| Diégèse | Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam | ||||||||
| jeudi
8 janvier 2026 |
2026 |
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| ce
travail est commencé depuis 9505 jours
(5 x 1901 jours) |
et
son auteur est en vie depuis 23958 jours
(2 x 32 x 113 jours) |
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| ce
qui représente 39,6736% de sa vie |
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du
texte |
demain |
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| Page 7 | Page 8 | Puisque
ce soir encore la lune disparaît |
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| Je
viens de terminer Je me souviens de Georges Pérec et j'ai pris beaucoup
de plaisir à cette lecture, comme si je lisais un livre de
science-fiction. En effet, pour moi, le souvenir est une difficulté, parce que je ne me souviens de rien ou de presque rien. De ma première jeunesse en Bretagne, il y a, je crois, la couleur des genêts et peut-être un baiser dans un creux de la lande. Je
ne me souviens ni du vent ni d'aucune des promenades, si je me suis
promenée. Je ne me souviens de rien de l'école.
Je suppose que je suis allée à l'école et que c'est là que j'ai appris
à écrire, à lire et à compter, mais je ne pourrais pas citer le nom
d'un seul de mes enseignants. J'ai un diplôme universitaire de
comptabilité. Je suis très forte en comptabilité. Quand je lis ce qui
est écrit sur le précieux diplôme, je lis que je l'ai passé à Rennes, à
l'université de Rennes. D'ailleurs, je n'ai pas besoin de le lire pour
le savoir. Mais je n'ai aucun souvenir. Je ne peux pas visualiser les
bâtiments, les salles de cours et encore moins les professeurs qui
faisaient cours. J'aime la comptabilité. Je me dis parfois qu'elle prend la place des souvenirs que je n'ai pas. J'aimerais ne pas être infirme du souvenir. Ce doit être merveilleux de se souvenir, sans doute magique aussi. De ce que j'ai lu, le souvenir ne connaît que l'émotion. On ne se souvient pas si l'on n'est pas ému. Ça va ensemble. Je suis rarement émue, sauf sur l'instant, pas par une remémoration. Cependant, ne pas avoir de souvenirs, c'est aussi ne pas avoir de mauvais souvenirs. Je n'ai pas cette inquiétude que je lis parfois sur les visages, inquiétude provoquée par un souvenir intempestif. Car le souvenir, le plus souvent, n'est pas sollicité. Le passé se présente parfois dans un accoutrement étrange qui peut faire peur comme certains déguisement de carnaval. Il ne peut éviter le filtre déformant de l'inconscient. Je ne connais pas ces craintes. Mon passé n'est pas déguisé. Le matin, le regard est plus léger sans l'encombrement des rêves de la nuit, qui ne sont que des souvenirs travestis. Mais je ne suis pas amnésique. Je peux dire ce qui s'est passé hier. Mais ce n'est pas un souvenir. Cela ressemble plutôt à une dépêche d'agence de presse. Je fais aussi l'expérience de ces souvenirs qui ne se souviennent de rien. Je ne sais pas s'il s'agit d'une expérience universelle. Il y a par exemple, au coin de la rue, une pierre d'une bordure du trottoir qui m'est particulièrement familière. Elle est là et se contente d'être là, un peu comme une allégorie du temps long des pierres qui forment les bordures des trottoirs. Elle est pourtant dans une situation précaire, risquant du jour au lendemain d'être remplacée, enlevée, bousculée par des travaux urbains. Dans sa pensée de pierre elle envie peut-être les menhirs ou les grands rochers des montagnes, ignorant que ces pierres-là connaissent aussi l'effritement. L'effritement est le vieillissement des pierres, elles ne peuvent pas y échapper. |
Je
dois
dormir longtemps pour me sentir reposée. Les médecins m'ont confirmé que c'était normal, et je dors. C'est encore déconseillé de me fatiguer. La fatigue, c'est ce qui nous donne le sentiment d'appartenir à une humanité commune. Tout le monde est fatigué, tous les gens que l'on croise ici ou là En outre, la fatigue est contagieuse. .Dans le parc ou l'autobus, si quelqu'un de très fatigué s'assoit à côté de moi, je vais un peu plus loin. La fatigue des autres m'épuise. Il paraît que le sommeil suit le rythme des saisons et que l'on dort plus en hiver qu'au printemps. Mais c'est désormais le printemps. Je trouve cependant que je dors trop car le temps m'est compté, car le temps m'est décompté. Je ne peux consacrer tout ce temps qui reste au sommeil. Je vais essayer de réduire mon temps de sommeil de façon très progressive. « Dormir... » C'est curieux que ce soit un verbe d'action. Je préfère de loin la forme passive et dire ainsi que je suis endormie. C'est encore plus bizarre que le verbe « attendre... » soit aussi un verbe d'action. Je me souviens - ça je m'en souviens - de cette attente impossible, cette attente de la déception. J'ai passé tant de temps à t'attendre douloureusement et tu arrivais avec un retard considérable et tu me saluais sans plus d'explications. Tu étais là soudainement, simple et sophistiqué et si étrange que je ne croyais pas à ta présence. Je me sentais en voie de désaffection. Tout mon corps me disait de te quitter. Je crois que ma fatigue vient de ces attentes. Je m'arrête un instant d'écrire. La radio fredonne les nouvelles. Il y a des inondations dans le Gard. Je pleure. |
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| 8
janvier |
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