Diégèse
Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam
mercredi 11 mars 2026





2026
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Page 11 Je ne ferai rien de tout cela
Nous roulons donc tout le jour, chacun dans des souvenirs que nous gardons secrets pour l'autre. À mieux y regarder, c'est vraiment un très beau garçon. Chez lui, tous les angles sont parfaits, quel que soit l'angle sous lequel je le regarde et c'est à cela que l'on reconnaît les très beaux garçons. Les beaux garçons n'ont souvent qu'un seul angle sous lequel ils préfèrent se présenter. Je sais donc désormais à quoi sert la géométrie.

Je ne sais pas comment il fait pour n'être le jour entier jamais fatigué. Nous ne nous arrêtons sur aucune place d'aucun village. Je parviens pour le moment à dissimuler mon épuisement. Mais j'ai demandé à m'arrêter à un centre commercial pour acheter des boissons énergisantes, ce qui l'a fait sourire.

C'est à cet endroit précis de la sortie du parking encombré que j'ai remarqué les contrôles des automobilistes. C'est une information qui ne m'est pas apparue importante. Nous ne circulons plus en voiture, après tout.

Nous avons demandé des conseils à un homme sur le bord de la route pour aller au plus près de la confluence. Par jeu sans doute, il nous a envoyés sur un mauvais chemin. Malgré le détour, l'Indre nous avait attendus, versatile et pusillanime.

J'avoue et je m'avoue que cet homme n'est pas très doux. C'est, il est vrai, rarement une qualité masculine, mais cela peut arriver. C'est imprévisible cependant. En m'arrêtant et en l'emmenant depuis cette aire d'autoroute, j'aurais pu croire à sa douceur. Désormais, il faut aller toujours plus vite à bicyclette. Je dois affronter des regards furibards parce que je traîne, dit-il, alors qu'il me semble que je roule normalement. Il répond sèchement à mes plaintes. Il me semble à l'affut de mes difficultés tout en haut des côtes quand il m'attend non sans ostentation. Quand j'espère un petit mot pour me donner du courage, il me répond sèchement et s'envole, véloce, avec une puissance qui, certes, force mon admiration.

Ce périple devient un cauchemar et se joue dans une ambiance générale qui ne fait que se dégrader un peu plus chaque jour.

Nous passons la nuit à Azay-le-Rideau et le nom de la ville, seul, m'inciterait à mettre fin à cette aventure désastreuse. Je pourrais aussi tenter de me perdre dans quelque troglodyte ou alors prétexter un malaise suffisamment durable pour refuser de reprendre le vélo.

Il me sourit.

Je sais que je repartirai demain pour cette promenade en partage.
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Pendant des années, j'ai aimé sortir la nuit. C'était une autre vie mitigée de jour et de nuit. Je me couchais comme le soleil se levait et je frissonnais à la fraîcheur des matins, quand les noctambules un peu ivres quittent les pistes de danse pour rentrer chez eux en espérant être suivis pour grappiller un peu d'amour.

Le plus souvent, ce sont bien évidemment les autres qui se font suivre.

J'ai essayé de comprendre pourquoi, de percer les trucs mystérieux de leur attractivité. Mais il est difficile de tenter de les imiter.

Pourtant, je dois avouer qu'une fois ou deux, dans le secret d'une chambre inconnue, j'aurai aimé véritablement le hasard d'un corps. Une fois, même, l'entente avait été parfaite, mais de cet amour je ne dirai rien d'autre. Le plus souvent, ce n'étaient que des apparitions dans le petit jour.

Je sais désormais que ce qui fait le souvenir, ce qui le justifie et ce qui le caractérise, c'est la séparation, c'est la séparation définitive après le sexe. C'est là que l'imaginaire fuit, suinte, et tente au plus fort de rejoindre la réalité.

Maintenant je regarde le plus souvent la télévision. Parfois, Paul m'appelle au téléphone et je ne réponds jamais.

Certains jours étaient plus particulièrement mélancoliques. Je méditais alors sur la place de l'amour, du souvenir, de ton souvenir. Je savais qu'il était aussi vain qu'étrange de m'adresser en pensée à cet inconnu qui n'avait certainement aucune autre intention à mon égard que celle de rejoindre Paris pour la raison banale de revenir, désargenté, de ses vacances pour reprendre son travail. J'inventais un autre usage du verbe manquer.

Je continuais à fréquenter assidument la porte d'Orléans, presque chaque jour. J'emportais souvent de vieux carnets du temps où je pensais écrire de la poésie. Je voulais relire ces phrases et j'espérais y entendre une voix, qui serait devenue sa voix.

La nuit, dans ma chambre sur ma colline parisienne, quand il m'arrivait de me réveiller brusquement, je voyais son ombre dans l'obscurité et je savais que c'était elle qui venait d'interrompre mon sommeil.

Heureusement, je nageais avec bonheur à la piscine de la porte d'Orléans qui porte le nom de Thérèse et Jeanne Brulé, deux sœurs qui ont marqué le sport féminin.

Je voulais trouver un nouvel endroit, reprendre l'autoroute. Certainement pouvait-il encore m'attendre sur une aire ou bien une autre puisqu'il venait jusque dans mon sommeil.
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Je n'ai rien fait de tout cela
Je n'ai rien fait de tout cela










11 mars






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