Diégèse
Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam
samedi 21 mars 2026





2026
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Je ne ferai rien de tout cela
Je sens que c'est le printemps. Ce n'est pas vraiment la date, mais je le sens car en cette période ma conscience se fait toujours plus aiguë. Je détecte avec plus d'acuité le mensonge et je sais quand quelqu'un est hypocrite. Je sais donc encore mieux que je voyage avec un menteur hypocrite, dont je ne parviens cependant pas à me dégager.

En tout cas, je l'ai placé sous surveillance. Je suis en permanence en alerte et quand il me propose quelque chose à boire ou à manger, je n'accepte qu'avec réticence. C'est stupide car, que j'accepte volontiers ou avec réticence, si c'est empoisonné, cela aura le même effet.

Je vois plus clairement maintenant l'engrenage qui s'est mis en marche pour en arriver là. Il s'agit de l'alliance subtile du fantasme, du désir et de la frustration. La difficulté est bien sûr que l'on écarte difficilement le fantasme, que le désir n'est pas volontaire et que la frustration est le ciment des deux premiers items.

J'ai voulu hier soir chasser cet homme et nous avons eu une conversation. Je la garde douloureusement en moi. Il y a des conversations qu'il faut éliminer comme on élimine l'alcool. Elles reviennent dans le sang, longtemps après les silences, leurs mots tapent dans la tête. Les joues en feu, je lui ai fait part de cette frustration première, mais il m'a répondu que si ce n'était que cela, nous pouvions très bien nous engager aussi dans des relations charnelles dont je serais libre de définir la forme et l'intensité. Or, c'est impossible, car cela m'enlèverait la plus grande part de l'explication du malaise que cet homme provoque en moi. La frustration demeurerait. Il y a peu de doute à cela.

Depuis, non seulement, il n'y a aucune évolution dans notre relation, mais je dors avec une chaise qui bloque la porte de la chambre et je refuse de bivouaquer au bord de la rivière.

Il a fait irruption dans ma chambre en plein désarroi, comme pris de malaise. Il était mystérieusement emmitouflé dans une écharpe, comme s'il ne voulait pas que je le reconnusse, ce qui était évidemment paradoxal. J'avais du mal à croire mes oreilles en entendant sa fable. En d'autres circonstances, j'aurais trouvé amusant son air de Zazou. Mais, j'étais dans le sommeil de la nuit. Il devait prendre un train, le premier du matin pour, a-t-il affirmé, aller à un mariage auquel il avait promis d'assister.

J'ai pensé que cette histoire de mariage, qui n'expliquait pas l'écharpe, était saugrenue et qu'on avait plutôt découvert qu'il était le tueur en série que je le soupçonne d'être. Il m'a promis de revenir dans quatre jours exactement et m'a montré sur une vieille carte routière le point exact où je devrai l'attendre. C'est à quelques kilomètres d'ici, où je vais donc rester ces quelques jours.

Je sais que demain, ce sera le marché puis je marcherai dans cette plaine parsemée de clochers qui rythment le paysage. J'avancerai au lointain. Je sais que je vais l'attendre.
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J'avais un temps inventé un de ces jeux que j'affectionne. Il s'agissait d'essayer le plus grand nombre de stations de métro possibles et ce, sans jamais utiliser les escalators électriques ni les ascenseurs, de compter les marches. Certaines stations, notamment celles près de chez moi porte des Lilas, sont particulièrement fournies en escaliers. À mesure que je montais et descendais les escaliers du métro, non seulement je faisais du sport, mais je me racontais de nouvelles histoires qui trompaient la grande solitude.

J'ai donc appris au cours de ces périples un peu idiots que la station Abbesses plonge à 36 mètres sous terre et que son escalier en colimaçon a près de 200 marches. Quant aux correspondances, on connaît bien sûr celles, interminables, de Châtelet et de Montparnasse. En fait à Paris, prendre le métro est souvent un exercice sportif, sauf pour les personnes à mobilité réduite qui ne peuvent prendre que la ligne 14 et la ligne 4, en partie.

Quand je sortais du métro, les immeubles en pierre de taille des constructions Haussmann ne me semblaient pas la réalité, mais plutôt un décor de cinéma posé là pour tourner des scènes de meurtre de feuilletons télévisés inspirés de faits divers sombres. Ce moment brusque de la sortie à l'air libre était aussi celui où le réel semblait vouloir tuer l'espoir. Le métro est en quelque sorte la métaphore sombre de la vie. On chemine dans les méandres de la conscience, on accède parfois à la réalité, mais elle se transforme immédiatement en fiction.

Je vais bientôt retourner sur l'autoroute du Sud. Je devais louer une voiture, c'est désormais chose faite. Je sais pertinemment qu'il ne sera pas sur l'aire d'autoroute où j'aurais mu m'arrêter pour l'emmener avec moi. Je fais tout cela en connaissance de cause. J'y vais d'ailleurs sans idée de rencontre mais ce départ est comme une injonction. Ma biographie me semblerait incomplète et même complètement ratée si je ne le faisais pas.

Je ne voulais pas rester entre le jour et la nuit, entre ce sommeil et ce sommeil et je voulais vivre aussi, comme je pensais que les gens vivaient. Je devais tenter une autre voie pour tenter de rejoindre la réalité. Le réel relève de la magie, toujours. C'est une croyance et cette croyance s'adresse toujours à l'autre, malgré tout et malgré lui. C'est pour cette croyance que l'autre est non seulement dans le réel mais qu'il est le réel pour quoi nous prenons tous les risques. Mais, pas toujours. Il y a des exceptions et c'étaient ces exceptions que je cherchais par mes pratiques déambulatoires et ésotériques.

Je ne me décidais pas à prendre l'autoroute du sud. J'avais en effet découvert d'autres sites et je passais par exemple de longs moments au bord du lac du bois de Boulogne, pas très loin de l'embarcadère du chalet des îles. Je regardais les bourgeons en méditant sur l'absence de l'amour.
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Je n'ai rien fait de tout cela
Je n'ai rien fait de tout cela










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