| Diégèse | Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam | ||||||||
| lundi
2 mars 2026 |
2026 |
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| ce
travail est commencé depuis 9558 jours
(2 x 34 x 59 jours) |
et
son auteur est en vie depuis 24011 jours
(13 x 1847 jours) |
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| ce
qui représente 39,8068% de sa vie |
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du
texte |
demain |
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Je
ne
ferai rien de tout cela |
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| J'étais
dans cette voiture trop luxueuse, que j'avais louée trop cher,
comme on s'autorise une folie pour la dernière fois, pour un dernier
voyage. J'étais sur l'autoroute qui allait à Paris et qui venait du
nord, ou peut-être de l'ouest ; je ne me souviens plus et il n'y a pas
vraiment d'importance à se souvenir de cela. J'avais pris de
l'essence
dans une station et puis un café, sans doute. Je fumais aussi me
semble-t-il à cette époque des cigarettes blondes en trop grande
quantité, sauf dans cette voiture louée qui ne devait pas sentir le
tabac. Tu étais peu avant la sortie avec des vêtements clairs et un sac de toile et ton sourire qui se voulait rassurant, qui se voulait accorte. Tu faisais du stop. Je me souviens de t'avoir dit que tu étais une matérialisation fantasmatique et tu m'as répondu que, dans ce cabriolet, j'étais moi aussi une forme de matérialisation. Nous étions d'accord sur le fait que nous formions alors une scène cinématographique et peu importait que nous pensions à ces scènes qui donnent un cadre narratif ténu aux films pornographiques. J'ai dit cela, je crois et nous avons ri. Je t'ai demandé s'il fallait vraiment rentrer à Paris. Tu riais comme je riais. Il y avait moins de monde dans le sens Paris-Province. Nous voulions nous baigner avant le coucher du soleil et nous rentrerions plus tard. |
Je
regardais le paysage par la fenêtre de la voiture et c'était toujours
le même paysage, comme si j'étais dans une boucle temporelle. J'avais
passé le stade des questions incessantes et maladroitement posées,
symptôme classique des rencontres qui font une impression forte. Et
pourtant, j'aurais encore voulu savoir tant de choses sur cette jeunesse
qui rencontrait ma jeunesse, sur ce nous naissant. Après de longues heures de route, nous sommes arrivés à la mer, amie et traitresse. Comme dans un film publicitaire, nous nous sommes précipités dans les vagues après avoir laissé nos vêtements dans la voiture. Je n'entrevoyais que l'ombre de son corps. Nous avons trouvé un hôtel. Et nous avons pris deux chambres, mais j'ai dormi dans ses mots. Nous resterons trois jours à moins que l'imagination ne dérape. Demain, il fera beau. J'appellerai Paul pour qu'il ne s'inquiète pas... s'il peut encore s'inquiéter de mes disparitions. |
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J'étais dans cette voiture trop luxueuse, que j'avais louée trop cher,
comme on s'autorise une folie pour la dernière fois, pour un dernier
voyage. J'étais sur l'autoroute qui allait à Paris et qui venait du
nord, ou peut-être de l'ouest ; je ne me souviens plus et il n'y a
pas
vraiment d'importance à se souvenir de cela. J'avais pris de l'essence
dans une station et puis un café, sans doute. Je ne fumais déjà plus à
cette époque de ces cigarettes blondes en trop grande
quantité, surtout pas dans cette voiture louée qui ne devait pas sentir
le
tabac. Tu étais peu avant la sortie avec des vêtements clairs et un sac de toile et ton sourire qui se voulait rassurant, qui se voulait accorte. Tu faisais du stop. Cela doit faire une bonne vingtaine d'années maintenant, trente peut-être, que je me souviens de ton sourire même si je ne distingue plus désormais tes traits. J'ai répondu au sourire et j'ai continué ma route, pressentant, si tu montais avec moi, une bifurcation narrative radicale. |
Je
n'aurais jamais dû prendre cette voiture. C'est elle qui
me porte la poisse. Elle contredit la
dureté des temps et dénonce mes privilèges. Je pensais que Paul serait de nouveau silencieux, qu'il n'appellerait plus. Longtemps ses appels avaient été la preuve même de mon existence, parfois l'unique preuve. J'avais tant aimé son émotion quand je l'embrassais, la tension érotique entre nous, la clarté de nos matins après nos nuits aimantes. Il appelle. Nous nous retrouvons dans ce bar où nous avons un temps eu nos habitudes. Je lui raconte la rencontre refusée de l'autoroute. Alors, il quitte la table sans un mot. Paul aime cultiver l'imprévisible. Parfois, il réagit jalousement et d'autres fois, il joue les indifférents. Le dernier mois de notre vie commune, il pouvait surgir quand je ne l'attendais pas et comme dans une tragédie antique sa seule vue pouvait me rendre blême. Une légère grimace pouvait être une source infinie de malentendus. Je demande le journal, je le feuillette sans intérêt particulier. |
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| Je n'ai rien fait de tout cela. | Je n'ai rien fait de tout cela. | ||||||||
| 2 mars | |||||||||
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