| Diégèse | Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam | ||||||||
| samedi
24 janvier 2026 |
2026 |
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| ce
travail est commencé depuis 9521 jours
(9521 est un nombre premier) |
et
son auteur est en vie depuis 23974 jours
(2 x 11987 jours) |
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| ce
qui représente 39,7139% de sa vie |
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| hier | L'atelier
du
texte |
demain |
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| Page 23 | Page 24 | Puisque
ce soir encore la lune disparaît
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| Un peu de lumière passe au-dessus du bâtiment. C'est le matin. C'est la nuit qui s'échappe comme je m'échappe moi aussi parfois la nuit sans crainte qu'on découvre ma fugue. Mais je ne le fais pas chaque jour. C'est assez facile. Je sors de ma chambre et je dis à la cantonade que je descends un peu dans la cour pour me dégourdir les jambes. Mon stratagème est parfaitement réglé.
Il y a un moment particulièrement propice à cela qui est celui où
l'équipe de nuit vient remplacer l'équipe de jour. Les conversations
vont bon train. On ne prête pas attention à moi. Tout le monde a autre chose à faire. C'est aussi que je ne suis pas considérée comme un cas grave. Personne ne croit vraiment à l'expérimentation en cours. Je vais directement du côté de la gare et j'observe le petit monde de la nuit avec la patience d'une entomologiste. Parfois, on m'aborde. Un homme m'aborde. Je lui dis que j'attends quelqu'un et je fais semblant de t'attendre. En même temps ce n'est pas très malin car les prostituées attendent elles aussi. C'est même souvent à cela qu'on les reconnaît la nuit. On ne me demande rien. Personne ne se demande jamais quel âge a une femme d'une cinquantaine d'année. C'est une vieille et ce qui compte c'est l'opulence de la poitrine et le tarif. Le plus souvent je ne m'arrête pas. Je marche sans crainte. Des hommes se disent sans doute en me croisant que je suis possible. Un interne a remarqué mon manège hier et m'a attendue en bas du bâtiment. Il n'avait visiblement aucune idée de ce que je fais et il pensait à une fugue liée à la maladie. Je lui ai fait remarquer que je suis sortie seule et que je suis rentrée seule. Il n'a toujours pas compris. Je lui ai parlé sans crainte et je lui ai raconté que j'allais observer les prostituées du côté de la gare mais que je ne me prostituais pas. C'était une erreur car il en formé la nécessité de m'imposer des examens complémentaires. Il m'a dit de monter dans ma chambre et qu'il allait faire un rapport. Il faudrait que je parvienne à sortir plus tard un autre jour. Il y a sans doute plusieurs années, au moins plusieurs mois que je suis là. On me dit que c'est le milieu du mois, que je suis arrivé le premier de ce même mois mais je ne les crois pas. J'ai la quasi certitude qu'ils me mentent. Je vais en frapper un et je dirai que ce sont des mouvements involontaires. |
Hier ou avant-hier, je ne sais plus exactement, une femme est
arrivée aux urgences vers 18h avec des ecchymoses sur tout le corps et
une blessure ouverte au front.
Je faisais une de mes promenades et celle-ci m'avait conduite ce
jour-là jusqu'aux urgences. Je n'aurais pas dû aller par là-bas. Je
sais en plus que c'est interdit. Mais maintenant, je ne peux pas éviter de revoir le visage de cette femme. Je lis aujourd'hui dans le journal local l'annonce de sa mort et j'apprends ainsi qu'elle a été violée par un homme rencontré via un site de rencontres amoureuses et surtout sexuelles. Son ordinateur a gardé les traces de l'approche. Ces sites gardent la trace de tant de désirs, de désirs pauvres, de désirs de pauvres. On est toujours pauvre quand on désire en vain. Mais l'homme a pris soin d'effacer sa trace. Il est recherché. Sur les images prises par les caméras de surveillance à proximité du domicile de la femme, il apparaît toujours avec un chapeau. Sa maison n'a pas été cambriolée. Il n'y a aucune explication immédiate à ce crime qui préfigure l'enfer, là où dans l'ombre est tapi le malin. Le mal. Partout autour du globe, et le jour et la nuit, constamment, tous les jours et toutes les nuits, des femmes, mères ou épouses, sœurs, amies connaissent le sort de cette femme. Je suis semblable à ces femmes. Je peux me projeter dans un scénario de violence qui conduirait à ma mort. Je ne sais pas quel est mon rôle dans la lutte contre ce fléau des violences faites aux femmes. Je ne sais pas quoi faire pour que toutes ces victimes vivent dans notre mémoire. J'ai toujours éprouvé une difficulté à comprendre pourquoi je ne suis pas assez engagée dans cette lutte. Par touches successives le jour s'estompe. Ma tisane du soir est trop sucrée. Je ne peux pas arrêter de pleurer. |
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| 24
janvier |
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