Diégèse
Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam
samedi 3 janvier 2026





2026
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Page 3 Puisque ce soir encore la lune disparaît
Il y a des termes que l'on n'avait jamais connus que joyeux, porteurs de bonne nouvelle et parfois d'avenir. Et puis un jour, sans que l'on y soit vraiment préparé, ils deviennent hostiles et dangereux. Il en est désormais ainsi pour moi du terme « croissance ». Pendant l'enfance, les médecins et mes parents avaient surveillé avec attention ma croissance, s'assurant régulièrement, grâce à une toise improvisée sur un linteau de porte qu'elle se déroulait normalement. Ils reportaient ensuite le chiffre obtenu par un mètre souple de couturière sur le carnet de santé qui m'était dédié. Quand mes grands-parents nous rendaient visite, mais aussi des oncles et tantes, des cousines et des cousins ou encore des amis, je les traînais vers la fameuse toise pour leur faire admirer ma fameuse « croissance ». La toise a subsisté longtemps après que la mesure de ma taille n'avait plus vraiment d'importance et surtout ne variait plus. Elle a disparu un jour à la faveur de travaux de rénovation. Elle ne demeure que dans mon souvenir et dans l'album photo de la famille où l'on me voit plusieurs fois posant bien droite sur la toise en question et un peu fiérote. Ma mère a écrit sur chaque photographie la date et la taille atteinte.

Plus tard, devenue adulte, j'ai appris ce qu'était la croissance économique et pourquoi elle était nécessaire à la bonne santé de l'économie. J'ai appris aussi que l'on pouvait penser au contraire que la décroissance était bénéfique, surtout pour la planète. Ceux qui pensaient cela n'étaient pas majoritaires dans les cercles du pouvoir. Mais je retenais que, là encore, la croissance était perçue comme positive, enviable, qu'elle était désirée, courtisée.

Bien sûr, la plus belle des croissances est celle des plantes, celle que l'on guette, que ce soit dans la nature ou dans le jardin et aussi celle des plantes en pot que l'on chérit justement pour qu'elles connaissent la meilleure croissance possible, en les personnifiant parfois comme si elles étaient des enfants.

Et puis un jour, au hasard d'un examen médical, au hasard d'une opération chirurgicale, il faut retrancher. Il faut stopper la croissance. Et l'on apprend donc que la croissance, quand il s'agit de la croissance d'une tumeur ou de ses métastases n'est pas un fait souhaitable ni désirable. On guette désormais, de contrôle en contrôle, que tout est stable.

On va avoir de la neige cette année, il faut que je tienne bon.

Pourquoi m'être couchée encore si tard hier soir ? Peut-être est-ce pour rallonger le temps, comme si les temps de veille comptaient double au grand jeu de la vie. Je sais bien que l'on m'a volé une dizaine d'heures de ma vie, qui sont les heures de l'anesthésie générale lors de l'opération. Je ne parviens pas à imaginer ce que cela peut faire aux personnes qui vont dans le coma et qui en reviennent. Mais peut-être se passe-t-il quelque chose pendant le coma, alors que je crois bien que rien de psychiquement valable se passe pendant une anesthésie générale, en tout cas pour la plupart des gens.

Maintenant que je suis rentrée chez moi, que je ne suis plus sous anesthésie, je suis entièrement livrée à la mémoire et je ne me souviens de rien sinon que je suis seule. Parfois, ton souvenir revient et je sais que s'il revient, c'est bien que les jours sont comptés. Je ne sais pas pourquoi ce souvenir de toi me laisse penser à la mort. Cela n'a rien à voir et pourtant c'est presqu'une certitude. Je t'entends dire que je dramatise toujours tout. Tu n'as jamais su accompagner un malade.

Je regarde beaucoup par la fenêtre. Je vois les enfants, en bas, improviser des balançoires avec des bouts de cordes et des cartons ramassés je ne sais où. Ce sont encore et déjà les vacances d'hiver. Je me prends à penser que cela pourrait être dangereux, mais je ne peux rien y faire, même pas leur crier de faire attention. Cela n'aurait certainement aucun effet et j'en serais encore plus épuisée que je ne le suis déjà. Ils animent un peu la vue morne sur ce square un peu miteux.

Quand je suis arrivée à Limoges, je voulais habiter au bord de la Vienne. J'ai toujours rêvé d'avoir des fenêtres donnant sur une rivière, ou mieux encore sur un fleuve avec des bateaux, ou bien encore sur un canal, près d'une écluse et compter les péniches, les reconnaître au fil du temps, ou bien seulement pour le plaisir de regarder les reflets sur l'eau. Mais je n'ai pas trouvé d'appartement en bord de Vienne. J'ai trouvé cet appartement cité Victor Thuillat et je suis restée. Il est clair et j'ai un petit balcon.

Mais je n'ai pas la vue.














3 janvier







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