Diégèse
Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam
dimanche 25 janvier 2026





2026
ce travail est commencé depuis 9522 jours (2 x 32 x 232 jours)

et son auteur est en vie depuis 23975 jours (52 x 7 x 137 jours)
ce qui représente 39,7164% de sa vie

trois mille quatre cent vingt-cinq semaines de vie
hier

L'atelier du texte
demain
Page 24



Page 25 Puisque ce soir encore la lune disparaît
Hier ou avant-hier, je ne sais plus exactement, une femme est arrivée aux urgences vers 18h avec des ecchymoses sur tout le corps et une blessure ouverte au front. Je faisais une de mes promenades et celle-ci m'avait conduite ce jour-là jusqu'aux urgences. Je n'aurais pas dû aller par là-bas. Je sais en plus que c'est interdit. Mais maintenant, je ne peux pas éviter de revoir le visage de cette femme.

Je lis aujourd'hui dans le journal local l'annonce de sa mort et j'apprends ainsi qu'elle a été violée par un homme rencontré via un site de rencontres amoureuses et surtout sexuelles. Son ordinateur a gardé les traces de l'approche. Ces sites gardent la trace de tant de désirs, de désirs pauvres, de désirs de pauvres. On est toujours pauvre quand on désire en vain. Mais l'homme a pris soin d'effacer sa trace. Il est recherché. Sur les images prises par les caméras de surveillance à proximité du domicile de la femme, il apparaît toujours avec un chapeau.

Sa maison n'a pas été cambriolée. Il n'y a aucune explication immédiate à ce crime qui préfigure l'enfer, là où dans l'ombre est tapi le malin.

Le mal.

Partout autour du globe, et le jour et la nuit, constamment, tous les jours et toutes les nuits, des femmes, mères ou épouses, sœurs, amies connaissent le sort de cette femme. Je suis semblable à ces femmes. Je peux me projeter dans un scénario de violence qui conduirait à ma mort. Je ne sais pas quel est mon rôle dans la lutte contre ce fléau des violences faites aux femmes. Je ne sais pas quoi faire pour que toutes ces victimes vivent dans notre mémoire. J'ai toujours éprouvé une difficulté à comprendre pourquoi je ne suis pas assez engagée dans cette lutte.


Par touches successives le jour s'estompe. Ma tisane du soir est trop sucrée. Je ne peux pas arrêter de pleurer.

Après le journal télévisé, je suis sortie pour m'échapper un peu malgré les nuages denses. J'aime au contraire marcher dans les rues de la ville quand l'orage menace et qu'il fait un peu froid, surtout le soir. Je peux alors bénéficier de la plus grande inattention des passants surtout préoccupés de pouvoir rentrer avant la pluie.

Mes pas me conduisent sans cesse vers cette place centrale de Limoges dont j'oublie toujours le nom. Elle garde une petite animation jusque tard dans la nuit grâce au cinéma et aux cafés qui le jouxtent. J'y croise souvent des hommes désœuvrés, sans histoire, sans amour, personnages sans histoire, personnages sans amour et surtout personnages sans texte, sans images. Je baisse alors les yeux et ils me laissent tranquille. Un soir, une nuit, pourtant, l'un de ceux qui sont toujours seuls m'a abordée, dérogeant donc à la nature même de son existence muette. Il était très laid au regard de l'opinion commune. Aurait-il été beau que cela m'aurait été insupportable. Un homme laid, au contraire, me rassure. Il connaît la réputation qu'on lui a faite souvent depuis l'enfance. Il s'attend à un refus.

J'ai passé une mauvaise journée. Les médecins m'ont avoué que le traitement n'avait pas les effets escomptés. Ils m'ont demandé l'autorisation de l'arrêter progressivement. Je vais les laisser faire. Je quitterai donc l'hôpital dans quelques jours. Je vais rentrer chez moi, dans cette solitude insensée. Je vais cependant essayer de me renseigner davantage sur les effets secondaires que je crois déceler, même si c'est un sentiment diffus.

Dans ce temps compté de l'hôpital, qui est un temps libre, sans courses ni ménage, ni préparation de repas, je vais lire enfin le livre de Pasolini que j'avais apporté. Demain, je commence un nouveau chapitre de Scritti Corsari. J'ai hâte de découvrir ce que Pasolini va me dire. La justesse de la pensée du poète assassiné m'a toujours sidérée. J'ouvre le livre au hasard et je lis ceci :

« Ainsi, la fausse expressivité du slogan constitue le nec plus ultra de la nouvelle langue technique qui remplace le discours humaniste. Elle symbolise la vie linguistique du futur, c'est-à-dire d'un monde inexpressif, sans particularismes ni diversités de cultures, un monde parfaitement normalisé et acculturé. Un monde qui, pour nous, ultimes dépositaires d'une vision multiple, magmatique, religieuse et rationnelle du monde, apparaît comme un monde de mort. »

Même à l'hôpital les slogans saturent l'espace linguistique, l'espace et le temps sémantiques. Il ne faut pas s'y habituer. Pasolini est un antidote.














25 janvier







2009 2008 2007 2006 2005 2004 2003 2002 2001 2000
2019
2018
2017
2016
2015
2014
2013
2012
2011
2010




2025
2024 2023
2022 2021 2020