Diégèse
Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam
vendredi 2 janvier 2026





2026
ce travail est commencé depuis 9499 jours (7 x 23 x 59 jours)

et son auteur est en vie depuis 23952 jours (24 x 3 x 499 jours)
ce qui représente 39,6585% de sa vie

mille cinq cent trente-sept semaines d'écriture
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page 2 Puisque ce soir encore la lune disparaît
Je suis rentrée ce matin. Je ne savais pas que rentrer chez soi pouvait être à ce point une aventure. Une aventure ou un voyage. Un voyage avec des frontières, des salles d'attente, des visas, des passeports, des taxes à régler. Je ne savais pas qu'un hôpital pouvait à ce point ressembler à un aéroport international. Ce sont les mêmes salles d'attente, avec ces sièges accrochés les uns aux autres. Il y a des machines qui délivrent des boissons et des friandises. Peut-être celles de l'aéroport offrent-elles un choix un peu plus varié. Mais cela dépend certainement de l'aéroport.  Je regarde ma valise. Je la trouve un peu ridicule. J'avais choisi une valise bon marché pour ne pas me faire remarquer. C'était une idée curieuse. Je ne crois pas que quiconque aurait remarqué quelque valise que ce fût.

J'ai attendu mon tour. Je n'ai pas dit que je me sentais fiévreuse. J'ai accompli une à une toutes les formalités de sortie, qui sont aussi des formalités de départ. Dehors, un ambulancier m'attendait. Il a porté ma valise jusqu'à la voiture. Il m'a demandé si je préférais être allongée. Je ne me sentais pas fatiguée au point de ne pas pouvoir me tenir assise, mais je n'avais jamais circulé allongée dans une ambulance. J'étais curieuse de l'effet. J'ai choisi le brancard. J'ai senti que l'ambulancier était déçu. Aurait-il eu moins de travail si j'avais accepté de m'asseoir sur le siège à côté de lui  ? Peu importe. Je n'ai pas l'intention de le revoir.

Je suis chez moi. Je vais rester chez moi. J'aurai un contrôle dans un mois. D'ici-là, je dois rester chez moi. Je regarde la pièce. Rien n'a changé pendant ces trois semaines d'hôpital. Même mon regard n'a pas changé.
C'est déjà le soir. Je ferme les volets de la chambre, et je dois me pencher. J'aperçois le croissant de lune. De ma mémoire surgit alors ce mot qui résonne comme un espoir, puisque ce soir, encore, la lune disparaît, c'est donc que le jour et la nuit continuent de se succéder.

Il y a des termes que l'on n'avait jamais connus que joyeux, porteurs de bonne nouvelle et parfois d'avenir. Et puis un jour, sans que l'on y soit vraiment préparé, ils deviennent hostiles et dangereux. Il en est désormais ainsi pour moi du terme « croissance ». Pendant l'enfance, les médecins et mes parents avaient surveillé avec attention ma croissance, s'assurant régulièrement, grâce à une toise improvisée sur un linteau de porte qu'elle se déroulait normalement. Ils reportaient ensuite le chiffre obtenu par un mètre souple de couturière sur le carnet de santé qui m'était dédié. Quand mes grands-parents nous rendaient visite, mais aussi des oncles et tantes, des cousines et des cousins ou encore des amis, je les traînais vers la fameuse toise pour leur faire admirer ma fameuse « croissance ». La toise a subsisté longtemps après que la mesure de ma taille n'avait plus vraiment d'importance et surtout ne variait plus. Elle a disparu un jour à la faveur de travaux de rénovation. Elle ne demeure que dans mon souvenir et dans l'album photo de la famille où l'on me voit plusieurs fois posant bien droite sur la toise en question et un peu fiérote. Ma mère a écrit sur chaque photographie la date et la taille atteinte.

Plus tard, devenue adulte, j'ai appris ce qu'était la croissance économique et pourquoi elle était nécessaire à la bonne santé de l'économie. J'ai appris aussi que l'on pouvait penser au contraire que la décroissance était bénéfique, surtout pour la planète. Ceux qui pensaient cela n'étaient pas majoritaires dans les cercles du pouvoir. Mais je retenais que, là encore, la croissance était perçue comme positive, enviable, qu'elle était désirée, courtisée.

Bien sûr, la plus belle des croissances est celle des plantes, celle que l'on guette, que ce soit dans la nature ou dans le jardin et aussi celle des plantes en pot que l'on chérit justement pour qu'elles connaissent la meilleure croissance possible, en les personnifiant parfois comme si elles étaient des enfants.

Et puis un jour, au hasard d'un examen médical, au hasard d'une opération chirurgicale, il faut retrancher. Il faut stopper la croissance. Et l'on apprend donc que la croissance, quand il s'agit de la croissance d'une tumeur ou de ses métastases n'est pas un fait souhaitable ni désirable. On guette désormais, de contrôle en contrôle, que tout est stable.

On va avoir de la neige cette année, il faut que je tienne bon.














2 janvier







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