| Diégèse | Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam | ||||||||
| samedi 14 mars 2026 |
2026 |
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| ce
travail est commencé depuis 9570 jours
(2 x 3 x 5 x 11 x 29 jours) |
et
son auteur est en vie depuis 24023 jours
(24023 est un nombre premier) |
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| ce
qui représente 39,8368% de sa vie |
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| hier | L'atelier
du
texte |
demain |
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Je ne ferai rien de tout cela | |||||||
| J'avoue que j'ai pris, déjà, mes habitudes le matin au
café
double, jus d'orange et flan saupoudré de cannelle.
Il ne prend que
des aliments cétogènes. Certains matins je parle, essentiellement avec
le personnel de service. Mon « compagnon », comme ils
l'appellent, lui, ne parle pas, se contentant d'un hochement de tête
qui peut signifier « bonjour », tout aussi bien que
« merci », « oui » ou encore « au
revoir ».
Pouvant et sachant hocher la tête, je
peux aussi ne pas parler. Ces jours sont un peu de repos. Aura-t-il été suffisant pour que je puisse me relancer sur les routes avec vaillance ? C'est ce que je vais voir maintenant. Je ne sais pas vraiment comment tout cela est advenu. Je me souviens de ces jours entiers à vélo avec un certain malaise, constatant l'érosion de mes forces physiques, mais, aussi l'effondrement de toute volonté visant à résister à cet inconnu. Cette fois, je vais tenter d'imposer la lenteur et puis la fée « électricité » qui alimente le moteur du nouveau vélo que je me suis fait livrer ici m'aidera bien sûr à lui tenir tête. J'ai pris beaucoup d'images tout au long du chemin. Je ne sais pas encore ce que je ferai de ces photographies. Je n'ai aucune publication en tête, même sur les réseaux sociaux et d'ailleurs, cela n'aurait aucun intérêt. De lui, je n'ai pas un portrait, parfois une vague silhouette. Il m'a fait promettre de ne jamais le photographier, sous aucun prétexte. Il m'attend. Il faut que j'accélère. |
Chaque jour je respire un peu plus mal. C'est paradoxal dans un centre thermal. Le médecin m'a prescrit des analyses complètes de la formule sanguine. Ma fatigue intense rencontrera peut-être une réalité biologique. Je n'ai rien, tout va très bien. Quelque chose d'autre me fatigue et je ne vais pas chercher quoi. J'imaginerai qu'il s'agit du printemps. Nous sommes repartis vers la source de l'Indre. Mais j'ai très souvent une soif intense qui nous fait nous arrêter souvent et je bois même aux fontaines quand il est fait mention que l'eau est potable. Mais c'est rarement le cas. J'ai mal à la clavicule droite, séquelle d'un ancien accident de moto. Dans le miroir, je trouve que j'ai les yeux brillants mais je n'ai pas de fièvre. Je le regarde. Il est sportif. Il est en permanence au plus près de son corps, quand mon corps est à jamais incertain. La vérité de mon épuisement est d'être jour et nuit en sa présence et de ne pouvoir m'en détacher. Aucun médecin ne trouvera jamais de médicaments pour soigner cela. Aucune autre indication qu'un départ précipité ne pourrait me guérir. Je ne guérirai donc pas. |
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| Je n'ai pas encore
noté une des perversions qui me font attendre longtemps sur
le bord des routes : j'éprouve une fascination pour les accidents
de voiture et surtout pour les grands accidents. Je
pouvais rester très tard
porte d'Orléans tant que je n'y avais pas vu d'accident. Mais il y
en avait souvent, surtout de petits mais parfois de plus grands. Ce qui m'excite là ce n'est pas le sang, ce n'est pas la douleur et d'ailleurs, quand il y a des blessés, je me détourne et je m'enfuis. Il y a toujours beaucoup de monde pour jouer les utilités dans ces cas-là. Personne n'a besoin de moi. Ce qui m'excite, donc, c'est cette extrême proximité des tôles froissées et des corps masculins qui s'éjectent des voitures souvent prêts à se battre. Ce n'est même pas courageux, c'est atavique. Cela vient de loin. Quand les hommes s'empoignent, souvent, des femmes crient au secours et cela devient ridicule. Il y a maintenant des gens qui filment pour publier ces scènes de genre sur les réseaux sociaux, ce que je ne fais évidemment pas. Je ne partage pas ce plaisir. Je me souviens d'un homme tout petit et tout mince, aux prises avec un gaillard de deux fois et demie sa taille et qui, courageux et de façon étonnante, tenait tête à cet olibrius en lui intimant l'ordre de retrouver un peu de discernement. Je ne sais pas quelle était sa motivation, ce qu'il défendait ainsi avec autant de conviction. C'était une forme de don de soi sans retour, une abnégation, un don spirituel aux aléas de la circulation routière. Après cette scène qui ne s'était pas terminée pour lui de manière favorable, j'avais tenté, sans succès, de prendre de ses nouvelles. Quant à son adversaire, la police l'avait embarqué. sous les huées des spectateurs. |
Quand je marche la nuit, vers trois ou quatre heures du matin, la
faim se fait sentir, une faim qui me ferait engloutir volontiers quelques croissants au beurre quand les seuls croissants disponibles sont encore les croissants de la lune. Même la
possibilité de boire de l'alcool se fait rare. Les bars sont fermés et les magasins de nuit n'en vendent plus. Au fronton des bâtiments officiels le drapeau tricolore est en berne. C'est le moment précis où la nostalgie nocturne se lève sur le mystère de la vie. Il n'y a plus de récit, plus d'intrigue romanesque. Il n'y a plus que la ville qui se prépare au réveil immense de la ville. Et si je me réveille aussi, il me suffit de pousser la porte et je trouverai quelque chose à voir, car c'est le privilège des villes de ne jamais cesser le spectacle de ville. Le monde se ressemble, il est le monde. Seule la ville est différente et diverse. |
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| Je n'ai rien fait de tout cela | Je n'ai rien fait de tout cela | ||||||||
| 14 mars | |||||||||
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