Diégèse
Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam
jeudi 12 mars 2026





2026
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Page 12 Je ne ferai rien de tout cela
J'avoue et je m'avoue que cet homme n'est pas très doux. C'est, il est vrai, rarement une qualité masculine, mais cela peut arriver. C'est imprévisible cependant. En m'arrêtant et en l'emmenant depuis cette aire d'autoroute, j'aurais pu croire à sa douceur. Désormais, il faut aller toujours plus vite à bicyclette. Je dois affronter des regards furibards parce que je traîne, dit-il, alors qu'il me semble que je roule normalement. Il répond sèchement à mes plaintes. Il me semble à l'affut de mes difficultés tout en haut des côtes quand il m'attend non sans ostentation. Quand j'espère un petit mot pour me donner du courage, il me répond sèchement et s'envole, véloce, avec une puissance qui, certes, force mon admiration.

Ce périple devient un cauchemar et se joue dans une ambiance générale qui ne fait que se dégrader un peu plus chaque jour.

Nous passons la nuit à Azay-le-Rideau et le nom de la ville, seul, m'inciterait à mettre fin à cette aventure désastreuse. Je pourrais aussi tenter de me perdre dans quelque troglodyte ou alors prétexter un malaise suffisamment durable pour refuser de reprendre le vélo.

Il me sourit.

Je sais que je repartirai demain pour cette promenade en partage.

Il faisait déjà bien sombre quand nous sommes arrivés dans la station thermale que nous avions choisie pour une réconciliation guillerette. Elle est un peu à l'écart de notre itinéraire du long de l'Indre, mais je voulais me reposer un peu.

Il y a une assez grande piscine, mais avec une eau à peine chauffée, ce qui est paradoxal pour un établissement de cure thermale. Je passe la journée à regarder avec tendresse les corps allongé du peuple des curistes, vaguement embarrassés, les premiers jours, de devoir déambuler en peignoir les uns devant les autres et puis, très vite, habitués.

Nous y resterons certainement quelques jours, pour aller où, ensuite, nous n'en savons rien. Ou plutôt, je n'en sais rien.

Je reprends un peu de force mais je m'inquiète déjà de la suite du voyage. Il faudra bien repartir et j'apaise mes craintes en imaginant sa sueur dans l'effort.
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Certains jours étaient plus particulièrement mélancoliques. Je méditais alors sur la place de l'amour, du souvenir, de ton souvenir. Je savais qu'il était aussi vain qu'étrange de m'adresser en pensée à cet inconnu qui n'avait certainement aucune autre intention à mon égard que celle de rejoindre Paris pour la raison banale de revenir, désargenté, de ses vacances pour reprendre son travail. J'inventais un autre usage du verbe manquer.

Je continuais à fréquenter assidument la porte d'Orléans, presque chaque jour. J'emportais souvent de vieux carnets du temps où je pensais écrire de la poésie. Je voulais relire ces phrases et j'espérais y entendre une voix, qui serait devenue sa voix.

La nuit, dans ma chambre sur ma colline parisienne, quand il m'arrivait de me réveiller brusquement, je voyais son ombre dans l'obscurité et je savais que c'était elle qui venait d'interrompre mon sommeil.

Heureusement, je nageais avec bonheur à la piscine de la porte d'Orléans qui porte le nom de Thérèse et Jeanne Brulé, deux sœurs qui ont marqué le sport féminin.

Je voulais trouver un nouvel endroit, reprendre l'autoroute. Certainement pouvait-il encore m'attendre sur une aire ou bien une autre puisqu'il venait jusque dans mon sommeil.

Un soir, j'avais vu Paul, qui m'avait fait obligation de m'expliquer sur ce que je faisais de mes journées. Je n'avais rien dit, bien sûr. En effet, ceci me regardait et il était donc inutile de m'interroger. Enfant, lorsque je pleurais, je n'en donnais jamais les raisons et je séchais bientôt mes larmes.

J'avais réservé une voiture, mais le temps était encore long avant de m'en aller pour de bon. Mais dans cette attente, je retournais aux portes parisiennes recenser les postes occupés par les auto-stoppeurs. Il n'y en a pas beaucoup et ils se concentrent aux embranchements qui permettent de rejoindre les autoroutes. Il y a bien sûr celui de la porte d'Orléans, mais aussi de la porte d'Italie. Pour aller vers le nord, celui de la porte de la Chapelle est le plus fréquenté. Pour aller vers l'ouest, il est possible de tenter la porte d'Auteuil, mais l'environnement trop bourgeois est peu propice à cela. Enfin, pour aller vers l'est, c'est plus difficile à déterminer car l'autoroute ne commence pas de façon franche. Cependant c'est le plus souvent vers le pont d'Austerlitz que se positionnent les candidats au voyage. Ils sont rares.

J'aime ces endroits de passage et pourtant de rencontresje regarde autour de moi tous ces gens s'agiter pour tenter de ralentir le temps, quand mon temps à moi est arrêté.

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Je n'ai rien fait de tout cela
Je n'ai rien fait de tout cela










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