Diégèse
Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam
mardi 10 mars 2026





2026
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Page 10 Je ne ferai rien de tout cela
Je ne me rends pas bien compte, je le sais, de ce qui est en train de se passer pour lui comme pour moi, au cours de ce trajet incertain à bicyclette jusqu'à la confluence de l'Indre avec la Loire. Hier, nous avons observé la Vienne rejoindre la Loire mollassonne qui n'a de cesse de colorer son eau de limon sablonneux pour montrer sans équivoque que c'est elle désormais qui donnera son nom au cours d'eau bordé de maisons blanches.

En revenant de la promenade pour retrouver Angers la douce, nous avons croisé un chat noir, ce qui est toujours pour moi un signe de chance. Mais, le réparateur n'avait cependant pas terminé la réparation de mon vélo. Un touriste batave était tombé dans un de ces trous qui parsèment le chemin de halage et avait insisté pour que sa monture soit réparée avant la mienne, sans doute en monnayant généreusement cette faveur. Je n'ai pas vraiment protesté. Cela m'était égal et puis ma colère n'était pas de mise. Mais l'orage arrivait et j'avais hâte désormais de parvenir au but de l'étape. J'ai donc loué un autre vélo. Je verrai au retour comment reprendre l'autre, réparé, et le renvoyer à Nantes. Tout cela commence à se compliquer.

Demain, ce sera l'Indre et ses ramifications innombrables. C'est une rivière créée pour que l'on s'y perde. Elle a des ensorcellements inattendus qu'il nous faudra découvrir.

Maintenant, « c'est la tombée du jour, monotone et sans pluie, dans une lumière à la tonalité morose et incertaine ». Mon fantasme continue sa lecture de Pessoa. Je le regarde lire le livre tendu au-dessus de lui. J'admire la puissance de ses bras. Bizarrement, je remarque pour la première fois qu'il n'a pas les yeux bleus. Sa chair, toute sa chair, c'est la pureté de la chair, en rachat d'un gage que je ne sais discerner.

Je m'endors.

Nous roulons donc tout le jour, chacun dans des souvenirs que nous gardons secrets pour l'autre. À mieux y regarder, c'est vraiment un très beau garçon. Chez lui, tous les angles sont parfaits, quel que soit l'angle sous lequel je le regarde et c'est à cela que l'on reconnaît les très beaux garçons. Les beaux garçons n'ont souvent qu'un seul angle sous lequel ils préfèrent se présenter. Je sais donc désormais à quoi sert la géométrie.

Je ne sais pas comment il fait pour n'être le jour entier jamais fatigué. Nous ne nous arrêtons sur aucune place d'aucun village. Je parviens pour le moment à dissimuler mon épuisement. Mais j'ai demandé à m'arrêter à un centre commercial pour acheter des boissons énergisantes, ce qui l'a fait sourire.

C'est à cet endroit précis de la sortie du parking encombré que j'ai remarqué les contrôles des automobilistes. C'est une information qui ne m'est pas apparue importante. Nous ne circulons plus en voiture, après tout.

Nous avons demandé des conseils à un homme sur le bord de la route pour aller au plus près de la confluence. Par jeu sans doute, il nous a envoyés sur un mauvais chemin. Malgré le détour, l'Indre nous avait attendus, versatile et pusillanime.





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De mon talus de la porte d'Orléans, et aussi de mon square au nom d'oasis libyen, je pouvais presque revoir tous les paysages tout au long de l'autoroute, jusqu'à Lyon.

Après Lyon, cela n'avait plus d'intérêt car je savais que l'aire d'autoroute où ce jeune homme m'attendait pour un rendez-vous finalement manqué se trouve entre Lyon et Paris, dans ce sens. Je voyais précisément les haies éblouies par le jaune des genêts, les terres labourées puis les collines de vignes bourguignonnes. J'oubliais alors le trafic automobile tout près de moi, l'ennemi désigné, qui ne faisait qu'empuantir l'air.

Et pourtant, je rêvais d'autoroutes et d'aires d'autoroutes, surtout, à la senteur d'asphalte, qui pourraient signer son retour et combler un fantasme, fort anodin, après tout.

Et je n'osais imaginer la suite de ces petits films intérieurs. Il pouvait me sourire doucement, je répétais les mêmes mots d'éblouissement. Le premier par ordre d'apparition était « toi ».

Je doutais alors de l'intérêt narratif de ces saynètes itératives et je rentrais, allant même parfois jusqu'à marcher depuis la porte d'Orléans jusqu'à la rue Pixerécourt, ce qui fait, je l'ai vérifié, près de neuf kilomètres.

Pendant des années, j'ai aimé sortir la nuit. C'était une autre vie mitigée de jour et de nuit. Je me couchais comme le soleil se levait et je frissonnais à la fraîcheur des matins, quand les noctambules un peu ivres quittent les pistes de danse pour rentrer chez eux en espérant être suivis pour grappiller un peu d'amour.

Le plus souvent, ce sont bien évidemment les autres qui se font suivre.

J'ai essayé de comprendre pourquoi, de percer les trucs mystérieux de leur attractivité. Mais il est difficile de tenter de les imiter.

Pourtant, je dois avouer qu'une fois ou deux, dans le secret d'une chambre inconnue, j'aurai aimé véritablement le hasard d'un corps. Une fois, même, l'entente avait été parfaite, mais de cet amour je ne dirai rien d'autre. Le plus souvent, ce n'étaient que des apparitions dans le petit jour.

Je sais désormais que ce qui fait le souvenir, ce qui le justifie et ce qui le caractérise, c'est la séparation, c'est la séparation définitive après le sexe. C'est là que l'imaginaire fuit, suinte, et tente au plus fort de rejoindre la réalité.

Maintenant je regarde le plus souvent la télévision. Parfois, Paul m'appelle au téléphone et je ne réponds jamais.

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Je n'ai rien fait de tout cela
Je n'ai rien fait de tout cela










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