| Diégèse | Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam | ||||||||
| dimanche
18 janvier 2026 |
2026 |
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| ce
travail est commencé depuis 9515 jours
(5 x 11 x 173 jours) |
et
son auteur est en vie depuis 23968 jours
(25 x 7 x 107 jours) |
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| ce
qui représente 39,6988% de sa vie |
trois
mille quatre cent vingt-quatre semaines de vie |
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| hier | L'atelier
du
texte |
demain |
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| Page 17 | Page 18 | Puisque ce soir encore la lune disparaît | |||||||
| Je suis chez moi maintenant. Le cycle de soins est accompli. Peut-être pas pour longtemps. Le médecin m'a dit que je peux être rappelée en fonction des résultats des analyses anatomopathologiques. J'ai cherché le sens du terme. Je pense qu'il a voulu éviter celui de « biopsie », qui évoque trop le cancer. Ou peut-être est-ce vraiment différent. Je ne vais pas m'en assurer ni même le lui demander. Il a ajouté qu'il n'y avait aucune certitude que mes souvenirs reviendraient. Je lui ai répondu que je le savais. Je n'attends rien. Même pas un souvenir. C'était optimiste de penser qu'il reviendraient après seulement deux semaines de traitement. Je devrais peut-être lui dire qu'il me reste des souvenirs. Mais ils sont impromptus. Ils sont autonomes même. Ils viennent quand ils veulent et surtout quand je n'ai pas besoin d'eux. Il y a par exemple le souvenir ému de cette chanson d'il y a trente ou quarante ans. Il revient parfois et je ne saurais pas dire ce qui l'amène. Je ne jouerai pas au jeu de la mémoire avec lui. Je sais seulement que quand il vient et qu'il repart, je suis calme, comme après avoir côtoyé une douceur un peu nostalgique, mais profondément vivante. Il y a bien sûr une part de volonté dans mon incapacité à rappeler les souvenirs. Je ne retiens rien car je ne veux rien retenir, pour l'instant, rien retenir de l'instant où tu m'as quittée. Et toi, si tu es encore vivant, te souviens-tu encore des derniers mots que tu as prononcés alors ? Tu as appuyé sur la gâchette d'une arme qui tue les souvenirs par anticipation et je sais bien que ce n'était pas un exercice improvisé. Je suis chez moi. Je contemple les ocres et les ombres de la cime des arbres derrière la fenêtre de ma chambre. Mais il faudrait regarder plus longtemps. Il y a cet arbre que j'aime plus que les autres. Mais il est si proche et si lointain. Encore une fois, il ne se passera rien, certainement rien. Parfois me parviennent les effluves des poubelles du rez-de-chaussée. Il faudrait qu'elles soient nettoyées et rentrées et surtout fournir des sacs aux habitants les plus pauvres. Je suis évidemment très heureuse d'être chez moi encore quelques jours avant de revoir les bâtiments de l'hôpital qui forment un panoptique approximatif. Je sais qu'il faudrait en fin de compte que je sorte de la névrose, s'il s'agit bien d'une névrose et surtout que je n'entretienne pas ad libitum le plaisir ou la douleur de ce trouble des souvenirs atrophiés. Je voulais écrire un texte sur les femmes délirantes que je crois là-bas. Je ne suis pas certaine d'y parvenir. |
J'ai aidé une vieille dame
à traverser la rue tout à l'heure. Mais peut-être a-t-elle pensé qu'une
autre vieille dame l'avait aidée à traverser. Alors admettons qu'il
s'agissait d'une très vieille dame et non d'une vieille dame. J'ai
soixante ans aujourd'hui. Ce n'est pas si vieux après tout. C'est juste
assez vieux pour la ménopause. Il faisait froid aujourd'hui, mais il faisait presque beau. C'est la première fois depuis noël que le temps est assez clément pour qu'il soit agréable de se promener. Il faudrait quand même que je pense à déménager plus au sud. J'aimerais habiter du côté de Narbonne. Je ne sais pas pourquoi. Je n'y suis jamais allée. Mais je me souviens d'une chanson de Charles Trénet qui évoque la route de Narbonne. Je ne sais pas pourquoi j'ai l'impression d'aller si bien. Peut-être parce que je suis allée voir ma psychothérapeute ce matin. Que l'on ne dise pas que je ne fais pas d'efforts ! Elle reçoit dans son salon et dans ce salon confortable à l'atmosphère surannée, je parle de mon incapacité à me souvenir des souvenirs. Elle m'invite subrepticement à reconnaître que cela pourrait être pire. Aujourd'hui, j'ai dit que parfois, dans le sommeil qui vient où la pensée se dilue, j'ai l'impression de pouvoir regarder au-dessus de la muraille qui bloque le souvenir de toi et parfois, j'ai la chance de me souvenir de ta façon de marcher et même aussi je me souviens du grain de ta peau. Je pourrais prendre du plaisir. Une nuit, tu m'as regardée fixement. Je me suis réveillée vingt ans plus tard. Ton image était dans l'ordre de la fiction. Tu ne te ressemblais pas. L'émotion s'est évanouie et le souvenir aussi. C'est que le souvenir est furtif, très près de l'émotion. C'est peut-être la clé. Pour célébrer mon anniversaire, j'ai passé la matinée à jeter de façon compulsive toutes les photographies sur lesquelles j'apparais sauf une où je porte une robe noire. Je ne sais pas du deuil de qui ou de quoi il s'agit et je m'en moque. Je n'en ai pas parlé à ma psychothérapeute. Je sais qu'il s'agit d'une forme de désespoir lucide. |
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| 18
janvier |
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