Diégèse
Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam
jeudi 19 mars 2026





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Je ne ferai rien de tout cela
Nous sommes arrivés à La Châtre, qui est une sous-préfecture du département de l'Indre et qui a, par voie de conséquence sans doute, un air bourgeois et compassé.

Ce soir, je l'ai décidé, je vais lui dire qu'il faut rentrer prochainement et que l'on se dira des adieux sans tendresse, sans amour et même sans sourire. Le ressentiment est grand désormais entre nous et je regrette que le contrat que nous avons conclu ne comporte pas de clause de rupture.

Mais peut-on rompre sans avoir jamais été ensemble. Voilà un débat qui pourra occuper plusieurs des soirées qui nous restent.

Je lui en veux, comme s'il n'avait pas tenu sa parole. Mais il n'avait rien promis, comme je n'avais non plus rien promis.

Hier matin, pour la deuxième fois j'ai ressenti comme un vertige, que j'ai attribué à cette animosité qui peu à peu s'installe entre nous.

Il pleut comme il a déjà plu et j'ai refusé d'aller plus loin. Nous avons trouvé un hôtel de refuge et nous sommes restés assis sur le canapé du salon tout le jour. Le temps de pluie, c'est souvent le temps déçu quand on voyage à bicyclette, le temps de la déception. Il faudrait pouvoir se rappeler précisément les jours de pluie, les accalmies et les averses fortes et subites, les éclaboussures amenées par les jeux des enfants, le passage des automobiles. Et puis il y a toujours une de ces flaques qui ne veut pas en rester à sa condition de flaque, qui se voudrait un lac et qui dissimule parfois une crevasse redoutable. Les jours de pluie sont un condensé de nos vies humaines.

Il m'a demandé si j'avais décidé de ne plus jamais rien dire, si mon silence était définitif. J'ai répondu par des larmes. Je ne voulais rien savoir de plus.

J'ai de nouveaux symptômes qui m'inquiètent encore davantage. Je devrais consulter.
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Ce voyage dans Paris même s'il s'agissait d'un mouvement plus que d'un voyage me donnait un sentiment de grande liberté. Mais c'était grâce à la solitude. C'est incroyable la façon dont les autres ont l'infinie capacité de ne jamais être libres. J'ai souvent entendu des couples dire qu'ils étaient très libres l'un avec l'autre mais il me semble avoir décelé un écart souvent considérable entre cette assertion et leur pratique.

Ces promenades nocturnes m'apprenaient surtout que le monde continue sans nous, sans moi et que la continuation du monde, et non cette continuité, était une des caractéristiques principales du monde. Philosophiquement et même métaphysiquement, c'est un abîme abordé par tous les penseurs. Si je suis, le monde existe mais le monde existe aussi si je ne suis plus, mais je n'en ai aucune certitude.

Et puis le monde dans sa continuité, cela ne suffit pas à faire un récit alors que toute vie peut être le support d'un roman, roman d'amour ou roman noir, roman à l'eau de rose ou roman de gare, drame romanesque ou comédie.

Mais moi, ma vie à moi, ne peut pas être le support d'un récit, même d'une petite nouvelle. Ce serait un projet impossible que d'écrire que je me languissais depuis des semaines d'un homme que je n'avais pas pris en autostop sur une aire de l'autoroute du Sud.

Je marchais dans Paris et le fleuve n'était pas modifié par le temps. Rien ne ressemble plus à un pays imaginaire que Paris quand la lune souple regarde la ville avec une tendresse incroyable.

Cette semaine-là, j'avais décidé d'inverser mes promenades et de partir le matin d'un hôtel dont les fenêtres donnent sur le boulevard périphérique. J'en avais choisi un au hasard, je ne sais plus très bien où, entre la porte d'Orléans et la porte d'Italie et j'ai fait ensuite le tour de Paris en marchant, beaucoup, mais aussi en empruntant le tramway. C'était en fait moins différent de ce que je l'avais imaginé. Il est vrai que ce qui semble le plus semblable au soleil, c'est la lune et le plus semblable à la lune, c'est le soleil.

J'étais certain que je ne rencontrerais personne ou bien seulement un pauvre pestant à raison sur le sort injuste que lui faisait la ville moderne. On ne pense jamais que la vie des pauvres de la campagne est bien différente. Le système d'entraide est moins anonyme.

J'avais décidé, la nuit, de recenser les lieux de rencontres. Je ne parle pas des lieux de la prostitution. Ils sont connus, mais plutôt les taillis, les bosquets, parfois en plein Paris où se tractent des rencontres de quelques minutes. Un regard échangé et le lien subliminal est noué. Il y en a même un à Montmartre, tout en haut, près de la basilique meringuée.

D'ordinaire tout cela se passe tranquillement. Bien sûr, cela n'exclut pas quelques coups, parfois, pour contraindre gentiment l'autre à se laisser faire, autre qui le plus souvent est venu pour rencontrer cette contrainte. Chaque buisson, en effet, a ses spécialités. Auparavant, les lieux pour rencontrer des femmes étaient tarifés et rares étaient ceux où les prestations masculines l'étaient. Ce n'est plus vrai aujourd'hui. Cela dépend où l'on va. Je pourrais faire un site internet géolocalisant les pratiques sexuelles les plus diverses en précisant le tarif, mais je ne le ferai pas. C'est presque trop facile.
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Je n'ai rien fait de tout cela
Je n'ai rien fait de tout cela










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