Diégèse
Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam
dimanche 29 mars 2026





2026
ce travail est commencé depuis 9585 jours (33 x 5 x 71 jours)

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ce qui représente 39,8744% de sa vie

trois mille quatre cent trente-quatre semaines de vie
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Je ne ferai rien de tout cela
Les genêts sont sans couleur dans la nuit. Je le sais et pourtant je sors de la chambre pour le vérifier. Mais il y a d'autres couleurs.

Il faut rentrer maintenant. Nous irons d'abord à bicyclette dans le froid. C'est un moment particulier. Je lirai dans le passé, parfois dans l'avenir aussi. Que dire de tous ces jours ? On ne peut pas vraiment penser qu'il s'agit d'un film. Il ne s'est rien passé. Il se passe toujours quelque chose dans un film, même quand il est supposé qu'il ne se passe rien. Alors, ce serait un spectacle. Mais c'est équivalent. Ce qui se passe dans un film comme dans un spectacle, c'est que le temps passe. Je voudrais imaginer deux films. Le premier serait construit sur un premier scénario et le second sur un second scénario, comme un autre scénario possible pour arriver à la même fin.

Nous nous plaisons à la douceur d'hôtel, de petit hôtel, vers Châteauroux, je ne sais plus exactement la ville. De temps en temps, un oiseau chante à la fenêtre. Et puis à chaque instant nous revenons à notre intimité fragile, sans amour, encore, sans amour jamais, mais avec cette sincérité des amants qui ne s'aiment pas encore.

Demain, après-demain peut-être, nous serons pris dans la tourmente de l'autoroute du Soleil. Sur les axes routiers, les véhicules se livrent en permanence à une sorte de combat entre les camions qui transportent des marchandises de toute la planète vomies par des manufactures proches ou lointaines.
Mais nous, nous serons dans une douceur de voyage même si sa destination demeure incertaine. C'est ainsi, je dois l'accepter.

Hier soir, j'ai marché jusqu'en haut de la colline. Subrepticement, j'ai pleuré. Le même jour, l'année dernière, je quittais Lyon pour Paris dans une voiture trop luxueuse.

C'est encore la nuit, mais déjà mes souvenirs s'ébrouent, un peu comme on peut le faire quand on monte un film. Cette histoire, toute cette histoire, ce n'était pas une fiction, mais un récit véridique sur le thème de la passion et le thème des passions. La passion oblitère l'amour, c'est elle qui prend la place du monde sans plus rien entendre du désir. Le mouvement, qui devrait être irrépressible vers l'autre est contraint puis aboli par la volonté de possession. C'est sans doute pourquoi, longtemps j'ai préféré une connexion imaginaire, une connexion imaginairement effectuée, pour distinguer autre chose de l'amour, sans la passion, sans la douleur et la souffrance de la passion. Souvent, j'ai préféré m'enfuir.

Il fait très beau. Demain pareillement, ai-je entendu pour ce jour de retour.

Mais, juste avant de rentrer, juste avant de reprendre l'autoroute du Soleil, j'aurais voulu qu'il me fasse une annonce fracassante, j'aurais espéré que cela viendrait comme ça, vite, à l'improviste, sans y penser. Amèrement, je constate qu'il n'en a rien été. Il paraît que c'est ainsi avec la mort. Peu de temps avant la mort, on croit imaginer que sa propre mort sera pour soi-même un événement qu'il faudra surmonter. Il n'en est rien, dit-on. Ce serait même l'opposé, l'inverse d'un événement. On le comprend assez bien. La vie est l'événement insurmontable. Il n'y a pas un centième de seconde de vie qui ne soit pas un événement. Mais la mort, ce n'est que la fin.

Hier, avant le départ du TGV, nous n'avions pas eu le choix des places et nous étions face à face. Ces deux heures de trajet à grande vitesse m'ont confirmé qu'il était un être étrange, un peu flou, qui n'a ouvert la bouche que pour commander puis boire un jus de tomate, ou tout autre chose, je n'y ai pas fait attention. Le reste du temps il se concentrait sur la pratique intensive du grec ancien.
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Les genêts sont sans couleur dans la nuit. Il fallait rentrer. Il n'est pas possible de demeurer toujours dans le passé, il faut aller parfois dans l'avenir aussi.

Je ne savais alors pas ce qui s'écrivait. On ne pouvait pas vraiment penser qu'il s'agissait d'un film. Il ne se passait rien. C'était peut-être un spectacle. L'un et l'autre, film ou spectacle, auraient eu en parallèle deux scénarios, mais pour arriver à la même fin.

J'avais aimé la douceur d'hôtel, de petit hôtel, comme on ne trouve jamais ou presque dans les palaces. J'y avais pu me concentrer sur l'apaisement, me consoler encore d'être encore sans amour, encore.

L'amour est un mouvement d'esprit qui exige une grande sincérité et seule cette absolue sincérité peut absoudre la souffrance.

Je savais que quelques jours plus tard, j'allais être dans la tourmente, dans cette sorte de combat, au milieu des camions de l'autoroute transportant des marchandises de toute la planète venues de manufactures proches ou lointaines. J'imaginais une douceur de voyage qui demeurait pourtant incertaine, mais je devais l'accepter.

Je me rappelais cette nuit où, subrepticement, craignant un amant exclusif et jaloux, j'avais marché jusqu'en haut de la colline de Montmartre. Tout en haut, j'avais longuement pleuré.

Le même jour, l'année d'après, j'avais appris sa mort.

Je me réveillais à chaque heure et mes souvenirs s'ébrouaient dans la nuit, comme quand on monte un film. Je me demandais si toute cette histoire, finalement, ce n'était pas une fiction, juste pour manipuler pendant quelques semaines le thème de la passion et le thème des passions. Car, après tout, il n'y a jamais que l'amour qui prend la place du monde, qui fait que l'on va au hasard sans plus rien entendre du désir même. Il y a le mouvement, qui devrait être irrépressible vers l'autre, cette connexion imaginaire, cette connexion imaginairement effectuée que l'on active pour distinguer autre chose que les jours. Apprendre que l'on aime, c'est toujours une annonce fracassante. On n'avait jamais imaginé que cela viendrait comme ça, vite, à l'improviste, sans y penser. Sans doute, c'est comme la mort et peu de temps avant la mort, peu de temps avant le grand départ, pareillement, on ne sait pas que cela va si vite arriver.

Il faisait très beau la veille de ce retour tant espéré, tant attendu. Mais juste avant de rentrer, pour la première fois, je me faisais amèrement le reproche de ne pas l'avoir anticipé.

Le dernier aller-retour en train entre Lyon et Paris avait été chaotique. Je n'avais pas eu le choix des places et il avait fallu que je voyageasse en face à face avec un être étrange qui semblait s'adonner sur son téléphone à la pratique intensive d'une langue inconnue, à moins que ne fut à tout autre chose. J'ai retiré mes lunettes pour le flouter un peu. Puis j'ai passé le reste du voyage à boire des jus de tomate au bar au milieu d'élèves officiers qui rejoignaient sans doute quelque caserne en profitant des tarifs accordés aux militaires de carrière.
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Je n'ai rien fait de tout cela
Je n'ai rien fait de tout cela










29 mars






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