| Diégèse | Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam | ||||||||
| jeudi
26 mars 2026 |
2026 |
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| ce
travail est commencé depuis 9582 jours
(2 x 3 x 1597 jours) |
et
son auteur est en vie depuis 24035 jours
(5 x 11 x 19 x 23 jours) |
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| ce
qui représente 39,8669% de sa vie |
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| hier | L'atelier
du
texte |
demain |
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Je ne ferai rien de tout cela | |||||||
| Je reviens chaque soir pour dormir
dans la maison louée à Saint-Priest-la-Marche. Souvent, mes pas ne me
conduisent qu'à la source de l'Indre, tout au sud de la
commune presque dans le Cher ou presque dans la Creuse, comme si les
cartographes avaient précisément choisi ce point pour planter
l'aiguille de leur compas départemental. J'ai lu hier dans je ne sais que journal que l'on avait procédé à la reconstitution de ce que les journaux ont décidé de nommer le « braquage sanglant » - les journaux aiment ainsi transformer en syntagme figé un nom suivi d'un adjectif. J'ai lu aussi que le présumé coupable était mêlé à une affaire d'enlèvement. Je me prends à imaginer que c'est peut-être moi dont il s'agit. Je m'amuse à penser que l'on va croire qu'il m'a fait subir tous les outrages, surtout les derniers - un autre syntagme habituellement figé. J'ai ainsi parfois de mauvaises petites pensées, mais c'est sans grande conviction. Je n'ai d'ailleurs jamais essayé de provoquer quelque chose entre nous pendant tous ces jours et toutes ces nuits de grande proximité. Les mêmes médias disent du bandit qu'il n'en était pas à son coup d'essai et que sa dangerosité est avérée. Et pourtant, même si le mal est bien présent dans le monde, je ne pense pas qu'il en soit un des représentants les plus avertis. J'aimerais quand même savoir enfin de qui il s'agit mais aucune photographie n'est publiée. C'est un mystère. Un quotidien régional avait bien publié un croquis de son visage avant de se rétracter et de prétendre qu'il s'agissait d'une autre image. J'avais cru le reconnaître. Je voudrais revenir au début de l'histoire. C'était encore l'hiver. |
Les journaux annoncent qu'il est mort, qu'il a fini par mourir. Braquer violemment des banques, c'est aussi refuser de passer de la mort rapide à la mort lente. Est-ce que la société avait voulu le punir de mort ? La peine en a été abolie, mais il reste la crainte que les bandits recommencent, alors, parfois, on préfère les tuer. C'est ainsi et ce n'est pas vraiment réfléchi. Il ne faut pas tenter de comprendre, il ne s'agit pas d'une tragédie
antique. J'ai médité sur cette mort dans le calme lourd d'un cimetière, un de ces petits cimetières de village où parfois une ombre, l'été, traverse la rue ou la longe. C'est un fantôme ou bien seulement un oiseau. Il ne faut pas trop s'y attacher. Les fantômes ne sont que des manques d'amour. Un soir, tu as touché mon épaule et ce geste sur mon épaule ne disait rien d'autre que ce manque-là. Et puis tu as traversé la rue. J'aurais aimé penser à toi comme on pense à un amour retrouvé. J'aurais aimé te retrouver dans une de ces gares aujourd'hui fermées du département de l'Indre et vivre avec toi une réconciliation bleue. Cela n'arrivera donc pas. Demain, j'irai écrire et marcher, marcher puis écrire et je vais écrire que tu es vivant, puisque rien n'indique vraiment que tu sois bien mort. J'aurais voulu que tu m'aimes mais à l'évidence, tu n'y es pas parvenu et cet amour jamais advenu demeurera confondu pour toujours au récit de mon amour. |
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| J'ai
décidé d'aller à Lyon par le train, d'y rester quelques jours avant de
louer enfin cette voiture pour remonter vers Paris en m'arrêtant à
chaque aire ou presque de l'autoroute du Soleil. À Lyon, je suis comme à l'étranger. Je ne reconnais rien et pourtant tout est si familier. Le Rhône et la Saône semblent placés là juste pour dessiner l'alignement d'une
route et d'une berge, une distance, un espace de respiration. Puis bien sûr, il y a la confluence de Gerland et au-delà c'est le néant de la grande vallée industrieuse. L'employé de l'agence de location de voiture était sur la défensive, allant jusqu'à prétendre que je réservais des véhicules pour ne jamais les louer, me menaçant de pénalités de je ne sais quoi. Habituellement, je déteste cela mais cette fois cela m'avait été égal. Je savais que mon aventure suivait son cours et que je louerais cette voiture de luxe quand ce serait le moment. Je me promenais sur les quais qui ces derniers temps avaient été considérablement améliorés pour la promenade. J'aimais demeurer là, guettant le passage d'un bel indifférent, restant un peu trop longtemps dans ce temps incertain de notre regard échangé, pour imaginer ses rêves. Si j'habitais Lyon, ce serait comme ça tous les jours au bord du fleuve ou bien de la rivière, entre le rêve et l'oubli. Je me souviens du banc où je t'ai donné une légère caresse sur la joue. |
Je ne savais alors pas si j'allais ou non continuer cette fiction. C'était une fiction sans véritable auteur et j'en étais en fait que l'unique personnage. Or, un personnage
qui écrit, ça ne s'est jamais vu. Et puis cette histoire d'auto-stoppeur évanoui ne m'intéressait que modérément et je voyais bien que je me démenais pour tenter de lui donner corps, faisant semblant d'inventer ou faisant
semblant
de suivre la
piste du désir, mais dépensant des sommes folles en y passant tout mon temps. Et puis, au fil du temps, j'avais développé une forme de manque de sympathie
pour ce jeune homme qui n'était pas monté dans ma voiture pour la seule
raison que j'avais continué mon chemin et je me prenais à penser que
j'avais bien fait, que c'était sans doute un bandit de grand-chemin. Je pensais même arrêter là cette folie, ne pas louer de voiture de luxe pour remonter lentement l'autoroute du Nord mais j'ai abandonné cette idée d'abandon et décidé de persister au contraire dans cette folie. C'est alors que j'ai préféré prendre le TGV depuis Lyon vers Paris et retour dans la journée, juste pour m'asseoir un moment sur le talus de la porte d'Orléans. Je savais aussi qu'à la gare de Lyon aussi bien qu'à la Part-Dieu, je pourrais observer des scènes de retrouvailles et je les affectionne particulièrement. Il y en a tous les jours. Il s'agit de ces événements qui font que le jour est une promesse tous les jours tenue que chaque nuit trahit. |
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| Je n'ai rien fait de tout cela | Je n'ai rien fait de tout cela | ||||||||
| 26 mars | |||||||||
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