Diégèse
Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam
lundi 26 janvier 2026





2026
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Puisque ce soir encore la lune disparaît
Après le journal télévisé, je suis sortie pour m'échapper un peu malgré les nuages denses. J'aime au contraire marcher dans les rues de la ville quand l'orage menace et qu'il fait un peu froid, surtout le soir. Je peux alors bénéficier de la plus grande inattention des passants surtout préoccupés de pouvoir rentrer avant la pluie.

Mes pas me conduisent sans cesse vers cette place centrale de Limoges dont j'oublie toujours le nom. Elle garde une petite animation jusque tard dans la nuit grâce au cinéma et aux cafés qui le jouxtent. J'y croise souvent des hommes désœuvrés, sans histoire, sans amour, personnages sans histoire, personnages sans amour et surtout personnages sans texte, sans images. Je baisse alors les yeux et ils me laissent tranquille. Un soir, une nuit, pourtant, l'un de ceux qui sont toujours seuls m'a abordée, dérogeant donc à la nature même de son existence muette. Il était très laid au regard de l'opinion commune. Aurait-il été beau que cela m'aurait été insupportable. Un homme laid, au contraire, me rassure. Il connaît la réputation qu'on lui a faite souvent depuis l'enfance. Il s'attend à un refus.

J'ai passé une mauvaise journée. Les médecins m'ont avoué que le traitement n'avait pas les effets escomptés. Il m'ont demandé l'autorisation de l'arrêter progressivement. Je vais les laisser faire. Je quitterai donc l'hôpital dans quelques jours. Je vais rentrer chez moi, dans cette solitude insensée. Je vais cependant essayer de me renseigner davantage sur les effets secondaires que je crois déceler, même si c'est un sentiment diffus.

Dans ce temps compté de l'hôpital, qui est un temps libre, sans courses ni ménage, ni préparation de repas, je vais lire enfin le livre de Pasolini que j'avais apporté. Demain, je commence un nouveau chapitre de Scritti Corsari. J'ai hâte de découvrir ce que Pasolini va me dire. La justesse de la pensée du poète assassiné m'a toujours sidérée. J'ouvre le livre au hasard et je lis ceci  :

« Ainsi, la fausse expressivité du slogan constitue le nec plus ultra de la nouvelle langue technique qui remplace le discours humaniste. Elle symbolise la vie linguistique du futur, c'est-à-dire d'un monde inexpressif, sans particularismes ni diversités de cultures, un monde parfaitement normalisé et acculturé. Un monde qui, pour nous, ultimes dépositaires d'une vision multiple, magmatique, religieuse et rationnelle du monde, apparaît comme un monde de mort. »

Même à l'hôpital les slogans saturent l'espace linguistique, l'espace et le temps sémantiques. Il ne faut pas s'y habituer. Pasolini est un antidote.

Il fait froid, bien froid. Je voudrais voir voleter la neige dans la lumière. Je voudrais regarder le ciel et voir surgir un météore incandescent.

Je vais jusqu'au jardin au bord de l'eau, mais le temps est peu propice à contempler intensément l'eau froide de la rivière. Il y a des bancs.

Quand on cherche à retrouver des lambeaux du passé, il faut s'arrêter, mieux regarder, mais moi, je ne sais pas m'asseoir paisiblement, quel que soit le temps qu'il fait.

La promenade est un exercice complexe, beaucoup plus difficile qu'il n'y paraît. Secrètement, on est toujours en attente de l'événement incroyable, de l'événement dramatique qui pourrait survenir. Mais on fait comme si l'on n'attendait rien. Parfois, un long monologue silencieux envahit la promenade tout entière. On ne se promène plus, on ressasse.

Mais peut-être cela n'arrive-t-il que parce que je suis neurasthénique.

Hier, j'ai croisé un couple en promenade. J'ai frissonné mais il n'y avait personne pour partager ma douleur, aussi brève ait-elle été.

Et le souvenir est revenu. Nous sommes dans une ville. Insensiblement, nous dévions notre marche. Nous nous dirigeons vers un but inavoué. Nous sommes encore dans l'incertitude. Je trébuche. D'un mouvement rapide, tu me saisis le bras et aussi la main. Je fais semblant de croire à cette nécessité.

Le souvenir, comme dans un rêve, s'efface et ne restent que les larmes.














26 janvier







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