| Diégèse | Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam | ||||||||
| vendredi
6 mars 2026 |
2026 |
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| ce
travail est commencé depuis 9562 jours
(2 x 7 x 683 jours) |
et
son auteur est en vie depuis 24015 jours
(3 x 5 x 1601 jours) |
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| ce
qui représente 39,8168% de sa vie |
mille
trois cent soixante-six semaines d'écriture |
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| hier | L'atelier
du
texte |
demain |
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| Page 5 | Page 6 | Je
ne
ferai rien de tout cela |
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| Il accepte de venir avec moi dans mes rêveries et nous remonterons la Loire, puis l'Indre, jusqu'à Mers-sur-Indre au sud de Châteauroux. Nous avons choisi l'Indre car la rivière fait de nombreux méandres, mais aussi parce que cela nous a semblé drôle de quitter la mer pour aller à Mers. Il lit Pessoa, le Livre de l'intranquillité. Je lui demande de me lire à haute voix quelques lignes. Il dit : « Ne prenant rien au sérieux, et considérant que nous ne pouvions tenir pour assurée d'autre réalité que celle de nos sensations, nous y avons cherché refuge en les explorant, telles de vastes terres inconnues. » Pour me montrer qu'il n'a rien inventé, il me montre la page 39 de son édition. Mais je ne pensais pas qu'il mentait. Je sais que c'est une lecture indispensable. Nous partirons demain, laissant la voiture luxueuse dans l'agence de Nantes pour la remplacer par des vélos équipés que nous avons réservés. Vient l'heure du dîner. Nous mangeons du poisson. Dans ce restaurant de plage, assis l'un en face de l'autre, Nous devons former une scène de vacances reproduite à l'infini dans tous les restaurants de plage. Il me propose d'inaugurer la douceur d'un vin blanc frappé. Il arrive à me faire rire, ce qui se produit rarement. Pendant le repas, il ne dit rien de lui, je ne dis rien de moi, aucune révélation supplémentaire. Nous faisons comme si nous nous étions tout dit du vernaculaire de nos vies dans la voiture qui nous a conduits ici. Dans un de ses cours, Roland Barthes évoque en les opposant l'anonyme et l'inconnu. Il demeure inconnu. Il règle l'addition. C'est une jolie séquence. |
Toute
la journée s'est passée sans
jour, assombrie par la pluie et nous sommes abrités pour la nuit dans un immeuble qui
semble abandonné. Nous ne faisons rien. Nous attendons la nuit. C'est encore le noir complet mais je me réveille avec du piano dans la tête et une envie de danse effrénée. Je dois pourtant dormir encore. L'étape de demain sera longue. Je sens sa présence près de moi. Je me réveille de nouveau, encore dans le sommeil fragmenté de mon désir. Cela fait quelques nuits que je ne dors pas par crainte de rêver. Je me cache pour lire à la lampe torche comme pendant l'enfance. Les livres ne manquent pas. Je les prends et les remets dans les boîtes à livres qui sont un peu partout, surtout à côté des arrêts de cars scolaires. Parfois les livres sont un peu abîmés. Ce sont ceux que je prends, comme si je pouvais alors entrer en connexion avec les autres lecteurs. Tôt ce matin, je l'ai entendu sortir. Il est peut-être parti se baigner dans la Loire toute proche. Et puis, pour jouer avec moi-même, je me dis qu'il ne reviendra pas, qu'il va faire du stop et rencontrer quelqu'un qui l'emmènera ailleurs. Tout aussi bien va-t-il rapporter des viennoiseries, qu'il appelle des douceurs. Nous remontons doucement la Loire par la rive gauche. La rive droite est occupée par la voie rapide et la voie de chemin de fer. Nous avons traversé la Loire pour rejoindre Ancenis. Je voulais voir le dolmen de la Pierre Couvretière, pierre penchée qui figure un animal préhistorique qui tente de s'extraire de la vase. C'est peut-être aussi ce dolmen souffrant qui m'empêche de dormir. |
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| J'ai observé longtemps des jeunes gens amoureux dans le reflet de la vitrine du grand bazar. Enlacés sur un banc, ils se racontaient certainement l'avenir et j'aurais pu écouter sans fin le récit entier de la vie de ces inconnus. Moi, j'aurais pu raconter mes voyages. Nous avons parcouru l'Europe entière dans une Citroën DS 23 à injection électronique bronze métallisé de 1974. Elle a fini sa carrière un soir place de la Concorde et n'a jamais été réparée. Je croyais aimer les voyages, mais je préfère désormais la promenade et je me promène le plus souvent possible, avec bonheur. La promenade est proche de l'écriture et certaines sont comme une œuvre. Je pense un jour me retirer dans l'Indre, au bord de la rivière. Je crois me souvenir que j'ai de la famille à Ardentes, pas loin de Châteauroux. C'est un lieu de promenades sans cesse renouvelées et sans cesse recommencées. Cela me changera de la rue Pixerécourt et des hauteurs de Ménilmontant que j'arpente sans relâche. J'avais aimé pendant tout un été la douceur des méandres de la rivière. C'est un paysage qui ne fait aucune révélation grandiose. Il faut se pencher sur la courbure d'une plante, s'arrêter souvent et n'entendre rien que le bruissement du vent dans les feuilles. |
Ce jeune couple a ravivé mon souvenir de premières amours. J'étais à peine plus jeune que ce garçon sur le banc. C'était le printemps, un de mes premiers printemps d'une adolescence tourmentée, mais nous avions imaginé notre
rencontre qui s'ensoleillait et qui nous donnait cet air de distance
avec
le gris de nos jeunes vies empêtrées d'études et de parents inquiets. Pendant quelques jours, peut-être quelques semaines, il avait été le personnage principal de ma romance intime. Mais un soir, il avait fallu qu'il me quitte, déçu, avait-il dit de mon manque d'ardeur. Je pensais ne pas survivre à cet effondrement. Pour moi, c'était encore le commencement d'une histoire qui allait durer la vie entière. Je n'avais pas encore pu aborder la question de l'amour, de notre amour et je n'étais que crainte attendrie. Depuis lors, je frémissais à la moindre silhouette qui pouvait être la sienne. Sans le savoir vraiment, j'avais arrêté les heures. J'ai rencontré d'autres garçons, bien sûr, qui n'étaient pas lui. Très vite, auprès d'eux, je m'ennuyais. Un jour, pourtant, je l'ai croisé par inadvertance. Il est passé sans me voir. La silhouette de l'adolescence s'était considérablement alourdie et je n'avais pas su ce qu'il fallait en penser. Sans doute était-il malade. C'est alors que le temps s'est remis en marche. Quelques jours plus tard, pourtant, sa jeune silhouette avait repris sa place. |
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| Je n'ai rien fait de tout cela. | Je n'ai rien fait de tout cela. | ||||||||
| 6 mars | |||||||||
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