Diégèse
Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam
vendredi 23 janvier 2026





2026
ce travail est commencé depuis 9520 jours (24 x 5 x 7 x 17 jours)

et son auteur est en vie depuis 23973 jours (3 x 61 x 131 jours)
ce qui représente 39,7113% de sa vie

mille trois cent soixante semaines d'écriture
hier

L'atelier du texte
demain
Page 22



Page 23 Puisque ce soir encore la lune disparaît
Cela fera bientôt deux semaines que je suis ici. Il faut bien avouer qu'en apparence, il ne se passe rien ou pas grand chose. Pour sortir en cette saison, je me suis commandé une mante brune à capuchon qui se moque du froid et aussi de l'hiver et aussi de la pluie. Je peux grâce à elle continuer avec entrain ma déambulation absurde et réjouissante dans ce même décor attristé, faisant parfois un peu de conversation avec un médecin, une infirmière ou une aide-soignante sortis fumer dans le froid avec une once de culpabilité.

Hier, j'ai encore eu cette forme de malaise joyeux qui semble inquiéter les spécialistes qui suivent la cohorte des volontaires qui expérimentent comme moi ce nouveau traitement. Je riais à tout va sans m'expliquer pourquoi. On m'a ramenée à ma chambre avec précaution comme si mon rire pouvait me blesser gravement. C'était pour moi bizarre car je ne me sentais ni faible, ni en danger. Je suis ensuite revenue de ma joie brutalement, le temps d'un soupir. L'infirmier, celui qui pique à la perfection, est venu pour pratiquer une prise de sang aux fins de vérification. Je crains que cette expérimentation ne tourne court. Je ne savais pas que l'on craignait de tels effets secondaires qui s'apparenteraient à des épisodes maniaques. Je ne savais pas que l'on craignait que je sombrasse dans la folie. Quel bonheur que celui qui me permet d'utiliser « sombrasse » qui ressemble à un barbarisme sinon une forgerie enlaçant les termes «  sombre » et « embrasse ». J'en frémis, imaginant un sombre hidalgo embrassant fougueusement. J'eusse aimé qu'il me sombrasse pensait l'héroïne enamourée.

Bref.

Mon travail d'écriture, lui, ne progresse pas, même doucement, sans doute parce que je trouve le texte en cours sans grand intérêt. Je navigue entre les deux récits que j'ai choisis et qui sont supposés se rejoindre sans parvenir à percevoir quelle serait leur conjonction. Mais peu importe, ce qui existe, c'est l'écriture, pas le texte.

Mais la question posée, ensuite, tout de suite après, n'est plus celle de l'écriture mais bien celle de la lecture et cette question de la lecture, je l'élude de manière permanente.

Un peu de lumière passe au-dessus du bâtiment. C'est le matin. C'est la nuit qui s'échappe comme je m'échappe moi aussi parfois la nuit sans crainte qu'on découvre ma fugue. Mais je ne le fais pas chaque jour. C'est assez facile. Je sors de ma chambre et je dis à la cantonade que je descends un peu dans la cour pour me dégourdir les jambes. Mon stratagème est parfaitement réglé. Il y a un moment particulièrement propice à cela qui est celui où l'équipe de nuit vient remplacer l'équipe de jour. Les conversations vont bon train. On ne prête pas attention à moi. Tout le monde a autre chose à faire. C'est aussi que je ne suis pas considérée comme un cas grave. Personne ne croit vraiment à l'expérimentation en cours.

Je vais directement du côté de la gare et j'observe le petit monde de la nuit avec la patience d'une entomologiste. Parfois, on m'aborde. Un homme m'aborde. Je lui dis que j'attends quelqu'un et je fais semblant de t'attendre. En même temps ce n'est pas très malin car les prostituées attendent elles aussi. C'est même souvent à cela qu'on les reconnaît la nuit. On ne me demande rien. Personne ne se demande jamais quel âge a une femme d'une cinquantaine d'année. C'est une vieille et ce qui compte c'est l'opulence de la poitrine et le tarif. Le plus souvent je ne m'arrête pas. Je marche sans crainte. Des hommes se disent sans doute en me croisant que je suis possible.

Un interne a remarqué mon manège hier et m'a attendue en bas du bâtiment. Il n'avait visiblement aucune idée de ce que je fais et il pensait à une fugue liée à la maladie. Je lui ai fait remarquer que je suis sortie seule et que je suis rentrée seule. Il n'a toujours pas compris. Je lui ai parlé sans crainte et je lui ai raconté que j'allais observer les prostituées du côté de la gare mais que je ne me prostituais pas. C'était une erreur car il en formé la nécessité de m'imposer des examens complémentaires. Il m'a dit de monter dans ma chambre et qu'il allait faire un rapport.

Il faudrait que je parvienne à sortir plus tard un autre jour.

Il y a sans doute plusieurs années, au moins plusieurs mois que je suis là. On me dit que c'est le milieu du mois, que je suis arrivé le premier de ce même mois mais je ne les crois pas. J'ai la quasi-certitude qu'ils me mentent. Je vais en frapper un et je dirai que ce sont des mouvements involontaires.














23 janvier







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