| Diégèse | Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam | ||||||||
| mardi
2 juin 2026 |
2026 |
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| ce
travail est commencé depuis 9650 jours
(2 x 52 x 193 jours) |
et
son auteur est en vie depuis 24103 jours
(24103 est un nombre premier) |
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| ce qui représente 40,0365% du nombre de jours de sa vie | |||||||||
| hier | L'atelier
du
texte |
demain |
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| Page 1 | Sans plus d'Interprétation | ||||||||
| Cela fait
maintenant
quarante années ou
presque que je vis et que j'exerce dans cet immeuble, au
troisième étage, appartement du milieu, face à l'ascenseur. Une vie
professionnelle entière.
Quand je me
suis installé ici, les prix étaient encore abordables et les banques
prêtaient facilement de l'argent aux jeunes médecins. On croyait encore
alors à la
médecine et même les employés de banque avaient du respect
pour les médecins-psychiatres. Il s'agissait bien sûr encore d'un
respect mâtiné de crainte. Puisque le psychiatre soignait les
fous, d'une part il pouvait décréter qui était fou et qui ne l'était
pas, d'autre part,
cela devait signifier qu'il l'était lui aussi sans doute un peu. La
trajectoire du préjugé
déviait brusquement quand on apprenait ensuite que j'exerçais comme
psychanalyste. Cela tenait principalement à la croyance. En effet, on
n'entend jamais personne ou presque affirmer qu'il ou elle ne croit pas
à la psychiatrie, alors qu'on l'entend beaucoup s'agissant de la
psychanalyse. Le psychanalyste s'approche ainsi de l'état de prêtre. Je
dis bien « prêtre » car il est beaucoup plus rare
d'entendre un Juif ou un Musulman prétendre qu'il ou elle ne croit
pas
en Dieu ou bien encore renier sa foi. C'est que ces
deux autres religions du Livre ne laissent pas
vraiment le choix et surtout, insistent davantage sur la pratique que
sur la croyance. Il en va de même pour le psychanalyste. Et puis il ne
s'agit pas, la plupart du temps, de déclarer qui est fou et qui ne
l'est pas mais bien de prendre
en charge les souffrances psychiques. Ainsi, après toutes ces années, je suis devenu le doyen de l'immeuble ou presque. Je ne connais personne. J'ai vu les enfants aller à l'école, puis à l'université et puis partir. J'ai vu des déménagements, toute une galerie de portraits, dont j'ai oublié certains avec le temps. Il n'y a que Madame D. qui habite juste au-dessus, au quatrième face qui est là depuis plus longtemps que moi. Et cela fait quarante ans qu'elle m'évite. On dirait qu'elle est à mon égard en permanence sur le qui-vive. Pourtant, elle a été au moins dix fois obligée de me rencontrer à cause de dégâts des eaux provoqués par un vieux bidet qui fuit mais qu'elle n'a jamais voulu remplacer. Je ne m'autorise jamais aucune interprétation en dehors des séances, dans le secret de mon cabinet. Je m'en suis donc aussi abstenu s'agissant de cette fâcheuse répétition, même quand elle a fait ce lapsus resté fameux dans mon répertoire personnel des lapsus : « je vais le déclarer à la sécurité sociale ». Il s'agissait bien sûr de son assurance de responsabilité civile. Ce bidet est entre nous comme une vieille affaire. Je sais bien qu'elle doit sans le vouloir le faire un peu exprès. C'est une assez bonne définition de l'acte manqué. Et cela fait quarante années ou presque que j'écris tout cela dans un carnet noir. Après tout ce temps, ce n'est plus exactement le même carnet. Mes notes ne varient pas beaucoup. Je vais bientôt arrêter ma pratique. Je suis trop fatigué. Mais avant d'arrêter, j'ai pris une décision un peu folle. Un matin, j'ai placé une affichette dans la hall d'entrée qui disait : « Le docteur Lysandre, psychiatre psychanalyste reçoit gratuitement sur rendez-vous les habitants de l'immeuble. Attestation de résidence souhaitée. » Figurait en bas mon numéro de téléphone fixe. C'était évidemment un clin d'œil à se vieux Perec que j'adore et à ce livre incroyable intitulé « La Vie mode d'emploi ». Mais ce sera beaucoup moins sophistiqué. Pas question que j'écrive six-cents pages, mais je ressentais malgré tout une forme d'excitation à l'idée de tenter cette expérience. Je fais cela sans but. J'espère que ce sera utile et pas trop triste. J'ai précisé que je ne recevrai pas les enfants de moins de sept ans. |
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juin |
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