| Diégèse | Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam | ||||||||
| mercredi
18 mars 2026 |
2026 |
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| ce
travail est commencé depuis 9574 jours
(2 x 4787 jours) |
et
son auteur est en vie depuis 24027 jours
(3 x 8009 jours) |
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| ce
qui représente 39,8468% de sa vie |
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| hier | L'atelier
du
texte |
demain |
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Je ne ferai rien de tout cela | |||||||
| Nous
n'échangeons que peu de mots et n'avons en quelque sorte qu'une seule
conversation, dont le sujet est de n'en avoir aucun. Les sujets de
conversations que nous pourrions tenir semblent comme interdits et nous
n'abordons jamais les circonstances de notre rencontre, ce trajet
incertain supposé nous conduire aux sources de l'Indre, ces bivouacs
précaires entrecoupés d'hôtels confortables dont le coût n'est pas
raisonnable. Nous y prenons toujours deux chambres. Nos routes auraient pu se séparer aujourd'hui, à cause d'un front trop fiévreux, des rougeurs sur le visage et tous les symptômes d'une intoxication alimentaire dont les productions ont trouvé refuge dans le fouillis des herbes. Impossible cependant de continuer à faire de la bicyclette tout le jour dans ces conditions, même si l'embarras est insignifiant. Mais il a déclaré que c'était sans importance et que demain il n'y paraîtrait plus. Je voulais bien le croire, soignant généralement ce type d'affection par l'oubli de leur existence. Je prends le parti de me méfier de cet individu. Je soupçonne qu'il est menteur et que son habileté de menteur dépasse l'entendement. Je me demande ce qui compte pour lui, qui compte pour lui. Rien ni personne, peut-être. Je cherche des signes d'attachement, ne serait-ce que pour ce sac à dos qu'il traînait déjà sur cette aire d'autoroute et qui ressemble à une boîte à malice de laquelle il sort toujours de nouveaux effets. J'essaye de me souvenir si j'ai déjà vu ce foulard ou cette casquette, mais c'est toujours sans certitude. Je suis attentif, mais comme je suis attentif, je ne remarque rien. Peut-être, après tout, était-ce un empoisonnement volontaire... |
Nous sommes arrivés à La Châtre, qui est une sous-préfecture du département de l'Indre et qui a, par voie de conséquence sans doute, un air bourgeois et compassé. Ce soir, je l'ai décidé, je vais lui dire qu'il faut rentrer prochainement et que l'on se dira des adieux sans tendresse, sans amour et même sans sourire. Le ressentiment est grand désormais entre nous et je regrette que le contrat que nous avons conclu ne comporte pas de clause de rupture. Mais peut-on rompre sans avoir jamais été ensemble. Voilà un débat qui pourra occuper plusieurs des soirées qui nous restent. Je lui en veux, comme s'il n'avait pas tenu sa parole. Mais il n'avait rien promis, comme je n'avais non plus rien promis. Hier matin, pour la deuxième fois j'ai ressenti comme un vertige, que j'ai attribué à cette animosité qui peu à peu s'installe entre nous. |
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| Depuis que je ne l'avais pas rencontré - cette phrase est bien étrange - je
ne savais plus que
faire pour le
reste de mon temps. Il me semblait que je faisais en permanence semblant de jouer la vie et que je flottais entre fiction
et réalité sans autre ambition que d'aller tout droit dans ce Paris qui s'offre sans fin à toutes les errances. Je m'étais aussi donné l'objectif de penser le
printemps
et de réfléchir à l'usage que je pourrais faire de ce printemps-là,
dans cette absence. Il s'agit de la saison des sentiments et du plaisir
mais, me concernant, la
question
des sentiments ou du plaisir me semblait une question d'un autre ordre, qui demandait un peu d'amour. J'étais dans le décor naturel mais factice d'un film à grand spectacle et je jouais en permanence une scène qui allait être coupée au montage. Je pouvais certes changer cela, changer d'autoroute, partir vers l'Orient jusqu'à la fermeture des frontières. Mais je savais bien que je n'en ferais rien. J'allais retourner sur cette aire maudite et priant d'y trouver l'oubli de lui. J'aurais alors une pensée pour tous ces jours désespérément amourachés. Il y avait tant de douleur. |
Ce voyage dans Paris même s'il s'agissait d'un mouvement plus que d'un voyage me donnait un sentiment de grande liberté. Mais c'était grâce à la solitude. C'est incroyable la façon dont les autres ont l'infinie capacité de ne jamais être libres. J'ai souvent entendu des couples dire qu'ils étaient très libres l'un avec l'autre mais il me semble avoir décelé un écart
souvent considérable entre cette assertion et leur pratique. Ces promenades nocturnes m'apprenaient surtout que le monde continue sans nous, sans moi et que la continuation du monde, et non cette continuité, était une des caractéristiques principales du monde. Philosophiquement et même métaphysiquement, c'est un abîme abordé par tous les penseurs. Si je suis, le monde existe mais le monde existe aussi si je ne suis plus, mais je n'en ai aucune certitude. Et puis le monde dans sa continuité, cela ne suffit pas à faire un récit alors que toute vie peut être le support d'un roman, roman d'amour ou roman noir, roman à l'eau de rose ou roman de gare, drame romanesque ou comédie. Mais moi, ma vie à moi, ne peut pas être le support d'un récit, même d'une petite nouvelle. Ce serait un projet impossible que d'écrire que je me languissais depuis des semaines d'un homme que je n'avais pas pris en autostop sur une aire de l'autoroute du Sud. Je marchais dans Paris et le fleuve n'était pas modifié par le temps. Rien ne ressemble plus à un pays imaginaire que Paris quand la lune souple regarde la ville avec une tendresse incroyable. |
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| Je n'ai rien fait de tout cela | Je n'ai rien fait de tout cela | ||||||||
| 18 mars | |||||||||
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