| Diégèse | Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam | ||||||||
| lundi
9 mars 2026 |
2026 |
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| ce
travail est commencé depuis 9565 jours
(5 x 1913 jours) |
et
son auteur est en vie depuis 24018 jours
(2 x 3 x 4003 jours) |
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| ce
qui représente 39,8243% de sa vie |
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| hier | L'atelier
du
texte |
demain |
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| Page 8 | Page 9 | Je
ne
ferai rien de tout cela |
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| Dans la nuit froide, j'ai senti la caresse furtive de tes lèvres et aussi tes mains qui enserrent mon cou. Mais ce n'était qu'un rêve. Il n'y a pas eu de caresse. En tout cas, je ne le crois pas. Au matin, c'est le son de la cloche de l'église du village qui nous a fait lever. Nous nous sommes ignorés tout le début de la matinée. Maintenant, nous prenons un café et notre réconciliation s'aimante et se dissout presque dans le breuvage corsé. Nous ne savons pas bien encore déceler les points de fragilité de l'autre. Nous ne nous connaissons toujours pas bien. C'est que nous sommes un peu brouillés à cause d'une panne de vélo, assez stupide. Un fil de nylon sur la route a complètement bloqué le moyeu de la roue arrière de mon vélo. Tu m'en as fait le reproche, prétextant que j'aurais pu éviter cet incident. Il faudra trouver un mécanicien car la réparation n'est que provisoire. Le gilet jaune fluorescent est râpé par ma chute. C'est aussi une façon de garder trace d'une promenade. Nous avons trouvé un réparateur de vélos à Saumur, où nous passerons la nuit. J'ai proposé l'hôtel et nous n'aurons qu'une seule chambre, avec des lits doubles. Si mon vélo n'est pas réparé demain, nous marcherons jusqu'à la confluence de la Vienne avec la Loire, comme un avant-goût de l'Indre. |
Je
ne me rends pas bien
compte, je le sais, de ce qui est en train de se passer pour lui
comme pour moi, au cours de ce trajet incertain à bicyclette jusqu'à la
confluence de l'Indre avec la Loire. Hier, nous avons observé la Vienne
rejoindre la Loire mollassonne qui n'a de cesse de colorer son eau de
limon sablonneux pour montrer sans équivoque que c'est elle désormais
qui donnera son nom au cours d'eau bordé de maisons blanches. En revenant de la promenade pour retrouver Angers la douce, nous avons croisé un chat noir, ce qui est toujours pour moi un signe de chance. Mais, le réparateur n'avait cependant pas terminé la réparation de mon vélo. Un touriste batave était tombé dans un de ces trous qui parsèment le chemin de halage et avait insisté pour que sa monture soit réparée avant la mienne, sans doute en monnayant généreusement cette faveur. Je n'ai pas vraiment protesté. Cela m'était égal et puis ma colère n'était pas de mise. Mais l'orage arrivait et j'avais hâte désormais de parvenir au but de l'étape. J'ai donc loué un autre vélo. Je verrai au retour comment reprendre l'autre, réparé, et le renvoyer à Nantes. Tout cela commence à se compliquer. Demain, ce sera l'Indre et ses ramifications innombrables. C'est une rivière créée pour que l'on s'y perde. Elle a des ensorcellements inattendus qu'il nous faudra découvrir. Maintenant, « c'est la tombée du jour, monotone et sans pluie, dans une lumière à la tonalité morose et incertaine ». Mon fantasme continue sa lecture de Pessoa. Je le regarde lire le livre tendu au-dessus de lui. J'admire la puissance de ses bras. Bizarrement, je remarque pour la première fois qu'il n'a pas les yeux bleus. Sa chair, toute sa chair, c'est la pureté de la chair, en rachat d'un gage que je ne sais discerner. Je m'endors. |
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| Ce
jour-là, l'autocar qui draine chaque jour une palanquée de jeunes gens
désargentés vers des destinations diverses au sud de Paris était parti avec une vingtaine de minutes d'avance,
oubliant ainsi un jeune couple, sans doute remplacé par un autre
profitant de l'aubaine. Ils étaient furieux et même deux fois
furieux : une fois d'avoir manqué leur départ ; une fois
d'être confrontés à un répondeur téléphonique ne leur permettant pas
d'espérer de dédommagement pour ce contretemps. Ils semblaient paniqués
et je ne voulais pas paraître bizarre en leur proposant de leur offrir
une nuit d'hôtel. Il n'y avait pas de musique dans le café de la place. Avant de prendre ma position insolite sur le bord du talus, j'y prenais un café. Mais ce matin-là, quelque chose n'allait pas. J'avais la nostalgie de cette rencontre de bord d'autoroute. Certes, il s'agissait de cette sorte de nostalgie paradoxale pour ce qui n'avait pas eu lieu, et tout ce qui, par la suite, ne s'était pas passé. Les sorties d'autoroute sont une métaphore efficace du temps qui passe. On ne peut pas y faire demi-tour et je me revoyais sans cesse le dépasser et dépasser son sourire sans pouvoir jamais y revenir. Quand j'étais ainsi nostalgique, toute la journée, je le reconnaissais sans cesse, et le soir, j'avais envie de nouveau de quitter la ville, d'aller là-bas un peu plus loin. Je jugeais alors préférable d'attendre le lendemain pour louer de nouveau une voiture luxueuse, pour partir vers le Sud et remonter ensuite vers le Nord, seulement pour retrouver cette aire d'autoroute et tenter de rejouer la scène, comme on remonterait le temps qui passe. Le lendemain, je ne partais pas. |
De
mon talus de la porte d'Orléans, et aussi de mon square au nom d'oasis
libyen, je pouvais presque revoir tous les paysages tout au long de l'autoroute,
jusqu'à Lyon. Après Lyon, cela n'avait plus d'intérêt car je savais que l'aire d'autoroute où ce jeune homme m'attendait pour un rendez-vous finalement manqué se trouve entre Lyon et Paris, dans ce sens. Je voyais précisément les haies éblouies par le jaune des genêts, les terres labourées puis les collines de vignes bourguignonnes. J'oubliais alors le trafic automobile tout près de moi, l'ennemi désigné, qui ne faisait qu'empuantir l'air. Et pourtant, je rêvais d'autoroutes et d'aires d'autoroutes, surtout, à la senteur d'asphalte, qui pourraient signer son retour et combler un fantasme, fort anodin, après tout. Et je n'osais imaginer la suite de ces petits films intérieurs. Il pouvait me sourire doucement, je répétais les mêmes mots d'éblouissement. Le premier par ordre d'apparition était « toi ». Je doutais alors de l'intérêt narratif de ces saynètes itératives et je rentrais, allant même parfois jusqu'à marcher depuis la porte d'Orléans jusqu'à la rue Pixerécourt, ce qui fait, je l'ai vérifié, près de neuf kilomètres. |
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| Je n'ai rien fait de tout cela | Je n'ai rien fait de tout cela | ||||||||
| 9 mars | |||||||||
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