| Diégèse | Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam | ||||||||
| mardi
31 mars 2026 |
2026 |
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| ce
travail est commencé depuis 9587 jours
(9587 est un nombre premier) |
et
son auteur est en vie depuis 24040 jours
(23 x 5 x 601 jours) |
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| ce
qui représente 39,8794% de sa vie |
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| hier | L'atelier
du
texte |
demain |
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Je ne ferai rien de tout cela | |||||||
| Nous avons dormi dans cet hôtel près de la
gare Perrache, dans cette ville que j'aime tant, le même que j'avais choisi l'année dernière avant de repartir vers Paris. C'est là que l'histoire avait commencé vraiment, ce soir-là, dans le bruit du
restaurant, le dimanche soir. Quand on mange seul au restaurant, très vite, le bruit ambiant fait très vite tourner la tête, comme si l'on sortait d'un rêve. C'est aussi le moment où l'on délibère, il est question de dormir ou de ne pas dormir, de sortir ou de ne pas sortir. Parfois, on remarque à une autre table un jeu particulier. On s'en amuse un peu et puis on passe à autre chose. Il n'y a là rien d'essentiel. Le passage du soir à la nuit se joue seulement sur un changement de couleur qui n'est perceptible que si l'on est seul. Avec toi, sans toi, ce n'est en rien différent. C'est la même solitude. Je te vois en face de moi, dilettante, distant, égrenant gratuitement le pain dont les miettes volettent avec légèreté jusqu'à ton assiette vide. Nous ne parlons pas, ou si peu. Je fixe au loin la cime des arbres. Nous savons tous deux que demain sera le jour de notre séparation définitive. |
S'endormir est fort heureusement, le plus souvent, une
formalité, sommeil propitiatoire d'une bonne journée à venir. Mais parfois, il suffit d'un décor impossible de chambre d'hôtel, de ce qu'on a lu le même soir dans le journal et le sommeil tarde, on ne peut le trouver, puis il vient brusquement confirmer la fatigue, sauf, malheureusement, si l'on est d'humeur chagrine et que l'on a perdu le sens de l'histoire de sa vie. Nous sommes partis sous le ciel bleu, peinant à avancer à cause de travaux à la sortie de la ville. Une voiture bloquée à une intersection m'a laissé pensé que nous ne parviendrions jamais à prendre l'autoroute et puis, magnifiquement, la voie s'est dégagée et nous avons pu filer vite vers le nord. J'avais pu craindre de ne pas retrouver aisément l'aire d'autoroute où il m'attendait, celle où le temps s'est un court instant inversé. Je connais le caractère sélectif de la mémoire. Le souvenir est toujours un souvenir d'amour, il n'y a là aucun mystère. Je l'ai laissé exactement au même endroit. Si je devais m'adresser à lui aujourd'hui, je lui dirais que je ne regrette pas cette virée un peu folle. |
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| J'avais dormi dans cet hôtel que j'affectionne particulièrement près de la
gare Perrache, qui est aussi, bien sûr, la gare que je préfère dans cette ville,
ne prenant pour rejoindre Paris que les trains qui en partent, refusant
avec obstination ceux qui partent de Lyon-Part-Dieu. Mais, cette fois,
je n'allais pas prendre le train mais retourner à Paris dans une
voiture de luxe, cette voiture trop chère que j'avais louée par caprice
et pour ennuyer Paul. De cette soirée, mes souvenirs peu à peu s'effacent. Pourtant, c'est ce soir-là que l'histoire a commencé vraiment, dans le bruit du restaurant, le dimanche soir exactement. Si je me souviens bien, il a été question de dormir ou de ne pas dormir, d'aller peut-être au cinéma, d'avoir regardé la liste des films, d'y avoir renoncé. C'était encore le temps où Paul m'appelait chaque soir et pourtant, même à distance, il se faisait déjà distant. J'entendais des bribes de la conversation de mes voisins de table. Il ne se disait rien d'essentiel. C'était une conversation de dimanche soir dans un hôtel. Ce n'est jamais le bon moment pour rompre ou pour demander l'autre en mariage. Il y a les couples qui dînent vite pour aller baiser et les autres. C'est le soir le plus dilettante de la semaine. Je n'ai pas cette aversion incompréhensible pour les dimanches, ni même pour les dimanches soir. Au contraire, alors que la société se prépare au lundi, se prépare à l'activité supposée normale comme on disait autrefois à la télévision, c'est le moment où moi, je sais pouvoir compter sur ma bonne étoile pour imaginer des ressorts romanesques robustes et éprouvés. Je les oublie vite. Ce soir-là, pourtant, je n'avais pas imaginé que je ne m'arrêterais pas sur une aire d'autoroute pour te laisser monter dans ma voiture de luxe et que cet acte manqué deviendrait le support particulier de ma vie pendant toute une année. |
S'endormir est fort heureusement, le plus souvent, une
formalité, sommeil propitiatoire d'une bonne journée à venir. Mais parfois, il suffit d'un décor impossible de chambre d'hôtel, de ce qu'on a lu le même soir dans le journal et le sommeil tarde, on ne peut le trouver, puis il vient brusquement confirmer la fatigue, sauf, malheureusement, si l'on est d'humeur chagrine et que l'on a perdu le sens de l'histoire de sa vie. Je suis parti sous le ciel bleu, peinant à avancer à cause de travaux à la sortie de la ville. Une voiture bloquée à une intersection m'a fait craindre de ne jamais parvenir à prendre l'autoroute et puis, magnifiquement, la voie s'est dégagée et j'ai pu filer vite vers le nord. J'avais pu craindre de ne pas retrouver aisément l'aire d'autoroute où il m'attendait, celle où le temps s'est un court instant inversé. Je connais le caractère sélectif de la mémoire. Le souvenir est toujours un souvenir d'amour, il n'y a là aucun mystère. Il était exactement au même endroit. Si je devais m'adresser à lui aujourd'hui, je lui dirais que je regrette cette virée un peu folle que nous n'avons pas eue. |
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| Je n'ai rien fait de tout cela | Je n'ai rien fait de tout cela | ||||||||
| 31 mars | |||||||||
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