| Diégèse | Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam | ||||||||
| lundi
23 mars 2026 |
2026 |
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| ce
travail est commencé depuis 9579 jours
(3 x 31 x 103 jours) |
et
son auteur est en vie depuis 24032 jours
(25 x 751 jours) |
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qui représente 39,8594% de sa vie |
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| hier | L'atelier
du
texte |
demain |
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Je ne ferai rien de tout cela | |||||||
| Des pluies implacables sont annoncées et je laisse ma journée à l'improvisation. Ce sera un musée qui m'accueillera. Je ne connais pas meilleur endroit pour se protéger de la pluie. Il y a bien le cinéma, mais, sauf à enchaîner les séances, le cinéma ne vaut que pour l'averse ponctuelle. Et puis, je suis toujours mal à l'aise
au cinéma, comme si la fiction qui est projetée sur l'écran allait
s'infiltrer dans ma réalité. J'y mets donc rarement les pieds. J'entends à la radio que l'énigme du braqueur en fuite pourrait être bientôt résolue. Il aurait été repéré à la gare d'Austerlitz. C'était un braquage sanglant et il avait laissé deux morts derrière lui. La police va diffuser des portraits-robots. Je me prends à penser que mon compagnon de voyage est peut-être ce braqueur sans scrupule et qu'il s'était engagé dans cette promenade cycliste comme pour s'isoler davantage. Je n'ai pourtant décelé aucun avertissement, même s'il est vrai que ces derniers jours je ne me sentais pas tranquille. Cela expliquerait beaucoup de choses et tout d'abord ses moyens financiers qui semblaient sans limites et sa générosité à mon égard que j'attribuais à de bonnes intentions. La promenade cycliste est un bon camouflage. On contrôle rarement les vélos, surtout sur les pistes cyclables et si j'étais en fuite j'utiliserais une de ces pistes qui sillonnent l'Europe. Cela pourrait paraître paradoxal mais j'espère que c'est bien lui que l'on recherche et encore plus paradoxal qu'il revienne cheminer avec moi, même s'il lui sera difficile voire impossible de reprendre un train gare d'Austerlitz. |
Je ne fais rien ou presque de ces jours sinon aller parcourir des collines et des collines
encore. Il a plu, puis une gelée tardive sur les premiers bourgeons a gâché la fête du printemps. Je devrais rentrer à Paris, me résoudre à son départ, à son absence définitive, mais je n'ai pas vraiment envie de rentrer, je ne peux pas rentrer sans que cela finisse, sans un dénouement. Je me rends compte qu'au fil du temps j'avais cru cette histoire possible et j'étais docile par cette possibilité, même quand, selon les circonstances, je me mettais en colère. Alors, ce que je vais jouer là, par la suite, ce n'est rien d'autre que la possibilité d'aimer. Je ne lis pas les journaux, je n'écoute plus la radio, mais je m'attends à voir son visage placardé à la devanture des marchands de journaux. Je n'ai bien sûr aucune nouvelle de lui. La traque policière doit se poursuivre. Son vélo est toujours là où il l'a laissé et je suis dans la peine. Si je parviens à rentrer, j'écrirai cette histoire et je repartirai sans doute sur l'autoroute du Sud pour retrouver l'émoi de notre rencontre lumineuse. |
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| C'était décidé, j'allais d'abord rejoindre la mer avant de reprendre l'autoroute vers le Nord pour tenter de retrouver l'aire fatidique. Ma première étape
serait donc Marseille. L'autoroute y arrive presque en centre-ville.
Mais je ne devais pas rester à Marseille même et rejoindre au plus tôt
le port de la Vesse pour me perdre un jour de grand vent en rejoignant
la Croix de Vesse et son panorama incroyable sur la baie. Et puis je
voulais voir des fleurs sauvages et traverser encore les herbes couchées par le
soleil, me forger des souvenirs de printemps méditerranéens. Les arbres de Judée devaient encore être en fleurs, mais s'agissant des amandiers, rien n'était
moins sûr. Ils sont les plus précoces et les plus volatiles. Au moins dans un premier temps, je dormirais dans un hôtel marseillais et je me promènerais le jour et la nuit. Marseille est la rare ville que je connaisse où il y a des lumières la nuit qui n'éclairent rien, nul chemin, nulle issue, nulle échappatoire. La vie se tapit derrière le silence clos de toutes les portes. J'allais donc me tenir là-bas dans cette inhospitalité première. Je ne savais pas encore combien de temps je voulais y demeurer. Quelques jours ou quelques semaines, cela ne faisait pas de différence. Mais il fallait que je remonte quand il ne pleuvrait pas. Quand il pleut les autostoppeurs démarchent les automobilistes dans les cafétérias. Ce n'était pas du tout cela qui était écrit dans mon scénario. |
Le conseiller
de l'agence de locations de voiture m'appelait alors presque chaque
jour pour me demander quand je viendrais chercher le modèle premium que
j'avais réservé. Je lui répondais à chaque fois en inventant une
nouvelle excuse pour retarder mon départ. C'était un petit rhume qui en était la cause ou bien la fatigue intense de parcourir Paris dès les premiers instants de l'aube pour rejoindre ce talus de la porte d'Orléans. Mais cela je ne lui racontais pas. Peu à peu le motif de cette planque avait fini par s'estomper. Qu'est-ce qui m'animait maintenant ? C'est difficile d'examiner cette question. Je cherchais en apparence, mais en apparence seulement, un jeune homme séduisant qui fût pour moi comme une promesse. Peu en importait le style, pourvu qu'il me relevât doucement de toutes les peurs de la vie. C'était encore un temps où souvent je marchais trop près de l'eau quand je rentrais le soir. |
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| Je n'ai rien fait de tout cela | Je n'ai rien fait de tout cela | ||||||||
| 23 mars | |||||||||
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