Diégèse
Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam
mercredi 14 janvier 2026





2026
ce travail est commencé depuis 9511 jours (9511 est un nombre premier)

et son auteur est en vie depuis 23964 jours (2 x 3 x 1997 jours)
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Page 14 Puisque ce soir encore la lune disparaît
Je vais devoir rester à l'hôpital pendant plusieurs jours la semaine prochaine pour engager le protocole de soins expérimental. J'emporte avec moi quelques mots à lire et surtout mes carnets pour écrire cette fiction quotidienne.

J'occupe ces derniers jours de liberté relative à me promener dans la ville. J'affectionne particulièrement le quartier de la gare. Je regarde les familles qui se disputent avant de prendre le train, les parents, les pères surtout, voyant là le moment adéquat pour humilier leur progéniture et leur femme aussi, souvent. J'y ai d'ailleurs récemment vu une femme engagée déambulant dans le grand hall avec une pancarte qui dénonçait les féminicides. Il faut évidemment lutter contre les féminicides, cesser de croire et de faire croire que s'agissant de sentiments la passion n'est jamais lointaine et que la passion conduit nécessairement au meurtre. Il faut arrêter de faire croire ainsi que l'amour est impossible. Ensuite, quand une femme meurt ou qu'elle est blessée par celui que l'on nomme encore « son homme », cela ne surprend pas vraiment. Ce n'est pas facile de regarder vraiment la condition des femmes, de la regarder en gros plan, d'arrêter les débats stériles en imaginant que c'est un sujet trop difficile. Il faut seulement oser regarder vraiment.

Et pourtant, cela ne suffit pas. Il faut être plus précis, il faut faire davantage attention. Il faut aussi lutter contre l'emprise et les meurtres et la violence symboliques. Je pourrais moi aussi déambuler dans la gare de Limoges avec une pancarte sur laquelle j'aurais écrit : « je suis morte ».

Un des rares souvenirs que je conserve vient sans prévenir. Je me souviens de mes promenades, quand je craignais de devoir rentrer sachant déjà qu'il faudrait renouer avec toi les fils d'une conversation qui ne cessait de s'interrompre. Était-ce vraiment une conversation ?

Je vais jusqu'au bout de l'allée. Je ne connais rien de comparable à la paix de ce sentier.

Je vais rester ici deux jours entiers. Deux jours et trois nuit exactement. C'est la nuit noire. La pluie bat les vitres avec une obstination que je lui reconnais bien. Je suis dans le silence de l'hôpital, celui qui n'est jamais entièrement silencieux.

Je n'ai pas le droit de manger les fruits qui sont à côté de moi. L'infirmier a beaucoup insisté là-dessus. Il m'a expliqué comment se déroulera la journée de demain mais je ne sais plus bien ce qu'il m'a dit.

Tout s'est passé comme prévu aujourd'hui. J'avais prévu que cela se passe mal. J'ai rencontré un chef de service visiblement misogyne qui m'a donné un arrêt-maladie sans m'avoir demandé si je travaillais avant de me poser quelques questions un peu à la légère. Il estimait visiblement être le personnage principal de ce récit et n'avait pas l'intention de laisser les patients et surtout les patientes le concurrencer sur le terrain du narratif hospitalier. On lui a certainement appris à ne jamais faire un sourire. Et je me demande quel est l'événement qui pourrait lui en soutirer un, même feint.

Avant d'être immobilisée dans cette chambre pour la nuit, je me suis promenée. Le bracelet d'identification autour du poignet est comme un sauf-conduit. Même s'il est placé en position subalterne, le patient fait partie de la maison. Certes, s'il s'aventure par mégarde ou même intentionnellement dans les zones réservées au personnel médical, on le dévisage avant de lui demander, de manière plus ou moins aimable, de rebrousser chemin.

Je n'étais pas seule à me promener ainsi. Je n'étais même pas la seule avec un appareil-photo. Ce matin, il y avait une Anglaise qui prenait aussi des photographies avec une conscience professionnelle qui m'a impressionnée. Elle est artiste m'a-t-elle dit. Elle fait signer des contrats d'autorisation d'utilisation de leur image à toutes les personnes qu'elle photographie. Elle a voulu m'expliquer que ce contrat était plus qu'un contrat, mais une forme de lien qu'elle nouait avec ses modèles, mais je ne suis pas entrée dans le récit. Je l'ai regardée faire. Elle essuyait beaucoup de refus. D'autres ont choisi l'esquive comme s'ils craignaient de devoir payer en acceptant.

C'est bientôt le matin. La pluie s'est arrêtée. J'écoute la fin du chant du premier oiseau matinal. Je doute de ma présence ici. Mais ce qui est certain, c'est que je vais devoir revenir au récit, et ce récit-là, il paraît que c'est la réalité.














14 janvier







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