| Diégèse | Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam | ||||||||
| mercredi
7 janvier 2026 |
2026 |
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| ce
travail est commencé depuis 9504 jours
(25 x 33 x 11 jours) |
et
son auteur est en vie depuis 23957 jours
(23957 est un nombre premier) |
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| ce
qui représente 39,6711% de sa vie |
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| hier | L'atelier
du
texte |
demain |
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| Page 6 | Page 7 | Puisque
ce soir encore la lune disparaît |
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| Je
suis allée en panique à l'hôpital aujourd'hui. Je ressentais une forte
douleur dans la poitrine. Ils n'ont rien trouvé. Ils ont même pensé je
crois que la douleur était imaginaire. Cependant, que la douleur soit réelle ou imaginaire, elle est toujours réelle, ou bien toujours imaginaire. La douleur n'existe pas en soi. Ils ont voulu me garder en observation. L'opération est encore récente et ils craignaient certainement des complications inattendues. Je n'ai pas protesté mais il fallait pourtant que je rentre chez moi. Je suis sortie, comme par une porte dérobée, j'ai fait ce que je devais faire et je suis rentrée, tellement contente de moi que je n'avais plus mal. Bien sûr, on s'était aperçu de ma disparition et l'infirmier ne m'a pas vraiment crue quand j'ai expliqué que je m'étais perdue dans l'hôpital. Pourtant, c'est très possible de se perdre ici. La signalétique est si présente que l'on dirait un jeu de piste. Or, ces jeux sont des jeux pour se perdre et non pour trouver son chemin. Chez moi, je me suis changée. J'ai mis une robe délicieusement colorée et un chapeau. Je ne voulais pas passer inaperçue. C'est un alibi en béton quand on veut protester que l'on vous aurait repérée si vous aviez été là où l'on prétend que vous étiez. Surtout que j'avais pris tout un attirail. J'avais de quoi écrire et de quoi dessiner, un appareil-photo argentique en bandoulière et une sacoche avec un chevalet pliant. Je n'aurais pas dû prendre l'appareil. C'est lui qui a attiré les soupçons sur ma fugue. J'ai affirmé que l'on m'avait apporté tout cela au cas où je devrais rester longtemps. J'aurais pu penser qu'il est interdit de prendre des photographies en dehors de sa chambre. Je crois donc avoir suscité une méfiance durable chez le personnel infirmier, qui se relaie désormais pour me surveiller. Mais je sais qu'ils vont vite arrêter d'en parler. Leur attention sera captée par le flux incessant des joies et des peines, des urgences douloureuses et des petites satisfactions. Ils n'y aura aucune trace de mes pitreries. Je vais sortir demain. Donc, il va falloir sortir du lit. Rien ne dure. Peut-être faudrait-il que je cesse de voir en cet hôpital un but de promenade. Mais je reviendrai après-demain, non pas avec de nouvelles douleurs, en tout cas je l'espère, mais pour observer la sortie des patients. Certains sont tristes mais d'autres sont particulièrement radieux. Je regarde longuement par la fenêtre. Le brouillard s'est dissipé un peu. Je n'ai pas envie de lire, ni d'écrire, ni de dessiner. Je prends seulement un cliché de la cour de l'hôpital dans la brume. Je ne développerai sans doute jamais cette image. J'ai quelques mots croisés, mots fléchés et sudokus. Cela ne devrait pas me demander trop de réflexion même s'il n'y a pas d'activité qui n'engage pas la réflexion. |
Je
viens de terminer Je me souviens de Georges Pérec et j'ai pris beaucoup
de plaisir à cette lecture, comme si je lisais un livre de
science-fiction. En effet, pour moi, le souvenir est une difficulté, parce que je ne me souviens de rien ou de presque rien. De ma première jeunesse en Bretagne, il y a, je crois, la couleur des genêts et peut-être un baiser dans un creux de la lande. Je
ne me souviens ni du vent ni d'aucune des promenades, si je me suis
promenée. Je ne me souviens de rien de l'école.
Je suppose que je suis allée à l'école et que c'est là que j'ai appris
à écrire, à lire et à compter, mais je ne pourrais pas citer le nom
d'un seul de mes enseignants. J'ai un diplôme universitaire de
comptabilité. Je suis très forte en comptabilité. Quand je lis ce qui
est écrit sur le précieux diplôme, je lis que je l'ai passé à Rennes, à
l'université de Rennes. D'ailleurs, je n'ai pas besoin de le lire pour
le savoir. Mais je n'ai aucun souvenir. Je ne peux pas visualiser les
bâtiments, les salles de cours et encore moins les professeurs qui
faisaient cours. J'aime la comptabilité. Je me dis parfois qu'elle prend la place des souvenirs que je n'ai pas. J'aimerais ne pas être infirme du souvenir. Ce doit être merveilleux de se souvenir, sans doute magique aussi. De ce que j'ai lu, le souvenir ne connaît que l'émotion. On ne se souvient pas si l'on n'est pas ému. Ça va ensemble. Je suis rarement émue, sauf sur l'instant, pas par une remémoration. Cependant, ne pas avoir de souvenirs, c'est aussi ne pas avoir de mauvais souvenirs. Je n'ai pas cette inquiétude que je lis parfois sur les visages, inquiétude provoquée par un souvenir intempestif. Car le souvenir, le plus souvent, n'est pas sollicité. Le passé se présente parfois dans un accoutrement étrange qui peut faire peur comme certains déguisement de carnaval. Il ne peut éviter le filtre déformant de l'inconscient. Je ne connais pas ces craintes. Mon passé n'est pas déguisé. Le matin, le regard est plus léger sans l'encombrement des rêves de la nuit, qui ne sont que des souvenirs travestis. Mais je ne suis pas amnésique. Je peux dire ce qui s'est passé hier. Mais ce n'est pas un souvenir. Cela ressemble plutôt à une dépêche d'agence de presse. Je fais aussi l'expérience de ces souvenirs qui ne se souviennent de rien. Je ne sais pas s'il s'agit d'une expérience universelle. Il y a par exemple, au coin de la rue, une pierre d'une bordure du trottoir qui m'est particulièrement familière. Elle est là et se contente d'être là, un peu comme une allégorie du temps long des pierres qui forment les bordures des trottoirs. Elle est pourtant dans une situation précaire, risquant du jour au lendemain d'être remplacée, enlevée, bousculée par des travaux urbains. Dans sa pensée de pierre elle envie peut-être les menhirs ou les grands rochers des montagnes, ignorant que ces pierres-là connaissent aussi l'effritement. L'effritement est le vieillissement des pierres, elles ne peuvent pas y échapper. |
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| 7
janvier |
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