| Diégèse | Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam | ||||||||
| lundi
19 janvier 2026 |
2026 |
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| ce
travail est commencé depuis 9516 jours
(22 x 3 x 13 x 61 jours) |
et
son auteur est en vie depuis 23969 jours
(11 x 2179 jours) |
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| ce
qui représente 39,7013% de sa vie |
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| hier | L'atelier
du
texte |
demain |
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| Page 18 | Page 19 | Puisque ce soir encore la lune disparaît | |||||||
| J'ai aidé une vieille dame
à traverser la rue tout à l'heure. Mais peut-être a-t-elle pensé qu'une
autre vieille dame l'avait aidée à traverser. Alors admettons qu'il
s'agissait d'une très vieille dame et non d'une vieille dame. J'ai
soixante ans aujourd'hui. Ce n'est pas si vieux après tout. C'est juste
assez vieux pour la ménopause. Il faisait froid aujourd'hui, mais il faisait presque beau. C'est la première fois depuis noël que le temps est assez clément pour qu'il soit agréable de se promener. Il faudrait quand même que je pense à déménager plus au sud. J'aimerais habiter du côté de Narbonne. Je ne sais pas pourquoi. Je n'y suis jamais allée. Mais je me souviens d'une chanson de Charles Trénet qui évoque la route de Narbonne. Je ne sais pas pourquoi j'ai l'impression d'aller si bien. Peut-être parce que je suis allée voir ma psychothérapeute ce matin. Que l'on ne dise pas que je ne fais pas d'efforts ! Elle reçoit dans son salon et dans ce salon confortable à l'atmosphère surannée, je parle de mon incapacité à me souvenir des souvenirs. Elle m'invite subrepticement à reconnaître que cela pourrait être pire. Aujourd'hui, j'ai dit que parfois, dans le sommeil qui vient où la pensée se dilue, j'ai l'impression de pouvoir regarder au-dessus de la muraille qui bloque le souvenir de toi et parfois, j'ai la chance de me souvenir de ta façon de marcher et même aussi je me souviens du grain de ta peau. Je pourrais prendre du plaisir. Une nuit, tu m'as regardée fixement. Je me suis réveillée vingt ans plus tard. Ton image était dans l'ordre de la fiction. Tu ne te ressemblais pas. L'émotion s'est évanouie et le souvenir aussi. C'est que le souvenir est furtif, très près de l'émotion. C'est peut-être la clé. Pour célébrer mon anniversaire, j'ai passé la matinée à jeter de façon compulsive toutes les photographies sur lesquelles j'apparais sauf une où je porte une robe noire. Je ne sais pas du deuil de qui ou de quoi il s'agit et je m'en moque. Je n'en ai pas parlé à ma psychothérapeute. Je sais qu'il s'agit d'une forme de désespoir lucide. |
Ce soir en rentrant de ma promenade, encore un peu engourdie par le froid, je voulais noter des pensées pour m'occuper, pour m'occuper vraiment. Je ne sais plus pourquoi, plus vraiment. J'avais regardé la ville et le jardin comme un décor et les décors sont les supports des
souvenirs et les souvenirs sont les supports des textes. Mais alors comment écrire quand on a plus de souvenirs ? J'y ai réfléchi toute la nuit ou presque et je suis parvenue à poser un premier principe : il s'agirait de faire coïncider deux récits. Il y a celui du passage des saisons dans les parcs et jardins de la ville. C'est un récit qui se construirait par touches successives et commencerait par l'hiver, le cœur de l'hiver, quand on peut douter que la verdure revienne. Et puis il y a celui qui décrit la trace du révolu dans la ville : les vieilles enseignes abandonnées des magasins fermés à jamais, les publicités décolorées et d'autres choses encore dont je ne me souviens pas. J'ai commencé mais je ne suis pas très habile à l'écriture. Je préfère photographier. Mais je vais certainement faire les deux. Quand j'étais plus jeune, j'ai voulu écrire un roman sur l'attente et puis j'en ai abandonné l'ambition. L'idée principale que j'avais alors était que l'attente est un récit d'anticipation. On imagine toujours ce que l'on attend ou qui l'on attend, sinon, on n'attend pas. Mais ce qui arrive, qui arrive, ne ressemble pas à ce que l'on a attendu, qui l'on a attendu. Jamais. Je ne me souviens pas de m'être dit un jour que j'avais attendu ce qui arrivait, qui arrivait, que c'était ça, exactement ça, exactement lui, exactement toi. Parfois ce qui arrive est plus intéressant que ce que l'on avait imaginé. Mais c'est rare. Généralement, la déception est la conséquence de l'attente. Je retourne à l'hôpital bientôt, encore une fois, une dernière fois peut-être. Rarement les destinations auront été aussi incertaines. Je vais lire la notice biographique du médecin qui a donné son nom à l'hôpital. Je sais que demain je l'aurai oubliée. |
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| 19
janvier |
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