| Diégèse | Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam | ||||||||
| mercredi
25 mars 2026 |
2026 |
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| ce
travail est commencé depuis 9581 jours
(11 x 13 x 67 jours) |
et
son auteur est en vie depuis 24034 jours
(2 x 61 x 197 jours) |
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| ce
qui représente 39,8644% de sa vie |
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| hier | L'atelier
du
texte |
demain |
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Je ne ferai rien de tout cela | |||||||
| Je
ne sais pas comment en son absence je peux me souvenir de lui. Il ne s'agirait pas d'une rémanence, il ne s'agirait pas d'une image. Ce serait une sculpture, ce serait comme se rappeler une sculpture et ce profil anguleux si singulier.
Mais peut-être n'est-il pour moi singulier parce que je ne voyais que
lui pendant les premiers kilomètres de notre virée. Depuis, je l'ai vu
autrement et pourtant, c'est encore ce profil en trois dimensions qui demeure imprimé en moi. Il s'agit peut-être d'une légère composante de l'amour, comme si pour un plat que l'on voudrait préparer, tout manque dans la cuisine sauf l'assaisonnement. Je crois qu'il va revenir me surprendre ou m'inquiéter et je pense même que cela va mal se passer. Je reprends le trajet que nous avions plus ou moins tracé. D'ailleurs je me moque bien de savoir si je vais dans la bonne direction. Il n'y a pas de bonne direction pour ce voyage. Parfois, je vais dans les gares, juste pour assister à des retrouvailles. Je regarde la scène avec émotion. Il y a des retrouvailles à l'arrivée de tous les trains de toutes les gares. Ce soir, un journal signale que le braqueur sanglant a été arrêté et qu'il est blessé après une fusillade avec la police. Il ne serait pas mort mais son pronostic vital est engagé. Mais ce journal et pas davantage les autres journaux du jour ne montrent le visage du bandit. Ce sera peut-être demain. Il me faudra faire attention. J'ai froid. Il doit s'agir du temps qu'il fait. |
Je reviens chaque soir pour dormir
dans la maison louée à Saint-Priest-la-Marche. Souvent, mes pas ne me
conduisent qu'à la source de l'Indre, tout au sud de la
commune presque dans le Cher ou presque dans la Creuse, comme si les
cartographes avaient précisément choisi ce point pour planter
l'aiguille de leur compas départemental. J'ai lu hier dans je ne sais que journal que l'on avait procédé à la reconstitution de ce que les journaux ont décidé de nommer le « braquage sanglant » - les journaux aiment ainsi transformer en syntagme figé un nom suivi d'un adjectif. J'ai lu aussi que le présumé coupable était mêlé à une affaire d'enlèvement. Je me prends à imaginer que c'est peut-être moi dont il s'agit. Je m'amuse à penser que l'on va croire qu'il m'a fait subir tous les outrages, surtout les derniers - un autre syntagme habituellement figé. J'ai ainsi parfois de mauvaises petites pensées, mais c'est sans grande conviction. Je n'ai d'ailleurs jamais essayé de provoquer quelque chose entre nous pendant tous ces jours et toutes ces nuits de grande proximité. Les mêmes médias disent du bandit qu'il n'en était pas à son coup d'essai et que sa dangerosité est avérée. Et pourtant, même si le mal est bien présent dans le monde, je ne pense pas qu'il en soit un des représentants les plus avertis. J'aimerais quand même savoir enfin de qui il s'agit mais aucune photographie n'est publiée. C'est un mystère. Un quotidien régional avait bien publié un croquis de son visage avant de se rétracter et de prétendre qu'il s'agissait d'une autre image. J'avais cru le reconnaître. Je voudrais revenir au début de l'histoire. C'était encore l'hiver. |
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| La plupart des gens respectent trop
les usages, mais c'est parfois au prix de risques insensés
pour leur santé mentale. On ne dit pas assez que la quête de la
normalité à tout prix provoque dans la société des ravages terribles.
Mais à moi, mes angoisses me font faire souvent des choses qui paraissent étranges et cela donne plus de poésie à ma vie. Je vais mieux. Chez les surréalistes, on mesure souvent la poésie à la magie. C'est ce qui, dans l'adolescence, avait enthousiasmé ma lecture de Nadja de Breton. Paul, quand je le croisais encore, voulait me faire raconter mes nuits. Je lui expliquais alors qu'elles étaient un temps dans un temps, un lieu dans un lieu, et que dans ce temps et dans ce lieu je cessais d'évoquer la solitude. Ce jeune homme qui n'était pas monté dans la voiture, je connaissais pourtant tout de lui, jusqu'à la tessiture même de sa voix et ce tatouage subtil sur la main gauche. Je connaissais son visage visiblement troublé par notre rencontre. Avec le recul, je pense que j'imaginais que je le connaissais depuis toujours et je le connaissais depuis toujours. Le loueur de voitures continuait d'appeler de temps en temps. |
J'ai
décidé d'aller à Lyon par le train, d'y rester quelques jours avant de
louer enfin cette voiture pour remonter vers Paris en m'arrêtant à
chaque aire ou presque de l'autoroute du Soleil. À Lyon, je suis comme à l'étranger. Je ne reconnais rien et pourtant tout est si familier. Le Rhône et la Saône semblent placés là juste pour dessiner l'alignement d'une
route et d'une berge, une distance, un espace de respiration. Puis bien sûr, il y a la confluence de Gerland et au-delà c'est le néant de la grande vallée industrieuse. L'employé de l'agence de location de voiture était sur la défensive, allant jusqu'à prétendre que je réservais des véhicules pour ne jamais les louer, me menaçant de pénalités de je ne sais quoi. Habituellement, je déteste cela mais cette fois cela m'avait été égal. Je savais que mon aventure suivait son cours et que je louerais cette voiture de luxe quand ce serait le moment. Je me promenais sur les quais qui ces derniers temps avaient été considérablement améliorés pour la promenade. J'aimais demeurer là, guettant le passage d'un bel indifférent, restant un peu trop longtemps dans ce temps incertain de notre regard échangé, pour imaginer ses rêves. Si j'habitais Lyon, ce serait comme ça tous les jours au bord du fleuve ou bien de la rivière, entre le rêve et l'oubli. Je me souviens du banc où je t'ai donné une légère caresse sur la joue. |
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| Je n'ai rien fait de tout cela | Je n'ai rien fait de tout cela | ||||||||
| 25 mars | |||||||||
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