| Diégèse | Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam | ||||||||
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16 mars 2026 |
2026 |
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travail est commencé depuis 9572 jours
(22 x 2393 jours) |
et
son auteur est en vie depuis 24025 jours
(52 x 312 jours) |
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qui représente 39,8418% de sa vie |
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| Page 15 | Page 16 | Je ne ferai rien de tout cela | |||||||
| Désormais, je ne sais pas si je fais encore des cauchemars ou si mes jours sont rêvés. J'étais ainsi dans une bastide très reculée, dont je voulais m'échapper. Mais, implacable, il me pourchassait et je devais me dissimuler les plis d'une tenture poussiéreuse avec laquelle je finissais par me confondre. Le
message est clair et cet homme m'angoisse, mais cela n'a pas grande importance car nous n'avons plus que quelques jours à passer ensemble. Mais il n'y a pas que l'angoisse, il y a aussi le temps qui passe doucement, la nuit à regarder les étoiles et l'endormissement à ce sourire qui me séduit tant. Faudrait-il parler encore de cette forme d'illusion addictive qui me lie à ce futur fantôme ? C'est évidemment une fausse question. |
Je perçois mieux ce que je n'avais pas envie de voir en lui. Il
s'agit de la violence, qui l'imbibe entièrement et jusque dans son
sourire même. Si je devais enquêter sur un crime inavoué, irrésolu, il
serait mon suspect favori. Ce n'est pas qu'il soit violent physiquement. Cela me réveillerait et je partirais sur le champ. Il n'a jamais aucun geste brutal, même envers des objets, même quand le pneu de sa bicyclette a crevé plusieurs fois en cinq kilomètres. Non, il n'y a rien de tout cela. Mais il met en place avec les gens, que ce soit avec ceux croisés au hasard et surtout avec moi, une relation émotionnelle qui fleure la manipulation. Je ne sais pas encore bien expliquer les modalités de sa manipulation et par instinct, je ne cherche pas à entrer davantage dans cette analyse psychologique. J'ai seulement hâte désormais que ce voyage se termine. Nous avons dîné ce soir dans un de ces hôtels-restaurants en voie de disparition. La salle est vieille et lambrissée. La dernière rénovation date sans doute des années 1970 et ce qui paraissait le comble de la modernité paraît aujourd'hui délicieusement désuet. La tension est peu à peu montée au cours du repas et j'ai eu une crise comme celles que j'ai depuis l'adolescence. J'aurais bien réservé une chambre dans ce petit hôtel. Il devait bien en avoir une de libre et cela aurait été commode pour m'allonger un peu. Mais je craignais qu'il ne me suive. Pour la première fois, j'ai eu peur. La crise est passée. C'est le soir. Nous allons dormir au bout du chemin qui conduit à la rivière. Nous avons dépassé Châteauroux et pris la route de Varennes. C'est la nuit, nous avançons dans les ténèbres. J'avais pensé qu'il m'accompagnerait, mais c'est moi qui l'accompagne. |
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| J'adorais ces escapades dans Paris sans autre but que d'aller jusqu'à la porte d'Orléans puis d'en revenir en suivant consciencieusement le soir le long du fleuve, un peu le nez au vent. J'imaginais parfois distinguer une étoile filante, mais ce n'était qu'un mirage satellitaire. Toutes les villes ne se ressemblent pas, mais toutes sont le lieu magnifique de l'amour apaisé, le signe tangible de la possibilité de l'amour et c'est une grande différence avec ce qui n'est pas la ville. Marcher dans Paris, c'est se donner toujours la possibilité, sinon l'espoir, de retrouver l'être aimé ou de trouver un être à aimer. C'est évidemment faux et les ponts de Paris se souviennent tous de désespoirs terribles. Mais moi, je n'y pensais pas. J'avais même fini par trouver un restaurant où acheter de mauvais sandwichs. C'était un bouiboui sans grand intérêt et même pas folklorique. Mais après l'achat, le moment passé ensuite à grignoter sur un banc ou sous un porche était agréable. |
Je ne cherchais pas à trouver la réponse aux troubles réitérés de mon existence. Ce n'est pas que je manquais de temps. J'avais du temps,
n'ayant pas l'obligation de travailler pour vivre matériellement. Je ne
cherchais pas non plus à me cultiver, ni à vivre spirituellement,
c'est-à-dire à me cultiver pour m'élever. Cela m'était égal. Non, je
cherchais surtout à arriver au bon moment et dans ce bon moment, à cet exact moment, prendre la bonne décision, celle qui augmenterait le récit de ma vie. En fait, je ne me pardonnais pas l'échec cuisant de l'aire d'autoroute. Il était facile de m'arrêter et tout indiquait que c'était un de ces bons moments pour infléchir sa vie. J'aurais pu, par exemple, vérifier l'exacte fraîcheur sur la peau de cet homme au profil ciselé puis commencer un nouveau récit. j'ai accéléré et c'est alors que j'ai failli. Je l'ai su instantanément. Je n'ai d'ailleurs pas regardé dans le rétroviseur, en tout cas pas vraiment, car je savais que la scène pouvait disparaître. Depuis, dans cette grande ville aimée, j'explore encore ma solitude. Je croise au milieu de la nuit une jeunesse bigarrée, désœuvrée, potentiellement agressive à ce que l'on en dit, mais je n'ai jamais vérifié. Je fais avec elle l'expérience renouvelée de la transparence et de l'effacement. Il ne s'agit pas d'un signe des temps, mais un signal de mon temps, qui est un temps passé de temps en temps confronté au présent. |
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| Je n'ai rien fait de tout cela | Je n'ai rien fait de tout cela | ||||||||
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