivi par GPS est la règle mais j'ai toujours sur moi un brouilleur qui fait que si l'on veut me suivre, on me doit me suivre encore comme dans les films d'espionnage. J'ai repris ce matin la voiture pour revenir à Mestre et rejoindre ensuite la lagune. L'Italie, les villages traversés provoquent toujours mon imagination, surtout après cette nuit froide et pourtant enfiévrée. Mes fidèles suiveurs doivent être encore en train d'attendre une dépanneuse. C'est tellement facile désormais de mettre en panne à distance une voiture. Un jeu d'enfant. Plus besoin comme avant de glisser du sucre dans le réservoir. À l'arrivée, une foule compacte m'empêchait d'accéder au comptoir du loueur de voitures. Mais je connais quelques trucs pour me faire passer pour un employé qui rapporte des clés. Le bateau loué pour rejoindre Malamocco m'avait attendu. |
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| 18 février | |||||||||
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