| Diégèse | Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam | ||||||||
| dimanche
4 janvier 2026 |
2026 |
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| ce
travail est commencé depuis 9501 jours
(3 x 3167 jours) |
et
son auteur est en vie depuis 23954 jours
(2 x 7 x 29 x 59 jours) |
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| ce
qui représente 39,6635% de sa vie |
trois
mille quatre cent vingt-deux semaines de vie |
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| hier | L'atelier
du
texte |
demain |
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| Page 3 | Page 4 | Puisque ce soir encore la lune disparaît | |||||||
| Pourquoi
m'être
couchée
encore si tard
hier soir ? Peut-être est-ce pour rallonger le temps, comme si les
temps de veille comptaient double au grand jeu de la vie. Je sais bien
que l'on m'a volé une dizaine d'heures de ma vie, qui sont les heures
de l'anesthésie générale lors de l'opération. Je ne parviens pas à
imaginer ce que cela peut faire aux personnes qui vont dans le coma et
qui en reviennent. Mais peut-être se passe-t-il quelque chose pendant
le coma, alors que je crois bien que rien de psychiquement valable se
passe pendant une anesthésie générale, en tout cas pour la plupart des
gens. Maintenant que je suis rentrée chez moi, que je ne suis plus sous anesthésie, je suis entièrement livrée à la mémoire et je ne me souviens de rien sinon que je suis seule. Parfois, ton souvenir revient et je sais que s'il revient, c'est bien que les jours sont comptés. Je ne sais pas pourquoi ce souvenir de toi me laisse penser à la mort. Cela n'a rien à voir et pourtant c'est presqu'une certitude. Je t'entends dire que je dramatise toujours tout. Tu n'as jamais su accompagner un malade. Je regarde beaucoup par la fenêtre. Je vois les enfants, en bas, improviser des balançoires avec des bouts de cordes et des cartons ramassés je ne sais où. Ce sont encore et déjà les vacances d'hiver. Je me prends à penser que cela pourrait être dangereux, mais je ne peux rien y faire, même pas leur crier de faire attention. Cela n'aurait certainement aucun effet et j'en serais encore plus épuisée que je ne le suis déjà. Ils animent un peu la vue morne sur ce square un peu miteux. Quand je suis arrivée à Limoges, je voulais habiter au bord de la Vienne. J'ai toujours rêvé d'avoir des fenêtres donnant sur une rivière, ou mieux encore sur un fleuve avec des bateaux, ou bien encore sur un canal, près d'une écluse et compter les péniches, les reconnaître au fil du temps, ou bien seulement pour le plaisir de regarder les reflets sur l'eau. Mais je n'ai pas trouvé d'appartement en bord de Vienne. J'ai trouvé cet appartement cité Victor Thuillat et je suis restée. Il est clair et j'ai un petit balcon. Mais je n'ai pas la vue. |
Je ne devrais pas évoquer ton souvenir. Je sais bien que cela me fait plonger à une profondeur telle que personne ne peut me suivre. Tant pis, je vais continuer à penser à toi, avec joie et avec douleur. Mais c'est étrange. Après toutes ces années, j'aurais aimé, j'aurais dû guérir de toi. Mais je sais qu'il n'en est rien. Même la maladie n'a pas réussi à vaincre cet amour gratuit au long cours. Je me souviens de la première nuit que nous avons passée ensemble dans cet appartement. C'était la nuit d'un quatorze juillet et les bruits de la ville anéantissaient nos mots d'amour. Il aurait certainement fallu fermer les fenêtres pour nous entendre mieux mais nous n'en avons rien fait, amusés que l'on fête ainsi notre rencontre amoureuse. Depuis le temps que je ne t'ai pas vu, tu as dû changer. Le miroir de la chambre me montre que j'ai changé moi aussi. Alors, je ne le regarde plus mais je sens parfois que mon reflet me poursuit, qu'il me guette et qu'il veut me rappeler qu'il est vain de ne pas lui faire face. En fait, je ne veux pas affronter cette double tristesse, celle d'être triste et celle de devoir le cacher. C'est idiot car il n'y a personne d'autre que moi à qui dissimuler ma tristesse. Ce matin, quand je me suis levée, j'ai eu un léger malaise, suffisamment prononcé pour que je craigne de tomber. Ce n'est pas la première fois que cela m'arrive mais c'est toujours aussi angoissant. Mais, en même temps, je me prends à espérer que cela se termine. La maladie, cette convalescence incertaine, ces souvenirs si décevants, tout cela serait fini. Les spectateurs invisibles de ma déchéance pourraient applaudir. Parfois, on voudrait pouvoir applaudir avant la fin et quitter le théâtre, surtout quand il se réduit à quatre murs avec un grand lit où l'on dort seule. Je ne laisserai pas la fenêtre ouverte le prochain quatorze juillet. |
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| 4
janvier |
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