| Diégèse | Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam | ||||||||
| mardi
20 janvier 2026 |
2026 |
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| ce
travail est commencé depuis 9517 jours
(31 x 307 jours) |
et
son auteur est en vie depuis 23970 jours
(2 x 3 x 5 x 17 x 47 jours) |
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| ce
qui représente 39,7038% de sa vie |
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| hier | L'atelier
du
texte |
demain |
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| Page 19 | Page 20 | Puisque ce soir encore la lune disparaît | |||||||
| Ce soir en rentrant
de ma promenade, encore un peu engourdie par le
froid, je voulais noter
des pensées pour
m'occuper, pour m'occuper vraiment. Je ne sais plus
pourquoi, plus vraiment. J'avais regardé la ville et le jardin comme un
décor et les décors
sont les supports des
souvenirs et les souvenirs sont les supports des textes. Mais alors
comment écrire quand on a plus de souvenirs ? J'y ai réfléchi toute la nuit ou presque et je suis parvenue à poser un premier principe : il s'agirait de faire coïncider deux récits. Il y a celui du passage des saisons dans les parcs et jardins de la ville. C'est un récit qui se construirait par touches successives et commencerait par l'hiver, le cœur de l'hiver, quand on peut douter que la verdure revienne. Et puis il y a celui qui décrit la trace du révolu dans la ville : les vieilles enseignes abandonnées des magasins fermés à jamais, les publicités décolorées et d'autres choses encore dont je ne me souviens pas. J'ai commencé mais je ne suis pas très habile à l'écriture. Je préfère photographier. Mais je vais certainement faire les deux. Quand j'étais plus jeune, j'ai voulu écrire un roman sur l'attente et puis j'en ai abandonné l'ambition. L'idée principale que j'avais alors était que l'attente est un récit d'anticipation. On imagine toujours ce que l'on attend ou qui l'on attend, sinon, on n'attend pas. Mais ce qui arrive, qui arrive, ne ressemble pas à ce que l'on a attendu, qui l'on a attendu. Jamais. Je ne me souviens pas de m'être dit un jour que j'avais attendu ce qui arrivait, qui arrivait, que c'était ça, exactement ça, exactement lui, exactement toi. Parfois ce qui arrive est plus intéressant que ce que l'on avait imaginé. Mais c'est rare. Généralement, la déception est la conséquence de l'attente. Je retourne à l'hôpital bientôt, encore une fois, une dernière fois peut-être. Rarement les destinations auront été aussi incertaines. Je vais lire la notice biographique du médecin qui a donné son nom à l'hôpital. Je sais que demain je l'aurai oubliée. |
C'est l'hiver et je vais retrouver
l'hôpital demain. C'est la première fois en cette saison je
crois. Je ne sais plus. Je sais seulement que le temps passe par
spasmes. Entre les spasmes je ne vois que les lignes de fuite
et le vent.
Alors, j'ai le
sentiment de comprendre l'éternité. La mort n'en est pas
moins inquiétante pendant ces intermittences qui sont comme un faux dimanche
dont à jamais
incertaine est l'issue. Mais l'issue est certaine. Inéluctable même. On parle parfois de « temps glissant ». J'ai rencontré pour la première fois cette expression quand je travaillais encore accumulant les congés-maladie. Je m'étais fait expliquer que je ne percevrais l'intégralité de mon salaire que pendant trois mois « glissants ». La première fois que j'ai entendu cette expression, j'ai cru que l'on parlait d'une période dangereuse pendant laquelle il fallait faire attention de ne pas tomber. Mais le responsable des ressources humaines, sans même un sourire, voulant me rassurer m'a expliqué qu'il s'agissait d'une période dont le début et la fin se modifiaient en fonction des congés pris. Je n'ai pas bien compris ce qu'il me disait et son explication a même eu un effet inverse à celui recherché. Je suis sortie terrorisée et je me souviens avoir pleuré longtemps sur le parking, m'imaginant à la rue, sans ressources. J'ai même pensé commettre un crime pour aller en prison. Je me suis prise à envier ce manque de liberté. Je me sentais le courage et la peur des grandes figures criminelles de l'histoire. J'ai pris ma voiture et j'ai quitté la ville pour m'éloigner de cette fiction trop angoissante, un peu comme on quitte un cinéma pendant un film d'horreur. Mais je n'avais nulle part ailleurs où aller. Je suis rentrée chez moi et j'ai sombré dans l'oubli. Puis j'arrête de penser. Cet épisode n'est pas plus important que ça. Comme toutes les autres périodes de ma vie, ce sera, je le sais, un mélange d'échec et de réussite. Et j'écris ces termes au singulier car il s'agit de l'échec et de la réussite d'un point de vue ontologique. J'ai même l'impression que je vais un peu mieux. |
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| 20
janvier |
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