| Diégèse | Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam | ||||||||
| mardi
24 mars 2026 |
2026 |
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| ce
travail est commencé depuis 9580 jours
(22 x 5 x 479 jours) |
et
son auteur est en vie depuis 24033 jours
(3 x 8011 jours) |
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| ce
qui représente 39,8619% de sa vie |
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| hier | L'atelier
du
texte |
demain |
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Je ne ferai rien de tout cela | |||||||
| Je ne fais rien ou presque de ces jours sinon aller parcourir des collines et des collines
encore. Il a plu, puis une gelée tardive sur les premiers bourgeons a gâché la fête du printemps. Je devrais rentrer à Paris, me résoudre à son départ, à son absence définitive, mais je n'ai pas vraiment envie de rentrer, je ne peux pas rentrer sans que cela finisse, sans un dénouement. Je me rends compte qu'au fil du temps j'avais cru cette histoire possible et j'étais docile par cette possibilité, même quand, selon les circonstances, je me mettais en colère. Alors, ce que je vais jouer là, par la suite, ce n'est rien d'autre que la possibilité d'aimer. Je ne lis pas les journaux, je n'écoute plus la radio, mais je m'attends à voir son visage placardé à la devanture des marchands de journaux. Je n'ai bien sûr aucune nouvelle de lui. La traque policière doit se poursuivre. Son vélo est toujours là où il l'a laissé et je suis dans la peine. Si je parviens à rentrer, j'écrirai cette histoire et je repartirai sans doute sur l'autoroute du Sud pour retrouver l'émoi de notre rencontre lumineuse. |
Je
ne sais pas comment en son absence je peux me souvenir de lui. Il ne s'agirait pas d'une rémanence, il ne s'agirait pas d'une image. Ce serait une sculpture, ce serait comme se rappeler une sculpture et ce profil anguleux si singulier.
Mais peut-être n'est-il pour moi singulier parce que je ne voyais que
lui pendant les premiers kilomètres de notre virée. Depuis, je l'ai vu
autrement et pourtant, c'est encore ce profil en trois dimensions qui demeure imprimé en moi. Il s'agit peut-être d'une légère composante de l'amour, comme si pour un plat que l'on voudrait préparer, tout manque dans la cuisine sauf l'assaisonnement. Je crois qu'il va revenir me surprendre ou m'inquiéter et je pense même que cela va mal se passer. Je reprends le trajet que nous avions plus ou moins tracé. D'ailleurs je me moque bien de savoir si je vais dans la bonne direction. Il n'y a pas de bonne direction pour ce voyage. Parfois, je vais dans les gares, juste pour assister à des retrouvailles. Je regarde la scène avec émotion. Il y a des retrouvailles à l'arrivée de tous les trains de toutes les gares. Ce soir, un journal signale que le braqueur sanglant a été arrêté et qu'il est blessé après une fusillade avec la police. Il ne serait pas mort mais son pronostic vital est engagé. Mais ce journal et pas davantage les autres journaux du jour ne montrent le visage du bandit. Ce sera peut-être demain. Il me faudra faire attention. J'ai froid. Il doit s'agir du temps qu'il fait. |
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| Le conseiller
de l'agence de locations de voiture m'appelait alors presque chaque
jour pour me demander quand je viendrais chercher le modèle premium que
j'avais réservé. Je lui répondais à chaque fois en inventant une
nouvelle excuse pour retarder mon départ. C'était un petit rhume qui en était la cause ou bien la fatigue intense de parcourir Paris dès les premiers instants de l'aube pour rejoindre ce talus de la porte d'Orléans. Mais cela je ne lui racontais pas. Peu à peu le motif de cette planque avait fini par s'estomper. Qu'est-ce qui m'animait maintenant ? C'est difficile d'examiner cette question. Je cherchais en apparence, mais en apparence seulement, un jeune homme séduisant qui fût pour moi comme une promesse. Peu en importait le style, pourvu qu'il me relevât doucement de toutes les peurs de la vie. C'était encore un temps où souvent je marchais trop près de l'eau quand je rentrais le soir. |
La plupart des gens respectent trop
les usages, mais c'est parfois au prix de risques insensés
pour leur santé mentale. On ne dit pas assez que la quête de la
normalité à tout prix provoque dans la société des ravages terribles.
Mais à moi, mes angoisses me font faire souvent des choses qui paraissent étranges et cela donne plus de poésie à ma vie. Je vais mieux. Chez les surréalistes, on mesure souvent la poésie à la magie. C'est ce qui, dans l'adolescence, avait enthousiasmé ma lecture de Nadja de Breton. Paul, quand je le croisais encore, voulait me faire raconter mes nuits. Je lui expliquais alors qu'elles étaient un temps dans un temps, un lieu dans un lieu, et que dans ce temps et dans ce lieu je cessais d'évoquer la solitude. Ce jeune homme qui n'était pas monté dans la voiture, je connaissais pourtant tout de lui, jusqu'à la tessiture même de sa voix et ce tatouage subtil sur la main gauche. Je connaissais son visage visiblement troublé par notre rencontre. Avec le recul, je pense que j'imaginais que je le connaissais depuis toujours et je le connaissais depuis toujours. Le loueur de voitures continuait d'appeler de temps en temps. |
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| Je n'ai rien fait de tout cela | Je n'ai rien fait de tout cela | ||||||||
| 24 mars | |||||||||
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