| Diégèse | Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam | ||||||||
| vendredi
27 mars 2026 |
2026 |
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travail est commencé depuis 9583 jours
(7 x 372 jours) |
et
son auteur est en vie depuis 24036 jours
(22 x 3 x 2003 jours) |
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qui représente 39,8694% de sa vie |
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du
texte |
demain |
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Je ne ferai rien de tout cela | |||||||
| Les journaux annoncent qu'il est mort, qu'il a fini par mourir. Braquer violemment des banques, c'est aussi refuser de passer de la mort rapide à la mort lente. Est-ce que la société avait voulu le punir de mort ? La peine en a été abolie, mais il reste la crainte que les bandits recommencent, alors, parfois, on préfère les tuer. C'est ainsi et ce n'est pas vraiment réfléchi. Il ne faut pas tenter de comprendre, il ne s'agit pas d'une tragédie
antique. J'ai médité sur cette mort dans le calme lourd d'un cimetière, un de ces petits cimetières de village où parfois une ombre, l'été, traverse la rue ou la longe. C'est un fantôme ou bien seulement un oiseau. Il ne faut pas trop s'y attacher. Les fantômes ne sont que des manques d'amour. Un soir, tu as touché mon épaule et ce geste sur mon épaule ne disait rien d'autre que ce manque-là. Et puis tu as traversé la rue. J'aurais aimé penser à toi comme on pense à un amour retrouvé. J'aurais aimé te retrouver dans une de ces gares aujourd'hui fermées du département de l'Indre et vivre avec toi une réconciliation bleue. Cela n'arrivera donc pas. Demain, j'irai écrire et marcher, marcher puis écrire et je vais écrire que tu es vivant, puisque rien n'indique vraiment que tu sois bien mort. J'aurais voulu que tu m'aimes mais à l'évidence, tu n'y es pas parvenu et cet amour jamais advenu demeurera confondu pour toujours au récit de mon amour. |
Il y a eu le soir, le jour, la lumière et la
nuit. Et puis je m'endors, peut-être en prononçant ton nom comme on prononce le nom d'un mort. Et puis, ça me réveille. J'ouvre les yeux, je regarde la lumière forte, qui aveugle. J'ai un peu peur. Tu es là, dans la chambre, blafard, sans douceur et tu me fais un léger salut et je sens alors la crainte mêlée à l'angoisse, mélange détonnant se substituant dès lors au désir. Depuis que tu es un fantôme, tu me rends visite ainsi parfois la nuit, déjouant les portes barricadées de la maison. Je ne peux pas dire que je m'habitue. Je sais pourquoi tu reviens ainsi. Ton secret est maintenant beaucoup plus lourd mais je ne vais pas le commenter ici. Puis tu me dis que l'on ne modifie pas le voyage qu'il reste à faire. Ce qui se passe avant ce voyage que nous faisons ensemble est perdu dans le temps, sans aucun espoir qu'on puisse le retrouver. Je me dis que c'est incohérent avec ces absences et ces retours qui écrasent le temps et qui le compriment. Puisque nous sommes arrivés au bout du trajet, je propose que nous retournions ensemble dans une voiture de luxe jusqu'à l'aire d'autoroute qui a produit notre rencontre. |
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| Je ne savais alors pas si j'allais ou non continuer cette fiction. C'était une fiction sans véritable auteur et j'en étais en fait que l'unique personnage. Or, un personnage
qui écrit, ça ne s'est jamais vu. Et puis cette histoire d'auto-stoppeur évanoui ne m'intéressait que modérément et je voyais bien que je me démenais pour tenter de lui donner corps, faisant semblant d'inventer ou faisant
semblant
de suivre la
piste du désir, mais dépensant des sommes folles en y passant tout mon temps. Et puis, au fil du temps, j'avais développé une forme de manque de sympathie
pour ce jeune homme qui n'était pas monté dans ma voiture pour la seule
raison que j'avais continué mon chemin et je me prenais à penser que
j'avais bien fait, que c'était sans doute un bandit de grand-chemin. Je pensais même arrêter là cette folie, ne pas louer de voiture de luxe pour remonter lentement l'autoroute du Nord mais j'ai abandonné cette idée d'abandon et décidé de persister au contraire dans cette folie. C'est alors que j'ai préféré prendre le TGV depuis Lyon vers Paris et retour dans la journée, juste pour m'asseoir un moment sur le talus de la porte d'Orléans. Je savais aussi qu'à la gare de Lyon aussi bien qu'à la Part-Dieu, je pourrais observer des scènes de retrouvailles et je les affectionne particulièrement. Il y en a tous les jours. Il s'agit de ces événements qui font que le jour est une promesse tous les jours tenue que chaque nuit trahit. |
Chaque année je remarque que le
printemps modifie le temps comme la poésie peut aussi le modifier. Et le printemps voyage et fait voyager. Il y a quelques années, je m'étais mis en tête d'aller en Italie avec une rencontre de passage pour lui proposer d'expérimenter l'amour. L'Italie devenait ainsi le lieu de cette tentative, car n'importe quel endroit en Italie, même une aire d'autoroute, est propice à l'expérimentation de l'amour. Mais on m'avait fait rapidement savoir que ce n'était pas la peine d'insister. Je n'ai cependant de tout cela qu'un souvenir très vague. D'ailleurs, que sais-je aujourd'hui de son nom ? Cela faisait plusieurs jours que le temps se faisait beaucoup plus lourd. Il ne me restait que quelques jours avant de devoir retrouver à Paris des obligations légères mais vivrières. Que faire lorsqu'il ne reste que quelques jours ? Il n'y a rien de plus délétère que les délais que l'on n'a pas choisis. Combien de fois allais-je pouvoir remonter l'autoroute du Soleil dans une voiture de luxe pendant ce temps compté ? Je commençais à me demander si je devais chercher dans le dictionnaire la définition de la folie. |
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| Je n'ai rien fait de tout cela | Je n'ai rien fait de tout cela | ||||||||
| 27 mars | |||||||||
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